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Sur l’île privée de Moustique, dans les Grenadines, la villa The Terraces compte trois piscines, un cinéma et une équipe de dix-huit personnes. En 2023, ses vendeurs en demandaient 200 millions de dollars. Matthieu Pigasse, banquier d’affaires qui revendique un patrimoine supérieur à 100 millions d’euros, y aurait passé une partie de l’été. Le 21 août, devant des militants écologistes, il se rangeait dans le « tiers état ».
Matthieu Pigasse ne conteste pas ses vacances à Moustique. Le 22 septembre, sur France Inter, le banquier d’affaires (il conseille entreprises et États dans leurs opérations financières) a reconnu avoir séjourné cet été sur cette île de l’archipel des Grenadines, et admis que les montants évoqués pouvaient choquer. Il a aussitôt plaidé qu’il s’agissait d’« argent privé », sans « aucun conflit d’intérêts ».
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Ces montants proviennent d’une enquête du Canard enchaîné. L’hebdomadaire affirme que Matthieu Pigasse a occupé The Terraces, l’une des plus vastes villas de l’île, du 26 juillet au 14 août 2026, soit dix-neuf nuits. Le journal s’appuie sur un extrait du registre de la Mustique Company, la société privée qui administre Moustique, mais n’a pas publié ce document. Le banquier a confirmé la destination. Il n’a confirmé ni le nom de la villa ni les dates.
Pour chiffrer le séjour, Le Canard a sollicité un devis. Il en a tiré une nuitée estivale à 22 868 euros, taxes et frais compris. Dix-neuf nuits à ce prix font un peu plus de 434 000 euros.
La Mustique Company publie de son côté ses tarifs. Pour la saison du 1er mai 2026 au 30 avril 2027, elle loue The Terraces 150 000 dollars la semaine en configuration de neuf chambres, et ajoute à cette somme 11 % de taxe gouvernementale et 12 % de frais insulaires. Calculé au prorata (le prix de la semaine divisé par sept, puis multiplié par dix-neuf), ce tarif donne environ 407 000 dollars. Avec les 23 % de suppléments, le total atteint près de 501 000 dollars, soit environ 434 000 euros au taux de change de la mi-septembre.
Deux calculs menés séparément aboutissent au même montant. Le Canard enchaîné l’a tiré d’un devis, la Mustique Company l’affiche dans sa grille 2026-2027. Obtenus par deux voies distinctes, ces chiffres fixent l’ordre de grandeur : au prix public, trois semaines d’été dans cette villa coûtent environ un demi-million de dollars.
« Vie normale » et nuit à 22 868 euros
Face à ces révélations, Matthieu Pigasse a choisi sur France Inter le terrain des principes. « Être de gauche, ce n’est pas faire vœu de pauvreté », a lancé le financier, qui a demandé à être jugé sur ses engagements et ses convictions, et a écarté son compte bancaire comme critère. Il a revendiqué le droit de mener « une vie normale » et de partir en vacances « à peu près où [il] veut ».
Sa fortune, il la situe dans le champ de la taxe Zucman, du nom de l’économiste Gabriel Zucman, qui viserait les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, un seuil qu’il avance sans qu’aucun audit indépendant l’ait vérifié. « Je suis riche et je veux payer plus d’impôts », a-t-il ajouté. Cette déclaration le range parmi les très grandes fortunes françaises. Aucune estimation publique étayée ne le compte parmi les milliardaires.
La vie normale revendiquée par le banquier inclut donc, au tarif du devis obtenu par Le Canard, des nuits de vacances à 22 868 euros. Matthieu Pigasse assume la destination et le train de vie, qu’il renvoie à la sphère privée. Il en conteste la portée politique, que ses propres mots de l’été ont fixée.
Du « tiers état » à The Terraces
Ces mots datent du 21 août 2026. Aux journées d’été des Écologistes, le parti de la gauche écologiste, réunis en Isère, Matthieu Pigasse s’était défendu d’appartenir à une nouvelle aristocratie économique. « Moi, je ne suis pas noble, je fais partie du tiers état », avait assuré le banquier. Il avait aussitôt concédé avoir acquis « un certain nombre de privilèges », en posant la question de l’usage qu’il en faisait.
Ces déclarations ont été faites le 21 août. D’après le calendrier établi par Le Canard enchaîné, il avait quitté The Terraces sept jours plus tôt.
L’hebdomadaire ne lui reproche aucune infraction, aucun détournement d’argent public, aucun conflit d’intérêts. Ses détracteurs relèvent une contradiction entre un discours égalitaire et l’accès à l’un des lieux les plus fermés du monde, à un tarif hors de portée de l’immense majorité des contribuables. En se réclamant du tiers état, le financier a exposé son mode de vie à la comparaison.
Un banquier aux portes de 2027
Ce financier « de gauche » envisage de briguer l’Élysée. Associé de Centerview Partners depuis 2020, après avoir présidé Lazard France, il préside aussi Combat, groupe de médias et d’activités culturelles qui réunit Radio Nova, Les Inrockuptibles et le festival Rock en Seine, et a cofondé Mediawan, groupe de production audiovisuelle, avec Pierre-Antoine Capton et Xavier Niel. Il a cédé en 2023 ses dernières actions du Groupe Le Monde, dont le capital a été transféré au Fonds pour l’indépendance de la presse, et conserve 15 % de la société éditrice du HuffPost.
Ces positions lui donnent une voix dans le débat public, qu’il cherche désormais à porter jusqu’à la présidentielle de 2027. Pour un homme d’affaires qui n’exclut pas de solliciter les suffrages, une villa louée un demi-million de dollars pour quelques jours renseigne les électeurs sur son rapport à l’argent et aux privilèges.


