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- Le Hero Kim Kun Ok a-t-il réellement tiré ?
- Un sous-marin de classe Romeo transformé en lanceur de missiles
- Lancement vertical et tube lance-torpilles : pourquoi tester les deux
- Vers un essai de missile balistique lancé depuis un sous-marin
- Du Yongung au sous-marin nucléaire, la montée en puissance de la flotte nord-coréenne
- Un message adressé à Séoul, Washington et Tokyo
- Une menace réelle, mais un sous-marin vulnérable
- Un programme qui avance par étapes
L’agence officielle KCNA a annoncé les essais en publiant des images des missiles en vol et une photo du Hero Kim Kun Ok naviguant en surface. Selon Pyongyang, les tirs devaient évaluer l’état de préparation des systèmes de combat sous-marins, améliorer l’aptitude de la marine aux missions stratégiques et prouver la fiabilité de la dissuasion nord-coréenne.
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KCNA n’a donné aucune indication sur la portée, la trajectoire ou les performances des engins, pas plus que sur l’identité du sous-marin. L’état-major interarmées sud-coréen dit avoir suivi les missiles du lancement jusqu’à la phase terminale. Son porte-parole a précisé que l’un avait été tiré depuis un système de lancement vertical, l’autre depuis un tube lance-torpilles. Séoul a conclu à un tir sous-marin, sans désigner de bâtiment dans un premier temps.
Le Hero Kim Kun Ok a-t-il réellement tiré ?
Les deux modes de lancement décrits par l’armée sud-coréenne correspondent aux images diffusées et à la configuration particulière du Hero Kim Kun Ok, un bâtiment de 3 000 tonnes. Une autre hypothèse ne peut toutefois être écartée. La Corée du Nord a souvent procédé à ses essais depuis des plateformes submersibles, avant d’accoler à la communication officielle des images d’un vrai sous-marin pour les besoins de la propagande.
La confirmation par Séoul d’un tir effectué depuis un sous-marin rend néanmoins la participation du Hero Kim Kun Ok très probable. Elle signifierait que Pyongyang a commencé à valider à bord les systèmes d’armes destinés à son déploiement. Une certitude se dégage : le bâtiment navigue. Les renseignements sud-coréen et américain surveillent ses mouvements de près, et il pourrait mener des essais à la mer depuis des années sans que rien n’en ait filtré.
Un sous-marin de classe Romeo transformé en lanceur de missiles
Lors de son dévoilement en septembre 2023, Pyongyang a qualifié le Hero Kim Kun Ok, numéro de coque 841, de premier « sous-marin nucléaire d’attaque tactique » du pays. Kim Jong Un avait alors affirmé que l’armement nucléaire de la marine « ne souffre plus d’aucun retard ».
Derrière ce discours, le bâtiment a tout d’une adaptation. Il s’agit d’un sous-marin diesel-électrique de classe Romeo, conception soviétique de la guerre froide, profondément remanié plutôt que pensé dès l’origine pour lancer des missiles. Sa silhouette se distingue par une large bosse à l’arrière du kiosque, surnommée « dos de tortue », qui abrite dix tubes lance-missiles en plus des tubes lance-torpilles. Leur configuration précise, leur capacité d’emport et leur état de fonctionnement restent inconnus.
Lancement vertical et tube lance-torpilles : pourquoi tester les deux
Le recours à deux méthodes de tir n’a rien d’anodin. Un système de lancement vertical peut accueillir des missiles nettement plus imposants et permet des tirs plus rapides ou des salves plus fournies. Le tube lance-torpilles impose d’autres contraintes de dimensions, de manipulation et de procédure.
Sur le Hero Kim Kun Ok, les quatre tubes avant du « dos de tortue » sont plus larges que les six tubes arrière. Cette disposition laisse envisager un armement mixte associant missiles de croisière (SLCM) et missiles balistiques (SLBM) de courte et de longue portée. Éprouver les deux systèmes de lancement revient donc à valider plusieurs briques de l’architecture d’armement du bâtiment. Le tir en immersion est par ailleurs une capacité plus exigeante, et plus utile sur le plan militaire, qu’un tir depuis la surface.
Vers un essai de missile balistique lancé depuis un sous-marin
Les années de silence qui ont suivi la présentation du Hero Kim Kun Ok avaient alimenté les doutes sur son avancement. Pour Shin Jong-woo, analyste au Forum de défense et de sécurité sud-coréen, interrogé par Reuters, les tirs de mercredi montrent que des essais du système de combat préparant un déploiement opérationnel sont en cours. Il estime que Pyongyang a pu surmonter des difficultés techniques et pourrait tester un SLBM avant l’admission au service actif du sous-marin.
Un tel essai constituerait une étape vers une force de dissuasion nucléaire océanique crédible. La Corée du Nord a déjà exhibé des SLBM de plus en plus volumineux, sans disposer jusqu’ici d’un sous-marin capable de les mettre en œuvre.
L’appellation de « missiles de croisière stratégiques » appelle cependant la prudence. Le programme nord-coréen de missiles de croisière à longue portée est solidement établi et l’emport d’une charge nucléaire figure au cœur de ses ambitions. La maturité et la fiabilité d’une ogive nucléaire adaptée à ces engins demeurent en revanche incertaines.
Du Yongung au sous-marin nucléaire, la montée en puissance de la flotte nord-coréenne
Ces tirs sont les premiers essais de missiles lancés depuis un sous-marin rendus publics par Pyongyang depuis janvier 2024. À cette date, la Corée du Nord avait tiré des missiles de croisière Pulhwasal-3-31 depuis le Yongung (8.24), un sous-marin de 2 000 tonnes équipé d’un ou deux tubes verticaux, déjà utilisé pour un essai de missile de croisière en mars 2023.
Le Hero Kim Kun Ok le dépasse par la taille de sa coque et le nombre de ses tubes verticaux. Il conserve toutefois une propulsion diesel-électrique très ancienne, qui limite son endurance et le rend bruyant, loin des performances d’un sous-marin nucléaire ou même d’un diesel-électrique moderne.
Pyongyang mène en parallèle un programme distinct de sous-marin à propulsion nucléaire, dont la construction a été annoncée en mars 2025. Ni sa date d’achèvement ni son calendrier opérationnel ne sont connus. Le défi technique est d’une autre ampleur, mais un tel bâtiment offrirait à la Corée du Nord une véritable capacité de seconde frappe.
Un message adressé à Séoul, Washington et Tokyo
Ces tirs s’inscrivent dans une série de démonstrations d’armement : essais de missiles hypersoniques les 20 septembre et 3 octobre, tirs de missiles balistiques tactiques au début du mois. En multipliant les vecteurs, Pyongyang cherche à compliquer la planification militaire de la Corée du Sud, des États-Unis et du Japon.
La portée est aussi diplomatique. La Corée du Nord répète qu’elle ne renoncera pas à son arsenal nucléaire tant que Washington maintiendra ce qu’elle appelle une politique hostile. Elle juge insuffisants de simples aménagements des manœuvres conjointes américano-sud-coréennes. Les essais surviennent d’ailleurs peu après son rejet d’une ouverture de Donald Trump, qui avait cherché à apaiser les tensions autour de l’un de ces exercices.
Une menace réelle, mais un sous-marin vulnérable
Un sous-marin capable de tirer depuis des positions difficiles à anticiper alourdit la tâche des défenses sud-coréenne et américaine. Il ne s’agit plus seulement d’intercepter un missile une fois lancé, mais de repérer et de pister le bâtiment avant qu’il n’atteigne sa zone de tir. Même partiellement opérationnel, il impose des contraintes supplémentaires à ses adversaires.
En cas de conflit, le Hero Kim Kun Ok deviendrait cependant une cible prioritaire. Dérivé d’une conception dépassée, il serait relativement facile à détecter dès sa sortie de port, face à une Corée du Sud dotée de moyens anti-sous-marins avancés.
La menace pourrait changer de nature avec les prochaines générations. La technologie sous-marine ferait partie des contreparties obtenues par Pyongyang pour son soutien à la Russie dans la guerre en Ukraine. La livraison par Moscou de sous-marins plus modernes, de classe Kilo par exemple, poserait un problème d’une tout autre ampleur.
Un programme qui avance par étapes
Si le Hero Kim Kun Ok est bien l’auteur des tirs, l’hypothèse la plus vraisemblable, la Corée du Nord poursuit l’intégration de ses armements à bord d’un bâtiment conçu pour renforcer ses capacités offensives navales. Sa sortie en mer marque un pas vers sa mise en service. Son efficacité opérationnelle reste à démontrer, mais Pyongyang continue d’améliorer, étape après étape, sa force sous-marine.


