Drones armés : quatre industriels recalés par la Marine

Le programme DANAE franchit une étape. Trois industriels construiront un prototype de drone armé, avant un choix final de la Marine nationale attendu fin 2027.

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La Marine nationale connaît ses finalistes. L’Agence de l’innovation de défense (AID) a annoncé, le 9 octobre, avoir retenu avec la Marine trois équipes industrielles pour poursuivre DANAE, leur programme de drones de surface armés, ces bateaux sans marins à bord. Les trois projets en lice divergent sur presque tout : la taille, la vitesse, la place laissée à l’équipage.

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Le premier réunit, au sein du consortium ORCAS, le chantier SEAir, l’électronicien ÆGIR, Diades Marine et le missilier européen MBDA. Leur drone navigue sur hydroptères, ces ailes immergées qui soulèvent la coque au-dessus de l’eau dès que l’engin prend de la vitesse. SEAir revendique pour cette architecture une vitesse, une discrétion et une autonomie supérieures, ainsi qu’une plateforme stable pour les capteurs et les armes, même par mer forte. Le constructeur met surtout en avant la compacité de l’engin, assez petit pour être mis à l’eau directement depuis une frégate, l’un des principaux navires de combat de la Marine.

SeaOwl a choisi de garder l’équipage en option. Son système NEMEZIS s’installe sur l’EDO 4G MN, l’embarcation semi-rigide d’environ 7 mètres que les bâtiments de la Marine emportent à leur bord. Le semi-rigide navigue alors avec des marins ou seul, selon la mission. Il embarque des capteurs avancés et une tourelle de dissuasion non létale, une arme conçue pour avertir ou arrêter sans tuer. SeaOwl le présente comme apte à patrouiller, surveiller et escorter jour et nuit, sous la conduite d’un seul opérateur.

Le troisième projet associe SIREHNA, filiale de Naval Group spécialisée dans les drones, le chantier Couach et Naval Group lui-même, constructeur des bâtiments de la Marine. Leur Seaquest S mesure 9 mètres et, selon ses concepteurs, a été dessiné dès l’origine comme un drone, sans poste d’équipage à retirer. Modulaire, il se branche sur les systèmes de combat déjà en service, c’est-à-dire l’ensemble des capteurs, armes et logiciels qui conduisent le combat d’un navire. Il tient la mer agitée, sort rapidement d’un bâtiment de la Marine et opère seul ou en essaim, plusieurs drones coopérant sur une même mission.

Trois engins, trois réponses à la même question. SEAir parie sur la vitesse d’un engin léger, SeaOwl sur un canot que la flotte possède déjà et qui peut encore embarquer des marins, le trio emmené par Naval Group sur le nombre. En retenant les trois, la Marine reporte à plus tard un choix de doctrine autant que de matériel.

Sept drones à l’essai dans la rade de Toulon

Ce tri s’est joué du 19 au 23 janvier 2026 au large de Saint-Mandrier, à l’entrée de la rade de Toulon. Thales, Exail, SIREHNA, Keys4sea, SeaOwl, Marine Tech et SEAir y ont confronté des drones déjà construits. Les ingénieurs de DGA Techniques navales, le centre d’essais de la Direction générale de l’armement (DGA), ont noté trois aptitudes : la navigation, l’endurance et l’autonomie de décision, c’est-à-dire la capacité à détecter et à traiter seul une menace. Naval News rapporte que la mer, avec des creux de trois mètres, a provoqué de la casse sur certains engins.

De ces sept candidats, trois sont sortis. « Ces trois partenaires ont été retenus comme détenant les solutions innovantes les plus abouties au regard des critères de sélection », souligne Jean-François Thomas, manager d’accélération de l’innovation au sein de l’AID et responsable du projet DANAE. Les finalistes partent donc d’un drone qui flotte déjà, et leur prototype devra prolonger cet acquis.

Ports et escortes, les deux missions de DANAE

Partir d’engins existants répond à l’objectif fixé au programme. DANAE, pour « drone de surface autonome naval avec capacité d’armement embarqué », a été lancé officiellement en janvier 2026, à la suite d’une demande exprimée par la Marine début 2025 selon Mer et Marine. L’AID le finance et le pilote avec la Marine, qui en attend une flotte de drones armés livrée rapidement. Seuls des systèmes déjà éprouvés en mer tiennent ce délai.

Ces drones auront deux tâches. La première consiste à protéger les ports, qu’ils abritent des installations militaires ou civiles. La seconde, à escorter des unités ou des navires de guerre de grande valeur. La Marine les engagera d’abord dans la protection des bases, avec des armes non létales ; l’armement létal viendra dans un second temps, pour l’escorte.

Chaque finaliste répond mieux à l’une qu’à l’autre. L’escorte suppose un drone qui accompagne la flotte en haute mer et part d’un navire : c’est le cas de l’engin de SEAir et du Seaquest S. La garde d’un port exige une présence continue et peu de personnel, les deux arguments que SeaOwl avance pour son NEMEZIS.

Un seul contrat de série à l’horizon 2027

La deuxième phase du programme a commencé en septembre 2026 et doit s’achever fin 2027. Chacune des trois équipes reçoit un financement pour construire, puis tester, un prototype à plus grande échelle au cours des douze mois qui viennent.

Ces prototypes affronteront ensuite une campagne d’essais en mer plus longue que celle de Saint-Mandrier. Au terme de cette phase, un lauréat unique emportera le contrat d’équipement de la Marine nationale, avec une décision attendue d’ici à la fin de 2027. La troisième phase couvrira la production en série, la mise en service et le soutien initial du drone retenu. Selon Mer et Marine, le programme passerait alors du financement de l’AID à une acquisition conduite par la DGA, avec des premières livraisons visées dès 2028. Naval News évoquait en mai une commande d’au moins une douzaine de systèmes, drones et postes de commandement compris.

Sept candidats en janvier, trois aujourd’hui, un seul fin 2027 : deux des trois équipes retenues ce mois-ci repartiront sans commande.

Autonomie des drones, tir sous contrôle humain

Pour l’emporter, les prototypes devront faire leurs preuves sur quatre terrains techniques : la navigation autonome, la gestion de l’énergie pour tenir des missions longues, la classification autonome des menaces, autrement dit la capacité à identifier seul la nature d’un bateau ou d’un objet détecté, et l’autonomie de décision. DGA Techniques navales accompagnera les trois équipes pendant ce développement.

Cette autonomie s’arrête à l’arme. Le programme réserve aux opérateurs humains l’autorité de tir et le contrôle ultime des systèmes d’armes. Le drone détecte, identifie et classe une menace par lui-même ; un marin décide du tir. Sur le NEMEZIS, la tourelle non létale obéit ainsi à l’opérateur qui pilote le semi-rigide.

Vers une « marine hybride »

Le ministère des armées attend de DANAE un renforcement des capacités de la Marine face aux menaces émergentes, notamment asymétriques, celles d’adversaires qui opposent des moyens légers à des flottes classiques. Il y voit aussi une contribution à l’autonomie stratégique de la France dans le domaine des drones de surface.

Ces drones armés ne sont pas seuls à rejoindre la flotte. La Marine nationale avance par étapes vers un modèle de « marine hybride », où bâtiments avec équipage et engins autonomes opèrent ensemble. En septembre, la DGA a lancé un appel d’offres distinct pour quelques dizaines de drones de surface embarqués, consacrés au renseignement, à la surveillance et à la reconnaissance, capables de tenir de cinq à dix jours en mer. Les industriels ont jusqu’au 15 octobre pour y répondre.



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