Porte-avions : la France veut voir plus grand

La Marine nationale étudie le maintien du Charles de Gaulle au-delà de 2038. Une prolongation qui donnerait à la France deux porte-avions, une ambition au coût élevé.

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Le calendrier officiel prévoit le retrait du Charles de Gaulle en 2038, au profit du futur porte-avions France Libre. Seul porte-avions à propulsion nucléaire en service hors de l’US Navy, le bâtiment pourrait pourtant naviguer plus longtemps. Lors de son prochain arrêt technique majeur, la Marine évaluera l’état de ses systèmes de bord et de sa chaufferie nucléaire.

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Deux points seront examinés en priorité : l’usure des cœurs des réacteurs et la possibilité de prolonger l’activité du navire en conservant son combustible plus longtemps à bord. Les conclusions sont attendues début 2029. Elles seront déterminantes, a prévenu l’amiral Cluzel.

L’expertise ne se limitera pas à la propulsion. « Un porte-avions a l’âge de ses artères, et sa disponibilité ne doit pas, au final, dépendre ou être compromise par la disponibilité d’un seul système auxiliaire », a souligné le chef d’état-major, qui évoque des études « véritablement complètes ».

Deux porte-avions : une ambition politique au coût élevé

Avec un seul porte-avions, la France n’en dispose d’aucun lorsque le Charles de Gaulle est immobilisé pour entretien. Le sujet d’un second bâtiment revient donc à chaque audition des responsables de la Marine par les parlementaires.

« Deux porte-avions permettent de maintenir une alerte permanente depuis Toulon », a rappelé l’amiral Cluzel, en référence au port d’attache du Charles de Gaulle. Il s’est toutefois gardé de trancher : « Deux porte-avions, c’est une ambition politique, et il ne m’appartient pas de me prononcer sur son opportunité. » Pour assurer une présence continue en mer, a-t-il précisé, il en faudrait trois.

Le coût reste le principal frein. Le budget du France Libre est estimé à 10 milliards d’euros, de quoi financer au moins dix frégates de défense et d’intervention (FDI).

2036-2038 : deux équipages pour préserver les savoir-faire

Une période de double flotte est déjà programmée. De 2036 à 2038, le France Libre et le Charles de Gaulle seront en service simultanément, avec deux équipages de porte-avions en activité. La France n’avait plus aligné deux porte-avions depuis la fin des années 1990, à l’époque du Foch et du Clemenceau, à propulsion classique.

Ce chevauchement est indispensable selon l’amiral Cluzel. « La transition sur une capacité comme celle-ci doit se faire sans aucune rupture, au risque de perdre des compétences et de mettre très, très longtemps à les reconstruire », a-t-il expliqué.

France Libre : un porte-avions de supériorité

Le futur bâtiment changera d’échelle. Il mesurera 310 mètres pour un déplacement d’environ 80 000 tonnes, contre 261,5 mètres et 42 000 tonnes pour le Charles de Gaulle. Ce dernier embarque un groupe aérien de 40 appareils, composé principalement de Rafale Marine, de deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye et de plusieurs hélicoptères.

La Marine écarte l’option des avions à décollage court et atterrissage vertical, qui imposent selon son chef d’état-major des compromis sur le rayon d’action ou l’armement. Le France Libre doit être un « porte-avions de supériorité », capacité qu’offre selon lui uniquement un bâtiment à propulsion nucléaire équipé de catapultes et de brins d’arrêt.

L’amiral Cluzel justifie ce choix par l’évolution des conflits. La supériorité aérienne et maritime est désormais contestée, « peut-être partout », et toute opération commence par sa reconquête à l’échelle locale. « Au milieu d’un océan, le seul moyen d’avoir la supériorité aérienne est de disposer de cette capacité », a-t-il insisté.

Catapultes électromagnétiques : Paris maintient son choix américain

La France ne renonce pas aux catapultes électromagnétiques de fabrication américaine prévues pour le France Libre, alors que Donald Trump a ordonné à l’US Navy de revenir aux catapultes à vapeur. L’amiral Cluzel compte aborder la question la semaine prochaine à Washington avec son homologue américain, l’amiral Daryl Caudle.

Le chef d’état-major met en avant les performances du système : près de 40 000 catapultages depuis sa mise en service aux États-Unis et un taux de disponibilité d’environ 98 %. Il y voit une « fiabilité formidable » et un atout opérationnel, la technologie permettant de lancer aussi bien des avions lourds que des drones.

Il n’estime pas le contrat menacé. Trois porte-avions nucléaires américains sont déjà équipés de catapultes et de brins d’arrêt électromagnétiques, ce qui garantit l’existence d’une chaîne de production et d’un programme de maintien en condition opérationnelle. Pour limiter sa dépendance, la France achètera dès le lancement du programme un stock « substantiel » de pièces de rechange, comme elle l’avait fait pour les catapultes à vapeur du Charles de Gaulle, afin de pouvoir réparer ses équipements de façon autonome.

Frégate FDI : la Marine répond aux critiques

L’amiral Cluzel a aussi défendu la frégate de défense et d’intervention construite par Naval Group, ciblée par des concurrents industriels. Selon lui, le navire « tient toutes ses promesses » et s’est montré « extrêmement marine et stable, contrairement à ce que vous avez pu lire ».

Il juge « remarquable » la capacité de détection de son radar à panneaux plans, dont les performances sont « au moins du même niveau » que celles du radar des frégates de défense aérienne, malgré une installation plus basse au-dessus de la ligne de flottaison. L’intégration native du traitement numérique apporte en outre un « gain significatif » en détection sonar.



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