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- Un pont d’envol de 17 000 mètres carrés
- Les chaufferies K22, en fabrication à Cherbourg
- Catapultes françaises, technologie américaine
- De Saint-Nazaire à Toulon, jusqu’en 2038
- Naval Group, chef de file de 800 entreprises
- 10,2 milliards pour le seul navire
- Le format à un seul bâtiment
- Dans les zones grises du système de combat
Le nom a été dévoilé le 18 mars, près de Nantes. Ce jour-là, sur le site de Naval Group à Nantes-Indret, à Indre, Emmanuel Macron a baptisé France Libre le successeur du Charles de Gaulle, en hommage au mouvement rassemblé autour du général de Gaulle après l’appel du 18 juin 1940. Le programme était entré quelques mois plus tôt, fin 2025, en phase de réalisation. L’État a alors lancé l’industrialisation, commandé les équipements critiques et engagé les fabrications dont les délais se comptent en années.
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Depuis, le dossier se lit en deux colonnes. La Marine nationale et la direction générale de l’armement (DGA) ont arrêté la longueur du navire, sa vitesse, son architecture générale et sa propulsion nucléaire. Elles ne connaissent pas encore la nature exacte d’une partie des aéronefs et des systèmes qu’il embarquera au cours de sa carrière.
Cette carrière explique l’écart. Prévu pour environ quarante-cinq ans de service, le France Libre doit naviguer jusqu’aux environs de 2080. Ses concepteurs le dessinent pour le Rafale Marine, notamment dans son standard F5, et pour l’E-2D Advanced Hawkeye, l’avion de guet aérien américain que la Marine attend. Ils doivent aussi lui faire accueillir le successeur du Rafale et des drones de combat collaboratifs, des appareils destinés à voler aux côtés des avions pilotés, dont ni les formats ni les calendriers ne sont définitivement arrêtés. En 2026, les ingénieurs tracent donc la piste et les hangars d’avions que personne n’a encore construits.
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Leur réponse tient en un mot : la marge. Naval Group, architecte d’ensemble du navire, a prévu des volumes disponibles, une réserve de puissance électrique et des capacités de refroidissement au-delà des besoins de la mise en service. Cette réserve doit absorber, au fil des décennies, de nouveaux capteurs, logiciels, drones, brouilleurs et systèmes d’armes. La Marine entend ainsi éviter qu’un bâtiment conçu pour durer jusqu’en 2080 soit rattrapé par l’évolution rapide des drones, de la guerre électronique, des réseaux, des missiles et de la cyberdéfense.
La même logique vaut pour le groupe aérien lui-même. La Marine annonce que sa composition changera, à mesure que les drones embarqués monteront en puissance. Elle conçoit donc un navire pour une flotte d’aéronefs qu’elle sait provisoire.
Cette marge se paie en tonnes, en mètres et en mégawatts. C’est elle qui explique la silhouette du futur porte-avions, et l’état du dossier se lit dans cet ordre : de la coque et des réacteurs, déjà arrêtés, au système de combat et à la dissuasion, encore largement dans l’ombre.
Un pont d’envol de 17 000 mètres carrés
Un porte-avions sert d’abord d’aérodrome. Avec lui, la France fait décoller des avions de combat loin de ses côtes, sans base terrestre ni autorisation d’un État hôte. Pour le France Libre, la Marine a durci le cahier des charges. Il devra embarquer des aéronefs plus lourds et plus volumineux que le Rafale actuel, les entretenir à bord et soutenir un rythme élevé d’opérations dans un conflit de haute intensité.
Ces exigences ont fixé les dimensions. Naval Group a dessiné un navire de 310 mètres de long, soit 48,5 mètres de plus que le Charles de Gaulle, et de 90 mètres dans sa plus grande largeur. Son pont d’envol couvrira environ 17 000 mètres carrés. Le déplacement atteindra 78 000 tonnes à pleine charge, chiffre que la communication officielle arrondit volontiers à 80 000. Ce tonnage fait du France Libre le plus grand bâtiment de guerre jamais construit en France.
Sur ce pont, la Marine prévoit d’aligner environ quarante aéronefs, selon la cible qu’elle a publiée. Le groupe comptera une trentaine de chasseurs habités et de drones, plusieurs E-2D et une demi-douzaine d’hélicoptères. Faire circuler, préparer, armer, catapulter, récupérer et entretenir un ensemble aussi hétérogène impose une géographie du pont. Les concepteurs ont donc reculé l’îlot, la superstructure qui abrite la passerelle, vers l’arrière, pour libérer davantage de surface utile à l’avant.
Vient ensuite la vitesse. Environ 27 nœuds, près de 50 km/h : ajoutée au vent naturel, cette allure doit produire le vent relatif dont un avion a besoin pour décoller lourdement chargé. Les marins ne travaillent pas avec un seuil unique. Le vent, l’état de la mer, la masse et le type de l’appareil, la procédure retenue modifient les conditions de chaque lancement.
La forme de la coque, elle, est sortie d’un bassin normand. Au centre DGA Techniques hydrodynamiques de Val-de-Reuil, dans l’Eure, les ingénieurs croisent depuis plusieurs années simulations numériques et essais sur maquettes. Le bassin B600, que la DGA présente comme une installation unique en Europe, leur sert à mesurer la résistance à l’avancement, la stabilité, la manœuvrabilité et le comportement des maquettes par mer formée. Avant toute tôle soudée, le France Libre a donc déjà navigué à échelle réduite.
Les chaufferies K22, en fabrication à Cherbourg
Le choix du nucléaire date de décembre 2020, quand l’exécutif a annoncé sa décision de principe. Il garantit au navire une grande endurance, une autonomie de longue durée et une forte disponibilité d’énergie. Il entretient aussi les compétences françaises en conception, construction, exploitation et soutien de réacteurs navals.
TechnicAtome, la société chargée des chaufferies, conçoit pour ce seul programme deux réacteurs K22, que la Marine présente comme les plus puissants jamais conçus en France. Leur autonomie annoncée atteint une dizaine d’années entre deux rechargements de combustible.
Leur fabrication a commencé avant même que la coque existe. À Cherbourg, les enceintes de confinement des deux chaufferies, l’enveloppe étanche qui entoure chaque réacteur, sont en cours de fabrication depuis 2025. Chacune mesurera 14 mètres de haut et 13 mètres de diamètre, pour environ 1 300 tonnes. Six ans avant l’ouverture du chantier de Saint-Nazaire, le cœur du navire prend ainsi forme dans la Manche.
Ces réacteurs alimenteront une architecture dite « tout électrique ». Trois moteurs électriques assureront la propulsion, et la même source d’énergie fera fonctionner les catapultes, les radars, les systèmes de communication et de combat. Chaque équipement ajouté d’ici à 2080 puisera dans cette réserve. Le choix du tout électrique relie ainsi la propulsion, l’élément le plus figé du programme, aux systèmes que personne ne connaît encore.
Catapultes françaises, technologie américaine
Trois catapultes électromagnétiques remplaceront la vapeur du Charles de Gaulle. Leur principe tient à un moteur électrique linéaire, déroulé à plat sous le pont, qui accélère l’appareil sur une courte distance. Les opérateurs règlent sa force selon la masse de l’aéronef, de 2 à 40 tonnes. Un drone léger, un chasseur armé et un avion de guet aérien passeront ainsi par le même rail.
Cette plage de réglage répond à l’incertitude du groupe aérien. Une catapulte réglable sur une telle amplitude accueillera des drones dont la masse reste à fixer. Avec ses trois rails et l’organisation de son pont, le France Libre doit en outre lancer et récupérer des aéronefs simultanément.
Or les catapultes électromagnétiques disponibles aujourd’hui utilisent une technologie américaine. L’État a engagé une étude de faisabilité sur un système souverain. Le pont du plus grand navire de guerre français attend donc encore de savoir quel pays fabriquera l’équipement qui lance ses avions.
De Saint-Nazaire à Toulon, jusqu’en 2038
L’échéance de 2038 vient du prédécesseur. En service depuis 2001, le Charles de Gaulle approchera alors de la limite prévue pour ses chaufferies nucléaires. Or concevoir, construire, tester et qualifier un porte-avions demande près de deux décennies. Relancé en 2018, le programme arrive donc au terme de ce délai l’année même où son aîné doit s’arrêter.
La question avait pourtant surgi bien plus tôt. Dès les années 2000, la Marine évoque un second porte-avions, et Paris étudie une coopération avec le Royaume-Uni avant de l’abandonner. Il faut attendre 2018 pour que le programme reparte, puis 2020 pour la décision nucléaire et la fin 2025 pour l’entrée en réalisation.
Les dates suivantes sont celles du calendrier public. Les Chantiers de l’Atlantique doivent lancer la production de la coque à Saint-Nazaire en 2031, pour une mise à flot en 2033. Le navire gagnera Toulon en 2035 et commencera ses essais à la mer en 2036. La DGA doit le réceptionner fin 2037, avant son admission au service actif en 2038.
Les marins arriveront avant le navire. La Marine prévoit de créer ou de transformer 1 199 postes pour armer le bâtiment et les fonctions qui lui sont liées. Un premier noyau doit se constituer en 2033. Entre 400 et 450 marins sont attendus à Saint-Nazaire en 2035, pour accompagner les dernières phases de construction et les essais.
Le Charles de Gaulle, lui, doit tenir jusque-là. Son troisième et dernier arrêt technique majeur, prévu en 2027 et 2028, l’immobilisera environ dix-huit mois et doit prolonger son activité opérationnelle jusqu’à l’arrivée de son successeur. Les deux calendriers s’emboîtent au plus juste. La Marine n’a pas dit publiquement de combien de mois elle pourrait prolonger le Charles de Gaulle si le chantier de Saint-Nazaire prenait du retard.
Naval Group, chef de file de 800 entreprises
Trois industriels se partagent la maîtrise d’œuvre. Naval Group conçoit l’ensemble et intègre les systèmes, les Chantiers de l’Atlantique assemblent la coque à Saint-Nazaire, TechnicAtome réalise les chaufferies. Thales, MBDA, Safran et de nombreuses autres entreprises fourniront les capteurs, les systèmes de communication, les missiles, les équipements aéronautiques, des éléments de propulsion et les systèmes de combat.
Le programme doit mobiliser environ 800 entreprises ou fournisseurs, dont plus de 600 PME et entreprises de taille intermédiaire, soit les trois quarts. Sa réalisation doit occuper en moyenne 8 800 emplois entre 2026 et 2038, avec un pic pouvant atteindre 14 000.
Ces chiffres dessinent une carte. Les enceintes des réacteurs sortent de Cherbourg, la forme de la coque a été éprouvée à Val-de-Reuil, l’assemblage se fera à Saint-Nazaire, à l’embouchure de la Loire. Le navire rejoindra ensuite Toulon, son port d’attache, où l’attend un autre chantier.
10,2 milliards pour le seul navire
Emmanuel Macron a chiffré le programme à « près de 10 milliards d’euros ». Les documents budgétaires examinés au Sénat font état de 10,2 milliards d’euros d’autorisations d’engagement, les crédits que l’État s’autorise à engager sur plusieurs années, pour le marché principal de réalisation. L’agence Reuters a repris ce montant.
Les deux chiffres se recoupent et visent le même objet : la construction du bâtiment. La capacité aéronavale coûtera davantage. Il faudra y ajouter le groupe aérien, les stocks de munitions, les frégates d’escorte et le maintien en condition opérationnelle pendant plusieurs décennies. Ni l’Élysée ni les documents examinés au Sénat n’additionnent ces postes.
Toulon en fournit l’exemple le plus concret. La base navale devra accueillir un navire bien plus imposant que le Charles de Gaulle, avec de nouveaux quais, de nouveaux bassins et des installations de maintenance adaptées. Ces travaux relèvent d’un programme d’infrastructure distinct, financé en dehors du marché de construction.
Le format à un seul bâtiment
La France remplacera un porte-avions par un autre. Depuis 2001, chaque grand arrêt technique du Charles de Gaulle prive la Marine de capacité aéronavale, faute de bâtiment de relève, et l’immobilisation de 2027-2028 en sera une nouvelle illustration. Avec un France Libre unique, ces périodes sans porte-avions se répéteront à chacun de ses propres arrêts.
La Marine a connu un autre format. Le Clemenceau, entré en service en 1961, puis le Foch, en 1963, ont navigué ensemble pendant plusieurs décennies, ce qui garantissait une disponibilité supérieure à celle d’un bâtiment seul. La France exploite des porte-avions depuis le Béarn, entré en service en 1928, mais n’en aligne plus qu’un depuis le retrait de ce duo.
Le débat sur un second bâtiment reste ouvert, et le gouvernement n’a engagé aucune commande en ce sens. Le plus grand navire de guerre jamais construit en France reconduit donc le format de son prédécesseur : un exemplaire unique, et des mois sans porte-avions à chaque grand arrêt.
Dans les zones grises du système de combat
Ce que la Marine annonce tient d’abord au traitement des données. Le futur système de direction de combat sera « data-centré » : il agrégera les informations des radars, de la guerre électronique, des aéronefs, des navires d’escorte et des réseaux alliés pour les fusionner et les exploiter plus vite. L’enjeu, selon la Marine, est de détecter, identifier et contrer des menaces plus nombreuses, plus rapides et plus difficiles à distinguer.
Ces navires d’escorte assureront l’essentiel de la protection. Le porte-avions aura ses propres moyens d’autodéfense, mais il naviguera au cœur d’un groupe aéronaval comprenant des frégates de défense aérienne et de lutte anti-sous-marine, un sous-marin nucléaire d’attaque, un bâtiment ravitailleur et, selon les missions, des moyens alliés. Avec l’aviation de chasse, les avions de guet et la guerre électronique, ils forment une défense en plusieurs couches.
L’intelligence artificielle entre ensuite dans le registre du possible. La Marine envisage de l’employer pour exploiter les données, préparer les opérations ou aider à la maintenance, sans avoir rendu publiques les fonctions précises qu’elle lui confiera. Les armes à énergie dirigée, les technologies électromagnétiques et les applications quantiques figurent parmi les pistes d’évolution du navire. Aucune n’est confirmée pour l’entrée en service de 2038.
La dissuasion nucléaire reste la mission la moins documentée. Le ministère des armées n’a pas rendu publiques les modalités d’intégration des futurs vecteurs aéroportés à bord du France Libre. Le Charles de Gaulle met aujourd’hui en œuvre des Rafale Marine capables d’emporter l’ASMP-A, le missile air-sol moyenne portée amélioré à charge nucléaire, et son successeur doit reprendre cette contribution de la force aéronavale à la dissuasion française.



En France, on veut faire des économies ! Aussi, construire un seul porte-avions type PA américain n’est pas crédible. On reste sur le même shema qu’actuellement avec le CDG. 10 milliards pour un seul bâtiment , ça n’est vraiment pas réfléchi. Il aurait mieux valu construire deux porte-avions du type CDG. Un construit à St Nazaire et simultanément un deuxième bâtiment construit à Brest. Ce format permet de conserver les formes existantes à Brest et à Toulon. De plus avec deux bâtiments on retrouve la disponibilité opérationnelle. Si un bateau est en entretien, l’autre assure la permanence à la mer. Je ne comprends vraiment pas les décisions prises dans les hautes sphères ? Deux bâtiments type CDG ne coûteraient pas plus cher que le fameux PANG. Sinon il vaudrait mieux abandonner la composante Porte avions et miser sur plus de SNA, plus de SNLE, et plus de FREMM.
vous avez entièrement raison. Mieux vaut 2 moyens à 45000 t .car la plus de problème d’IPER.