Qu’est-ce que Starshield, la version militaire de Starlink ?

Kiev accuse SpaceX d’avoir bridé les services Starlink utilisés par son armée. L’affaire relance une question que l’entreprise d’Elon Musk n’a jamais complètement tranchée : qu’est-ce qui distingue Starlink, son offre commerciale, de Starshield, sa déclinaison militaire ?

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L’Ukraine a affirmé mercredi que SpaceX avait restreint les services Starlink de « qualité militaire » dont dépendent ses forces. Selon Kiev, ces limitations pénalisent les missions de frappe de ses drones et le fonctionnement de sa défense aérienne.

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Elon Musk a répondu le jour même sur X en traçant une ligne nette entre ses deux réseaux. « Les systèmes Starshield sont détenus et contrôlés par le gouvernement américain », a-t-il écrit, précisant que toute restriction de débit ou d’usage relève de l’armée américaine ou du président. « Starlink est un service commercial détenu et contrôlé par SpaceX. Son utilisation est limitée aux activités civiles ou défensives et ne peut servir à des actions militaires offensives, ce qui serait inapproprié pour une entreprise commerciale. »

Sur le papier, la séparation est claire. Dans les faits, les deux systèmes reposent largement sur la même infrastructure.

Starlink est la principale source de rentabilité de SpaceX. Ce réseau d’internet par satellite compte plus de 11 000 satellites qui transmettent une connexion haut débit directement à des terminaux de la taille d’un journal plié. Ses quelque 13 millions d’abonnés vont des particuliers aux randonneurs, en passant par les compagnies maritimes et les grandes compagnies aériennes.

SpaceX a lancé ses premiers satellites Starlink en 2019, à bord de ses fusées réutilisables. L’entreprise a depuis déployé en orbite terrestre basse une constellation qui couvre une grande partie du globe. Ce positionnement lui permet d’offrir des connexions plus rapides que les satellites de communication classiques, généralement placés bien plus loin de la Terre et beaucoup moins nombreux.

Au début de la guerre, Starlink a offert à l’Ukraine un avantage décisif en matière de communications et a modifié la façon dont les armées opèrent sur le terrain. Elon Musk a ensuite restreint certains usages militaires du réseau, tout en orientant les clients concernés vers Starshield.

Starshield est une division de SpaceX chargée de développer des systèmes satellitaires militaires et de renseignement pour le Pentagone. Ses services de communication sécurisée s’appuient sur un chiffrement renforcé et sur des terminaux dédiés.

Leur colonne vertébrale reste pourtant la constellation Starlink. SpaceX reconnaît que Starshield exploite la technologie, l’ingénierie et l’expérience opérationnelle acquises avec son réseau commercial. Au-delà des communications sécurisées, l’entreprise met en avant des capacités d’observation de la Terre et la possibilité d’embarquer des capteurs ou d’autres charges utiles.

Le Pentagone, premier client de Starshield

Le département américain de la Défense a dépensé des milliards de dollars pour les services Starlink et Starshield. Il a aussi acquis des satellites Starshield dédiés, dont des engins de communication destinés à l’alerte antimissile et une constellation d’espionnage pour le National Reconnaissance Office, l’agence chargée des satellites de renseignement américains, selon des informations publiées par Reuters en 2024.

La question de la relation entre les deux réseaux se pose depuis 2022, lorsque la Russie a menacé les satellites occidentaux qui soutenaient l’Ukraine. SpaceX a dévoilé Starshield quelques mois plus tard. Le secret qui entoure les programmes spatiaux de sécurité nationale n’a jamais permis de connaître précisément où s’arrête l’un et où commence l’autre.

Cette ambiguïté a pris une dimension financière plus tôt cette année. Selon Reuters, le Pentagone s’est opposé à SpaceX sur la hausse des tarifs des services satellitaires utilisés par des drones militaires pendant le conflit avec l’Iran. L’entreprise estimait que certains clients, qui payaient environ 5 000 dollars par terminal Starlink, auraient dû souscrire à Starshield, facturé autour de 25 000 dollars par terminal.

Le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande se tournent vers Starshield

Washington n’est plus le seul utilisateur. Le Royaume-Uni a adopté Starshield, et son ministère de la Défense a détaillé à Reuters le fonctionnement du dispositif : le service partage avec Starlink la constellation, les stations au sol et l’infrastructure terrestre, mais passe par des terminaux dédiés et des passerelles réseau distinctes.

D’autres alliés des États-Unis étudient le système. La Nouvelle-Zélande mène un essai pour évaluer son intérêt dans les opérations militaires, a indiqué sa Force de défense à Reuters.



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