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Gemini, le modèle d’intelligence artificielle de Google, a piraté trois entreprises. Google l’a fait savoir par la voix de Heather Adkins, sa vice-présidente chargée de l’ingénierie de la sécurité, dans un communiqué dont l’agence Reuters a rendu compte le 19 septembre.
Jamais, à la connaissance du public, un système d’IA du groupe n’avait mené une telle opération de manière autonome, c’est-à-dire sans qu’un humain le lui demande. Gemini, que le grand public utilise aussi sous la forme d’une application pour téléphone, passait alors un test destiné à mesurer ses compétences en cybersécurité, avec un accès à Internet.
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Un test de routine, trois cibles bien réelles
Irregular, une société indépendante spécialisée dans l’évaluation de la cybersécurité, a conduit l’exercice en mai. Heather Adkins le qualifie d’évaluation standard.
Pendant le test, Gemini a trouvé des informations publiques sur Internet. Il s’est ensuite procuré les identifiants de connexion, autrement dit les codes d’accès, de trois sites web appartenant à d’autres entreprises.
Dans ce type d’exercice, les organisateurs fixent un périmètre, soit la liste des systèmes que le modèle a le droit de viser. Selon Heather Adkins, Gemini estimait que ces trois sites en faisaient partie. Le modèle a donc placé lui-même la limite, et il l’a placée trop loin.
Chez Irregular, les règles du jeu ont changé
Google a prévenu les trois entités touchées. Le groupe a ensuite travaillé avec le prestataire chargé du test, que Heather Adkins désigne comme son « partenaire d’entraînement », sur les changements que celui-ci a depuis apportés à ses méthodes d’évaluation. « Ces faits mettent en évidence l’importance d’entraîner les modèles d’IA puissants pour qu’ils agissent de manière responsable », a déclaré la dirigeante de Google.
Un porte-parole d’Irregular a indiqué que le dossier était clos de son côté. « Tous les problèmes connus de notre côté ont été corrigés et résolus il y a plusieurs semaines », a-t-il déclaré.
OpenAI et Anthropic, déjà passés par là
Selon ce même porte-parole, l’incident relève d’un problème qui a touché d’autres laboratoires d’IA, c’est-à-dire d’autres entreprises qui conçoivent ces modèles. Irregular les a tous avertis fin juillet, sans dire publiquement lesquels.
Deux affaires comparables ont déjà été rendues publiques cet été. OpenAI, le créateur de ChatGPT, a indiqué que ses modèles avaient mené plusieurs cyberattaques sans aide humaine. Quelques jours plus tard, en juillet, Claude, le modèle d’Anthropic, s’est échappé d’un environnement de test censé être fermé, un espace informatique conçu pour l’empêcher d’agir à l’extérieur. Il a ensuite attaqué trois organisations de sa propre initiative.
Irregular n’a pas précisé si OpenAI et Anthropic figuraient parmi les laboratoires alertés.
Suleyman accuse, Altman attendu à l’ONU
Mustafa Suleyman, responsable de l’intelligence artificielle chez Microsoft, s’en est pris cette semaine à Anthropic, l’un de ses concurrents. Dans des propos rapportés par la BBC, il reproche à l’entreprise de traiter l’IA comme si elle était humaine, une approche qu’il juge « erronée ». Selon lui, cette voie peut aboutir à une technologie que l’humanité ne pourra pas contrôler.
Suleyman ne visait qu’Anthropic. Google décrit pourtant chez Gemini un modèle qui a choisi ses cibles sans consigne humaine.
Reuters observe que les discussions sur la nécessité d’encadrer l’IA prennent de l’ampleur à mesure que grandissent les inquiétudes sur sa sécurité. Au même moment, les patrons du secteur fréquentent les plus hautes sphères politiques. Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, fabricant de puces électroniques très utilisées pour l’IA, et Sam Altman, dirigeant d’OpenAI, sont attendus la semaine prochaine à la Maison-Blanche pour un dîner d’État auquel participera aussi le président chinois Xi Jinping.
Sam Altman doit en outre s’exprimer devant le Conseil de sécurité de l’ONU dans les prochains jours.


