Raphaël Glucksmann est-il vraiment de gauche ?

Raphaël Glucksmann est-il vraiment de gauche ? Programme, votes européens, parcours et rupture avec LFI : enquête sur le candidat à la primaire socialiste.

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Le 21 septembre, Raphaël Glucksmann a réclamé une taxation des superprofits de TotalEnergies, le premier groupe pétrolier français, pour financer des mesures contre la hausse des prix des carburants. Les superprofits désignent les bénéfices exceptionnels tirés de la flambée des cours. Candidat déclaré à l’élection présidentielle depuis le 23 août, l’eurodéputé affronte les 9 et 10 octobre la primaire de la « gauche socialiste et démocratique ». Trois partis l’organisent : le Parti socialiste, Place publique, le mouvement qu’il a cofondé en 2018, et la Gauche républicaine et socialiste, formation née d’une scission du PS. Un second tour aura lieu les 16 et 17 octobre si aucun candidat ne l’emporte au premier.

À l’approche du scrutin, ses adversaires reviennent à la même question : Raphaël Glucksmann est-il vraiment de gauche ? Ils ont constitué un dossier à charge. On y trouve un compagnonnage avec le mouvement Alternative libérale en 2006, une présence à un meeting de Nicolas Sarkozy en 2007 et trois années de conseil auprès du président géorgien Mikheïl Saakachvili. S’y ajoutent un européisme revendiqué, le soutien militaire à l’Ukraine et, désormais, la rupture avec La France insoumise (LFI).

Pour trancher, il faut regarder ce que le candidat promet de taxer et de dépenser, ce qu’il vote à Strasbourg et avec qui il accepte de gouverner. Passé à ce crible, Raphaël Glucksmann se range dans la gauche. Il appartient à sa branche sociale-démocrate, écologiste et pro-européenne, et il est aussi régalien, c’est-à-dire attaché aux fonctions de l’État que sont la défense et la sécurité.

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Sa mesure phare suffirait presque à le démontrer. Glucksmann veut taxer davantage le 1 % des successions les plus élevées. Il porterait à 50 % le taux marginal, celui qui frappe la tranche la plus haute, au-delà de 2 millions d’euros transmis. Le barème actuel plafonne à 45 % en ligne directe, c’est-à-dire des parents aux enfants. Il réformerait le pacte Dutreil, ce dispositif qui exonère d’impôt les trois quarts de la valeur d’une entreprise familiale transmise, à condition que les héritiers conservent les titres. Il modifierait aussi le sort des plus-values latentes au décès, ces gains accumulés sur des actifs jamais vendus que la mort du détenteur efface aujourd’hui du calcul de l’impôt.

Son équipe chiffre le produit de cette réforme à 15 milliards d’euros. Il s’agit d’une estimation de campagne, que ni la Cour des comptes ni le Conseil des prélèvements obligatoires, l’organisme rattaché à la Cour qui évalue la fiscalité, n’ont certifiée. Le candidat a déjà fixé la destination de ces milliards : réduire les prélèvements sur les salaires jusqu’à trois fois le Smic, soit l’essentiel des salariés, pour augmenter le salaire net.

Glucksmann déplace ainsi une part du financement social des fiches de paie vers les patrimoines transmis. Les partis sociaux-démocrates européens défendent de longue date ce type de transfert, qui fait contribuer les gros héritages pour mieux rémunérer le travail. Il figure parmi les marqueurs les plus anciens de la redistribution.

Un taux effectif de 10 % pour les plus gros héritiers

Le candidat n’a pas choisi sa cible au hasard. Selon des travaux repris par l’ONG Oxfam, les 0,1 % d’héritiers les mieux dotés reçoivent en moyenne environ 13 millions d’euros. Ils acquittent un taux effectif, c’est-à-dire l’impôt réellement payé rapporté au montant reçu, proche de 10 %. Ce taux se situe très loin du barème affiché.

Le pacte Dutreil et la purge des plus-values au décès comptent parmi les dispositifs qui soustraient une large part des plus grosses transmissions à ce barème. Glucksmann s’attaque donc aux mécanismes qui creusent l’écart entre l’impôt théorique et l’impôt payé, là où l’héritage se concentre.

La même logique court dans le reste de son programme fiscal. Glucksmann défend l’alignement de l’imposition des revenus du capital sur celle des revenus du travail. Il faudrait pour cela défaire le prélèvement forfaitaire unique, la « flat tax » de 30 % sur les dividendes et les plus-values instaurée en 2018 au début du premier quinquennat d’Emmanuel Macron. Il réclame aussi une fiscalité alourdie sur les très hauts patrimoines, les grands groupes et les superprofits. Sa demande visant TotalEnergies en fournit l’illustration la plus récente.

Reste à savoir si ce transfert fiscal trouve un prolongement dans le reste du projet.

Smic, retraites et conseils d’administration

Le Smic d’abord. Place publique promet de le porter à 1 600 euros net en deux ans. Le mouvement veut aussi ouvrir des conférences salariales par branche, ces négociations entre syndicats et patronat d’un même secteur. Le candidat compte en outre faire entrer des représentants des salariés dans les conseils d’administration dès 100 employés, alors que le code de commerce ne l’impose aujourd’hui qu’aux entreprises d’au moins 1 000 salariés en France.

En abaissant ce seuil d’un facteur dix, Glucksmann étend la redistribution au partage du pouvoir dans l’entreprise. Il emprunte à la codétermination allemande, où les salariés occupent jusqu’à la moitié des sièges des conseils de surveillance des grands groupes. Il prévoit en outre d’étendre l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée, qui embauche en CDI des chômeurs de longue durée dans des entreprises financées en partie par les allocations ainsi économisées.

Sur les retraites, le candidat annonce l’abrogation de la réforme de 2023, qui avait repoussé l’âge légal de 62 à 64 ans, et l’ouverture d’une nouvelle négociation. Il évoque des départs à 60 ans pour certains travailleurs, selon leur durée de cotisation et la pénibilité de leur métier. Il n’a toutefois détaillé ni le système qu’il vise ni son financement.

Les services publics suivent la même pente. Glucksmann promet un « plan de sauvetage » de l’école publique, des recrutements et des revalorisations dans la fonction publique, un financement pérenne des laboratoires de recherche et une offre de santé de proximité. Dans ce schéma, l’État corrige par l’impôt les inégalités nées du marché et produit lui-même des biens collectifs : enseignement, soins, recherche. Sur l’ensemble de ce socle, le candidat se tient nettement à gauche de la politique économique conduite depuis 2017 par Emmanuel Macron.

Encore faut-il que ses actes d’élu confirment ces promesses.

À Strasbourg, les plateformes et le devoir de vigilance

Élu au Parlement européen en 2019, Raphaël Glucksmann siège au sein de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), le groupe des partis sociaux-démocrates, où il représente Place publique. Cette appartenance l’ancre dans une famille politique, sans suffire à définir ses positions.

Ses votes en disent davantage. Le 24 avril 2024, il a approuvé la directive sur le travail via les plateformes numériques. Ce texte protège les travailleurs faussement classés comme indépendants, chauffeurs et livreurs en tête, et encadre la gestion algorithmique, ces décisions d’affectation ou de sanction confiées à un logiciel. Le même jour, il a voté la directive sur le devoir de vigilance, qui oblige les grandes entreprises à prévenir les atteintes aux droits humains et à l’environnement tout au long de leur chaîne de valeur, fournisseurs et sous-traitants compris. En décembre 2025, il s’est opposé à un texte qui allégeait une partie de ces obligations de durabilité et de vigilance.

D’un scrutin à l’autre, Glucksmann défend l’extension des droits des salariés et la responsabilité juridique des multinationales. Il se range ainsi dans une gauche régulatrice, qui encadre le capitalisme par le droit.

Ses adversaires lui reprochent de voter trop souvent comme les élus macronistes. Glucksmann avance lui-même une convergence d’environ 80 % avec Valérie Hayer, présidente du groupe centriste Renew Europe et tête de liste du camp présidentiel en 2024. Selon ce même décompte, qu’il présente, il vote plus souvent encore comme l’écologiste Marie Toussaint et presque autant que l’insoumise Manon Aubry, coprésidente du groupe de la gauche radicale.

Ses détracteurs devraient alors conclure, sur la même base, à un alignement sur LFI. Au Parlement européen, socialistes, centristes, écologistes et droite modérée négocient la plupart des textes finaux, si bien qu’un taux brut de convergence enregistre d’abord ces compromis.

Le nucléaire, pomme de discorde

L’écologie occupe le centre de sa candidature. Glucksmann promet une « révolution écologique » dans les cent premiers jours de son mandat : sortie des énergies fossiles, rénovation thermique des logements, électrification des usages, développement du rail et des énergies renouvelables.

Il conçoit cette révolution comme une politique industrielle. Son projet soutient la production de petites voitures électriques à prix accessible, étend le leasing social, cette location subventionnée réservée aux ménages modestes, relocalise la chaîne de production des batteries et développe leur recyclage. Il accepte aussi d’ouvrir, sous conditions, de nouvelles mines ou raffineries de métaux critiques, ces matières premières indispensables aux batteries et à l’électronique. En acceptant les mines, le candidat choisit une écologie de production, jugée à l’aune de la décarbonation, de la souveraineté et de l’emploi.

Le nucléaire entre dans ce calcul. Glucksmann veut prolonger les réacteurs existants lorsque leur sûreté le permet et construire de nouvelles capacités, tout en accélérant le solaire, l’éolien, la géothermie et les énergies marines. Ce choix l’oppose à une partie des Écologistes, dont Yannick Jadot, candidat du parti à la présidentielle de 2022 et opposant historique à la construction de nouveaux réacteurs. Jadot s’est pourtant rallié à sa candidature.

Si l’un des principaux dirigeants écologistes soutient un candidat favorable à de nouveaux réacteurs, ses adversaires peuvent difficilement faire du nucléaire une frontière entre gauche et droite. Le Parti communiste défend d’ailleurs l’atome depuis des décennies.

À Strasbourg, Glucksmann a voté dans le même sens que son programme. Il a soutenu le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui taxe le carbone contenu dans certaines importations, et l’interdiction des ventes de voitures thermiques neuves à partir de 2035. Il a aussi voté l’accélération des énergies renouvelables et le règlement sur la restauration de la nature, qui impose de réhabiliter des écosystèmes dégradés et qu’une large partie de la droite européenne a combattu.

Rupture avec LFI, électeurs venus de Mélenchon

Sur La France insoumise, Raphaël Glucksmann a tranché. Il exclut toute alliance électorale ou gouvernementale avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon et a confirmé en 2026 qu’aucun insoumis ne siégerait dans un gouvernement qu’il dirigerait. Il invoque des désaccords sur l’Europe, l’Ukraine, le Hamas, la laïcité et la stratégie électorale, qu’il juge incompatibles avec une coalition durable.

Sa primaire en porte la marque. LFI n’y participe pas, et le Parti communiste n’en est pas organisateur. Cinq candidatures ont été validées : celle de Glucksmann, et celles du premier secrétaire du PS, Olivier Faure, de Jérôme Guedj, député de l’Essonne, d’Emmanuel Maurel, député de la Gauche républicaine et socialiste, et de l’ancienne ministre Ségolène Royal. Les organisateurs veulent désigner le candidat d’un espace social-démocrate capable de concurrencer Jean-Luc Mélenchon.

Pour ses détracteurs, ce refus signe une dérive centriste. Les résultats de 2024 compliquent ce diagnostic. Aux élections européennes, la liste PS-Place publique qu’il conduisait a obtenu 13,83 % des suffrages et 13 sièges, contre 6,19 % pour sa liste de 2019.

Pendant la campagne, l’Enquête électorale française, un vaste panel d’électeurs suivi par le Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po, a mesuré l’origine de ces électeurs. Selon elle, 38 % de ses électeurs potentiels avaient voté Jean-Luc Mélenchon en 2022, contre 30 % pour Emmanuel Macron. Ces transfuges du mélenchonisme étaient plutôt âgés, aisés et situés au centre gauche.

Après le scrutin, le Cevipof a analysé ce résultat comme le retour d’une partie de l’ancien électorat socialiste. La réforme des retraites, la loi immigration et le glissement de la majorité présidentielle vers la droite avaient éloigné ces électeurs d’Emmanuel Macron.

Le candidat qui ferme la porte aux insoumis recrute donc d’abord parmi leurs anciens électeurs. Glucksmann trace un périmètre d’alliance dans une gauche française qui a toujours compté des familles rivales, parfois irréconciliables. Son pari porte sur la viabilité électorale : peut-il accéder au second tour, puis gouverner, en tenant à l’écart la principale force de la gauche radicale ?

L’Europe puissance, rempart de l’État social

L’Europe et l’Ukraine, deux des désaccords qu’il oppose à LFI, dessinent sa singularité. Sur l’Union, Glucksmann assume une ligne fédéraliste. Il défend un budget commun renforcé et la suppression du droit de veto des États dans plusieurs domaines. Il plaide pour une préférence européenne dans la commande publique, qui réserverait une part des marchés publics aux entreprises européennes, et pour un protectionnisme écologique contre les produits fabriqués hors des normes sociales et environnementales de l’Union.

Sur la défense, il réclame un emprunt européen commun, une industrie militaire mieux intégrée et un soutien durable à l’Ukraine. Il a avancé des montants variables selon les périodes, de 100 milliards d’euros dans certaines propositions à un effort nettement plus large dans le projet de Place publique.

Cette alliance de la défense et de la protection sociale a une longue histoire à gauche. Le gouvernement travailliste de Clement Attlee a créé en 1948 le National Health Service, le système de santé public britannique, avant d’engager l’année suivante le Royaume-Uni dans l’OTAN. Glucksmann se rattache à cette tradition sociale-démocrate, qui heurte la gauche pacifiste ou souverainiste.

Le candidat lie les deux terrains. À ses yeux, sans puissance européenne, la France et ses voisins perdent leur souveraineté économique, écologique et militaire, et l’État social devient vulnérable. Ses adversaires tirent de ses positions sur l’Ukraine un classement d’ensemble que son programme fiscal contredit.

De Gaza à la loi immigration

Sur Gaza, ses adversaires ont instruit contre lui le procès le plus violent. Le 19 octobre 2023, il a approuvé la résolution du Parlement européen qui condamnait les attaques terroristes du Hamas et réaffirmait le droit d’Israël à se défendre dans le respect du droit international. Le texte demandait aussi une pause humanitaire, la désescalade et une aide aux civils. Les eurodéputés socialistes et écologistes avaient en outre soutenu un amendement réclamant un cessez-le-feu immédiat, que l’assemblée a rejeté.

« Ce moment est venu », a estimé Glucksmann en mai 2024 à propos de la reconnaissance de l’État palestinien. Il a plaidé à la même période pour un cessez-le-feu, la libération des otages et une pression accrue sur le gouvernement de Benyamin Nétanyahou. Il a évoqué une suspension de l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël, le traité qui encadre leurs relations commerciales et politiques, au nom de la clause relative aux droits humains qu’il contient.

L’écart avec LFI porte sur les mots et sur la hiérarchie des condamnations. Glucksmann qualifie le Hamas d’organisation terroriste et refuse le terme de « génocide » pour décrire les opérations israéliennes. Il parle, lui, de « carnage ». On peut juger cette ligne trop prudente, tardive ou déséquilibrée. Ceux qui l’accusent de s’être opposé au cessez-le-feu ou à la reconnaissance de la Palestine se heurtent toutefois à ses votes de 2023 et à ses déclarations de 2024.

Sur l’immigration, Glucksmann rejette le mot d’ordre d’« immigration zéro ». Il veut abroger la loi de 2024 et autoriser les demandeurs d’asile à travailler dès l’enregistrement de leur demande. Il entend aussi généraliser les titres de séjour de plusieurs années et réviser le règlement de Dublin, qui confie en général l’examen d’une demande d’asile au pays d’entrée dans l’Union. Il souhaite enfin créer une force européenne de sauvetage en mer. Il défend également des voies légales d’immigration de travail, calibrées sur les besoins économiques européens. Une partie de la gauche l’accuse, pour cette référence au marché du travail, d’utilitarisme.

À Gaza comme aux frontières, Glucksmann s’écarte de la gauche radicale par le degré et le vocabulaire, et demeure loin des politiques de fermeture portées par la droite et l’extrême droite.

Alternative libérale, Bercy, la Géorgie

Reste le passé, que ses adversaires invoquent le plus volontiers. En septembre 2006, une vidéo montre Édouard Fillias, président d’Alternative libérale, petit parti libéral fondé cette année-là, présenter Raphaël Glucksmann comme futur candidat du mouvement. Le parti l’a affiché pendant plusieurs mois dans une circonscription parisienne. Glucksmann s’est retiré avant tout dépôt de candidature, en invoquant notamment des divergences sur les questions sociales. Il fut un proche du mouvement, pressenti comme candidat, puis retiré avant l’échéance.

Le 29 avril 2007, entre les deux tours de la présidentielle, il assistait au meeting de Nicolas Sarkozy à Bercy. Il assure y avoir accompagné son père, le philosophe André Glucksmann, qui avait publiquement appelé à voter pour le candidat de l’UMP, le grand parti de la droite. Aucun élément solide n’établit un soutien personnel du fils.

Le candidat reconnaît avoir été plus libéral et marqué par la gauche « kouchnérienne », du nom de Bernard Kouchner, cofondateur de Médecins sans frontières devenu ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy.

Le dossier géorgien pèse davantage. De 2009 à 2012, Glucksmann a conseillé le président Mikheïl Saakachvili, principalement sur les relations extérieures de la Géorgie. Saakachvili était arrivé au pouvoir après la « révolution des roses » de 2003, le soulèvement pacifique qui avait chassé Edouard Chevardnadze. Il a renforcé l’État, modernisé l’administration et combattu la corruption.

Son gouvernement a aussi concentré le pouvoir et porté atteinte à l’État de droit. L’ONG Human Rights Watch a documenté un usage excessif de la force contre des manifestants et de graves défaillances dans les procédures de détention administrative, ces courtes peines de prison infligées pour de simples infractions. Elle a aussi relevé des restrictions visant les médias et la liberté d’association. En 2012, son parti a perdu les élections législatives. Saakachvili a reconnu sa défaite, et la Géorgie a connu sa première alternance démocratique par les urnes.

Ceux qui qualifient Saakachvili de « dictateur » se heurtent à cette alternance. Le portrait le plus exact reste celui d’un président réformateur aux tendances autoritaires. Avoir conseillé un tel pouvoir engage le jugement politique de Glucksmann. Les enquêtes publiées, dont celles de Human Rights Watch, ne lui imputent en revanche aucune responsabilité personnelle dans la répression intérieure.

Ses adversaires peuvent discuter la profondeur de sa conversion. Glucksmann est passé, en vingt ans, d’un petit parti libéral à un programme qui alourdit l’impôt sur les plus gros héritages.

Un budget encore absent à moins de trois semaines du vote

L’addition reste à faire. En juin 2025, Place publique présentait ses 42 chantiers pour la France comme une « vision », sans prétendre livrer un programme chiffré. « De vastes plans pas financés » : France Inter résumait ainsi le projet à l’époque, tandis que RTL soulignait l’absence de financement détaillé.

Depuis sa déclaration de candidature, Glucksmann a précisé ses mesures sur les salaires, les héritages, l’énergie et le pouvoir d’achat. Il n’a toujours pas publié de tableau budgétaire reliant l’ensemble des dépenses, des recettes et des économies.

Le candidat a pourtant promis des revalorisations et des recrutements dans la fonction publique, un plan pour l’école, une santé de proximité, des crédits pérennes pour la recherche, une révolution écologique et un effort de défense européen. Pour les financer, il cite les méga-héritages, les très hauts patrimoines, les superprofits, la fiscalité des grands groupes et des économies ciblées, sans programmation pluriannuelle.

Glucksmann a en outre déjà affecté la seule recette qu’il chiffre précisément, les 15 milliards d’euros attendus des grandes successions, à la baisse des prélèvements sur les salaires. Il ne pourra pas dépenser ces milliards une seconde fois pour l’école, la santé ou la transition écologique.

Raphaël Glucksmann défendra ce projet devant les électeurs de la primaire les 9 et 10 octobre, face à ses quatre concurrents socialistes et sociaux-démocrates.



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