Aux États-Unis, le SMIC reste en dessous du seuil de pauvreté

Le salaire minimum fédéral américain n'a pas bougé depuis le 24 juillet 2009. En 2026, il place un salarié à temps plein sous le seuil de pauvreté officiel.

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Une femme de chambre employée par un hôtel de Los Angeles gagne 25 dollars de l’heure depuis le 1er juillet 2026. Un serveur du Mississippi peut être payé 2,13 dollars, le reste de sa fiche de paie dépendant du pourboire que voudra bien laisser le client. Les deux relèvent du même droit du travail fédéral. La réponse à la question du salaire minimum américain tient désormais dans une carte à cinquante entrées.

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Le salaire minimum fédéral américain s’élève à 7,25 dollars de l’heure. Ce taux est entré en vigueur le 24 juillet 2009 et le Département du Travail américain comme la Réserve fédérale de Saint-Louis le confirment inchangé pour 2026. Aucune période de gel n’avait duré aussi longtemps depuis la loi de 1938 qui a créé le salaire minimum aux États-Unis, le Fair Labor Standards Act.

Un salarié payé à ce taux et travaillant à temps plein perçoit environ 15 080 dollars par an. Le seuil de pauvreté fédéral pour une personne seule est fixé à 15 960 dollars en 2026. Il manque 880 dollars.

[Paragraphe à compléter avant publication, chiffres absents du document source] Le SMIC horaire brut français s’établit à [XX,XX] euros au 1er janvier 2026, soit environ [XX,XX] dollars au taux de change du [date]. Le plancher fédéral américain se situe [X %] en dessous, quand le taux hôtelier de Los Angeles le dépasse de [X %].

Vingt États n’ont voté aucune loi salariale et appliquent donc ce seul plancher fédéral : l’Alabama, la Géorgie, l’Idaho, l’Indiana, l’Iowa, le Kansas, le Kentucky, la Louisiane, le Mississippi, le New Hampshire, la Caroline du Nord, le Dakota du Nord, l’Oklahoma, la Pennsylvanie, la Caroline du Sud, le Tennessee, le Texas, l’Utah, le Wisconsin et le Wyoming. Les trente États restants fixent des montants supérieurs, tout comme le district de Columbia, la capitale fédérale, qui n’est pas un État, et plusieurs territoires américains. Trente-quatre juridictions dépassent ainsi les 7,25 dollars.

Quatre niveaux de règles se superposent, et c’est toujours le plus favorable au salarié qui s’applique. L’État peut fixer un montant supérieur au taux fédéral. La ville peut faire mieux que son État. Une loi peut enfin réserver un taux encore plus élevé à un secteur donné. Une femme de chambre de Los Angeles relève des quatre étages à la fois, et perçoit le montant du dernier.

De 12 à 17,13 dollars, les États font leur loi

L’État de Washington affiche le taux général le plus élevé du pays. Le Département du Travail et de l’Industrie de l’État a confirmé une hausse de 2,8 % au 1er janvier 2026, portant le minimum horaire à 17,13 dollars. Le calcul suit le CPI-W, l’indice des prix à la consommation des salariés américains, équivalent de notre indice INSEE. Aucun employeur de l’État ne peut déduire les pourboires du salaire versé.

Le Connecticut applique 16,94 dollars, montant recalculé chaque année sur l’Employment Cost Index, l’indice fédéral du coût du travail, et confirmé par le Département du Travail de l’État.

La Californie est passée à 16,90 dollars le 1er janvier 2026, selon un communiqué du Département des relations industrielles publié le 5 décembre 2025. Les salariés de la restauration rapide des grandes chaînes y touchent 20 dollars depuis avril 2024, en application de la loi AB 1228. La revalorisation générale a relevé un autre seuil, moins commenté : les cadres dont les heures supplémentaires ne sont pas payées doivent désormais gagner au moins 70 304 dollars par an pour que cette exemption reste légale.

Un communiqué de la gouverneure Kathy Hochul daté du 21 décembre 2025 a fixé le taux new-yorkais à 17,00 dollars pour New York City, Long Island et le comté de Westchester, et à 16,00 dollars dans le reste de l’État. Deux barèmes coexistent à l’intérieur de la même juridiction, selon le coût de la vie local.

Le New Jersey applique 15,92 dollars depuis le 1er janvier 2026, selon un avis du Département du Travail et du Développement de la Main-d’œuvre publié le 30 septembre 2025.

Le Massachusetts reste à 15 dollars de l’heure, montant atteint en 2023 et jamais relevé depuis. Sa loi ne prévoit aucune revalorisation automatique : sans nouveau vote de la législature de l’État, le montant restera figé. Trois ans d’inflation ont rogné cette somme.

Le Nevada impose 12 dollars de l’heure pour tous les salariés depuis le 1er juillet 2024, sans déduction possible des pourboires et sans distinction de secteur ni de taille d’entreprise. Le Labor Commissioner, l’autorité de contrôle du travail de l’État, a reconfirmé ce taux unique pour 2026.

Ce qui a changé le 1er juillet

Washington D.C. a porté son salaire minimum à 18,40 dollars de l’heure le 1er juillet 2026, contre 17,95 dollars auparavant. La hausse de 2,4 % découle d’un mécanisme institué par une loi de 2016, qui aligne chaque année le montant sur l’évolution des prix dans l’agglomération de Washington, et a fait l’objet d’un avis public du Département des services de l’emploi du district. Aucune autre juridiction américaine n’impose un taux aussi élevé à l’ensemble de ses salariés.

Le même jour, les employés de l’hôtellerie et de l’aéroport de Los Angeles sont passés à 25 dollars de l’heure. Ces deux secteurs font l’objet d’une réglementation municipale distincte, adoptée par le conseil municipal au motif que les hôtels et l’aéroport international constituent les principaux employeurs de main-d’œuvre peu qualifiée de la ville. Les employeurs hôteliers doivent en outre verser une majoration santé de 4,25 dollars de l’heure. Aucun salarié américain ne perçoit aujourd’hui davantage au titre d’un minimum légal.

En décembre 2024, ce même conseil municipal avait voté un calendrier bien plus rapide, avec un objectif de 30 dollars de l’heure dès juillet 2028, quelques semaines avant l’ouverture des Jeux olympiques. Une coalition d’employeurs a menacé de porter une initiative référendaire visant à supprimer une taxe municipale. Le 26 mai 2026, les élus ont approuvé un nouvel échéancier, rapporte le Los Angeles Times : 25 dollars au 1er juillet 2026, 25,50 dollars en 2027, 28,50 dollars en 2028, 29 dollars en 2029, et 30 dollars seulement au 1er janvier 2030.

Le sommet de la fourchette américaine s’établit donc à 25 dollars en 2026, et non aux 30 dollars annoncés il y a dix-huit mois. Un salarié de Los Angeles couvert par cette règle gagne 3,4 fois plus qu’un salarié du Mississippi payé au plancher fédéral, pour le même nombre d’heures.

Le salaire minimum à 2,13 dollars de l’heure

Le droit fédéral autorise les employeurs à ne verser que 2,13 dollars de l’heure aux tipped employees, les salariés dont la rémunération repose principalement sur les pourboires, serveurs et barmans au premier chef. Ce taux n’a pas été relevé et continue de s’appliquer dans la majorité des États du Sud.

Le mécanisme s’appelle le tip credit. L’employeur déduit les pourboires encaissés du salaire qu’il doit. Si le total reste inférieur au minimum applicable, il est tenu de combler la différence. Un serveur qui n’atteint pas le seuil doit donc réclamer le complément à son employeur, semaine après semaine.

La Californie, le Nevada et l’État de Washington interdisent cette déduction et imposent le même taux à tous les salariés, pourboires ou non.

Washington D.C. avait choisi la même voie, par référendum. L’Initiative 82, un texte soumis au vote des habitants du district et adopté en 2022, prévoyait la suppression progressive de ce régime dérogatoire. La loi budgétaire du district pour l’exercice 2026 a révisé le calendrier. Le salaire de base des tipped employees, maintenu à 10 dollars jusqu’à la mi-2026, est passé à 10,30 dollars le 1er juillet, soit 56 % du taux général de 18,40 dollars. Le palier suivant, fixé à 60 %, n’interviendra qu’en 2028 selon l’avis du Département des services de l’emploi. Les électeurs avaient voté la fin de l’exception, le budget en a rallongé l’extinction.

Deux autres catégories de salariés peuvent légalement être payées en dessous des 7,25 dollars fédéraux : les travailleurs en situation de handicap et les jeunes travailleurs.

Chris Murphy vise 25 dollars, le Sénat regarde ailleurs

Faire passer les 7,25 dollars fédéraux à 17 dollars : c’est l’objet du Raise the Wage Act, déposé en avril 2025 par le sénateur du Vermont Bernie Sanders et le représentant de Virginie Bobby Scott. Le texte n’a jamais dépassé l’examen en commission parlementaire, l’étape préalable à tout vote en séance. Il y est bloqué depuis seize mois.

Le bureau du sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a annoncé le 25 juin 2026 une proposition d’une tout autre ampleur, formellement déposée au Sénat le 14 juillet sous la référence S.4981. Le Living Wage For All Act porterait le salaire minimum fédéral à 25 dollars de l’heure, le niveau atteint aujourd’hui par les seuls hôtels de Los Angeles.

La première année, le taux passerait de 7,25 à 12 dollars. Les grandes entreprises atteindraient ensuite 25 dollars d’ici 2032, contre 2039 pour les plus petites structures. La proposition supprime progressivement les taux réduits applicables aux travailleurs à pourboires, aux travailleurs en situation de handicap et aux jeunes. Une fois les 25 dollars atteints, le montant serait recalculé chaque année pour rester égal aux deux tiers du salaire médian américain, ce qui rendrait tout vote du Congrès inutile pour le faire évoluer.

Trois sénateurs coparrainent le texte, c’est-à-dire y ont apposé leur signature aux côtés de son auteur : Richard Blumenthal, Andy Kim et Ron Wyden. À la Chambre des représentants, les démocrates Delia Ramirez, Maxwell Frost, Jesús García et Andrea Salinas ont fait de même.

Le bureau du sénateur Murphy indique que 45 % des travailleurs américains gagnent aujourd’hui moins de 25 dollars de l’heure. Ce chiffre constitue l’argument central de la communication déployée autour de la proposition.

La majorité républicaine du Congrès s’oppose à toute hausse du plancher fédéral et n’a inscrit aucun des deux textes à l’ordre du jour. Dans les vingt États sans loi salariale propre, le montant applicable sera donc encore de 7,25 dollars en 2027.

18 000 emplois perdus, ou pas un seul

Les 20 dollars de la restauration rapide californienne servent de terrain d’essai grandeur nature à ce que produirait une hausse nationale. Les économistes Jeffrey Clemens, Olivia Edwards et Jonathan Meer ont publié en juillet 2025, sous l’égide du National Bureau of Economic Research, principal centre de recherche économique américain dont les travaux font référence des deux côtés de l’échiquier politique, une étude qui chiffre la perte à environ 18 000 emplois pour le secteur. Soit un recul de 2,7 % à 3,2 % par rapport à ce que l’emploi aurait été sans la loi, selon leur modèle. Fox Business a largement relayé ces conclusions dès leur publication.

Les mêmes auteurs ont livré un second papier au NBER en mars 2026, cette fois sur les prix. Entre septembre 2023 et décembre 2024, les tarifs de la restauration rapide californienne auraient augmenté de 3,3 % à 3,6 %, avec un repli des volumes vendus de 3,9 % à 4,1 %. Le Cato Institute, laboratoire d’idées libertarien basé à Washington, en a publié une synthèse en août 2026.

Arindrajit Dube, économiste à l’Université du Massachusetts Amherst, mesure au contraire une hausse des salaires d’environ 7 % et un effet sur l’emploi qu’il qualifie lui-même de « modeste à nul ». Publiée par le NBER en mai 2026, son étude teste 32 méthodes de calcul différentes sur les fichiers d’emploi et de salaires du gouvernement fédéral, arrêtés au troisième trimestre 2025, pour vérifier que le résultat ne dépend pas de la méthode retenue.

Une équipe de l’Université de Californie à Berkeley va plus loin : hausse de rémunération de 10 % à 11 % pour 730 000 travailleurs, aucune perte d’emploi identifiable, et 6 centimes de plus sur un hamburger vendu 4 dollars. Ces travaux, actualisés en avril 2026, ont été repris dans un communiqué du bureau du gouverneur de Californie.

Le Cato Institute et une partie des auteurs publiant au NBER défendent la première série de résultats. L’équipe de Berkeley et l’administration du gouverneur Gavin Newsom, qui a fait de l’AB 1228 un bilan de mandat, défendent la seconde. Deux ans après l’entrée en vigueur de la loi californienne, les élus opposés à une hausse fédérale citent les 18 000 emplois perdus, ceux qui la réclament citent les 730 000 travailleurs augmentés, et le taux fédéral reste à 7,25 dollars.

En 2027, l’inflation décidera pour New York

Le salaire minimum new-yorkais sera recalculé automatiquement chaque année à partir du 1er janvier 2027, en fonction de l’évolution moyenne des prix sur les trois années écoulées dans le Nord-Est du pays. Une clause de sauvegarde est prévue : le calcul sera suspendu si le chômage remonte ou si l’emploi salarié recule. Ce basculement figure dans le communiqué de la gouverneure Hochul du 21 décembre 2025 et avait été acté lors de l’accord budgétaire conclu en mai 2023 entre l’exécutif et la législature de l’État.

Les 17,00 dollars new-yorkais rejoindront alors les 17,13 dollars de l’État de Washington, les 16,94 dollars du Connecticut et les 18,40 dollars du district de Columbia, où le montant monte chaque année sans qu’aucun élu ait à voter. Los Angeles y entrera après 2030.

Ailleurs, un chiffre décidé en 2009 continue de s’appliquer. Les vingt États alignés sur les 7,25 dollars n’ont prévu aucun rattrapage automatique, et ce montant achète chaque année un peu moins que l’année précédente.

Le Département du Travail américain a mis à jour son tableau consolidé au 1er juillet 2026. La côte Ouest et le Nord-Est y concentrent les taux les plus élevés : Washington à 17,13 dollars, Connecticut à 16,94 dollars, New York à 17,00 dollars, Californie à 16,90 dollars, New Jersey à 15,92 dollars. Les États du Sud restent au plancher fédéral.

Un employé de restauration rapide qui franchit la frontière entre l’Idaho et l’État de Washington voit sa rémunération légale multipliée par 2,4. La loi fédérale de 1938 autorise depuis l’origine chaque État et chaque ville à fixer un montant supérieur au plancher national, sans limite haute, et n’oblige aucun d’entre eux à le faire.

Il n’existe donc pas un salaire minimum américain en 2026, mais une fourchette. Elle part de 2,13 dollars de l’heure pour un serveur du Mississippi et s’arrête à 25 dollars pour une femme de chambre de Los Angeles, majoration santé de 4,25 dollars en sus. Du bas au haut de l’échelle, un rapport de 1 à 12.



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1 commentaires sur « Aux États-Unis, le SMIC reste en dessous du seuil de pauvreté »

  1. Malgré la note, une partie de l’article n’a pas été complétée.
    L’augmentation du salaire minimum est louable. Néanmoins, le problème dont personne n’en parle est la pension de retraite qui augmente beaucoup moins vite que le salaire minimum. Ainsi, une personne qui avait gagné le salaire minimum, touche donc une pension minimale. Sa pension n’a augmenté que 3% l’année dernière. Sans compter le coût de la vie qui augmente automatiquement avec le salaire minimum, la cotisation pour la part “médecin” (Medicare Part B) a augmenté de 10% cette année et le coût des mutuelles (Medicare Supplement) de plus de 15%.
    En France, on y vient peu à peu avec la désindexation de la pension SS .
    Sans mesurer toutes les conséquences évidemment.

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