Google lance un satellite pour tester ses serveurs en orbite

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Une fusée Falcon 9 doit emporter ce jeudi le premier prototype du projet Suncatcher. Google devient la première grande entreprise technologique à tester ses propres puces d’IA en orbite, dans une course où SpaceX et Blue Origin affichent des ambitions bien plus vastes, sans avoir encore rien lancé.

Le décollage est prévu ce jeudi depuis la Californie, peu après 20 heures, heure de Paris. À bord du Falcon 9, un satellite de Google qui ouvre le projet Suncatcher, un programme de recherche au long cours. Son ambition : déterminer s’il est possible d’installer dans l’espace des centres de données, ces infrastructures remplies de serveurs informatiques, avec une capacité de calcul comparable à celle des installations terrestres.

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Suncatcher : quatre puces d’IA de Google en orbite

Le satellite embarque une technologie maison : quatre puces conçues par Google, appelées TPU (unités de traitement de tenseurs). Ce sont elles qui font fonctionner l’ensemble de l’intelligence artificielle de l’entreprise. La puissance de ce premier prototype reste modeste. Elle équivaut à une seule des milliers d’unités de calcul qui composent aujourd’hui un grand centre de données.

Conçu avec la société spatiale Planet Labs, l’engin aura une durée de vie d’un an. Il suivra une orbite qui maintiendra en permanence ses panneaux solaires face au Soleil, afin de capter le maximum d’énergie. Il ne produira pourtant que l’équivalent de la consommation d’un four à micro-ondes. Ses puces pourront exécuter des opérations simples et échanger avec Gemini, l’IA de Google qui fonctionne sur ses serveurs terrestres, par sessions d’une quinzaine de minutes.

Radiations et tempêtes solaires : ce que Google veut vérifier

L’enjeu de ce premier vol est la fiabilité. Google veut savoir si ses puces supportent les conditions de l’espace sans tomber en panne, notamment lorsqu’une tempête solaire frappe le satellite. Si l’essai est concluant, deux engins similaires seront lancés en 2027 pour tester le système de communication.

Elon Musk (SpaceX), Sam Altman (OpenAI), Jeff Bezos (Amazon) et Jensen Huang (Nvidia) partagent la même conviction : l’avenir des serveurs se joue en orbite autour de la Terre. L’espace permettrait d’échapper aux nuisances sociales et environnementales que ces infrastructures provoquent au sol.

Le refroidissement en est la meilleure illustration. Sur Terre, les centres de données consomment d’énormes quantités d’eau pour éviter la surchauffe. Dans l’espace, la température moyenne descend sous les moins 100 degrés. Le froid ne suffit pourtant pas : en l’absence d’air, la chaleur produite par les calculs ne peut pas être évacuée naturellement. Les satellites doivent donc être équipés de systèmes chargés de la rayonner vers l’extérieur, ce qui limite pour l’instant la puissance de calcul embarquée.

Des constellations reliées par laser plutôt que des centres de données géants

L’objectif reste lointain, et il ne consiste pas à reproduire en orbite les immenses bâtiments terrestres. Avec la technologie actuelle, ce serait à la fois quasi irréalisable et très coûteux. Les entreprises envisagent plutôt des réseaux de centaines de satellites communiquant entre eux par laser. Ces constellations pourraient mener de gros calculs, conserver des données hautement confidentielles ou prendre le relais en cas de panne des serveurs au sol. Dans le meilleur des cas, elles compléteraient l’infrastructure terrestre, sans la remplacer.

Si Google est la première grande entreprise technologique à se lancer, d’autres sociétés plus petites ont déjà envoyé des serveurs miniatures dans l’espace. La start-up Starcloud a mis en orbite en novembre 2025 un satellite équipé d’une puce de calcul de Nvidia, un GPU, et prévoit un second lancement ce mois-ci. La particularité de Google tient à l’utilisation de ses propres puces.

Les projets les plus démesurés viennent des milliardaires du spatial. Le groupe d’Elon Musk a demandé l’autorisation de mettre en orbite un million de satellites pour un « centre de données en orbite », sans fixer de calendrier. Blue Origin, la société de Jeff Bezos, a sollicité une licence pour une constellation de 51 600 satellites. Aucune des deux entreprises n’a encore lancé le moindre prototype.

Le coût du lancement, principal frein aux serveurs spatiaux

Le principal obstacle est économique. Grâce aux fusées réutilisables, un marché dominé par SpaceX, envoyer un kilo dans l’espace coûte aujourd’hui environ 3 000 dollars. Pour rendre les centres de données orbitaux rentables, il faudrait diviser ce prix par dix. Google n’envisage pas d’y parvenir avant le milieu de la prochaine décennie.

Elon Musk est le mieux placé pour provoquer cette baisse. Son Starship, la fusée la plus puissante de l’histoire, pourrait selon lui ramener le coût à 100 euros le kilo, à condition de réussir des allers-retours sans incident et de devenir entièrement réutilisable. SpaceX en serait la première bénéficiaire. L’entreprise dispose en outre d’une longueur d’avance technique : les satellites de son réseau Starlink communiquent déjà entre eux par faisceaux laser.

Un projet sur quinze ans, sur le modèle de Waymo

Les obstacles restent nombreux : pannes des puces provoquées par les radiations, vieillissement rapide des processeurs et coût d’une flotte entière de satellites d’IA. Google se donne une quinzaine d’années. C’est le temps qu’il lui a fallu pour passer des premiers essais de voiture sans conducteur, en 2009, au demi-million de passagers transportés chaque semaine aujourd’hui par sa filiale Waymo.



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