Dentistes : le vrai coût de l’exercice libéral en 2026

Un dentiste libéral verse 55 308 euros de cotisations et de taxes par an, avant de payer son impôt sur le revenu. En 2026, cette facture a encore augmenté.

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Un chirurgien-dentiste libéral verse 55 308 euros de cotisations et de taxes professionnelles avant d’avoir déclaré le moindre revenu. Ceux qui gagnent le moins en acquittent la part la plus lourde.

Le plafond annuel de la Sécurité sociale est passé à 48 060 euros le 1er janvier 2026, en application d’un arrêté publié au Journal officiel du 23 décembre 2025. Ce plafond sert de référence au calcul de la plupart des cotisations. La CARCDSF, caisse de retraite des chirurgiens-dentistes et des sages-femmes, a relevé le même jour son taux de cotisation de base de 8,23 % à 8,73 %. Neuf jours plus tôt, le Parlement adoptait une loi de financement de la Sécurité sociale portant la CSG sur certains revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %.

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Sept lignes de charges, dont deux imposées

Un cabinet dentaire libéral a conservé 361 647 euros d’honoraires en moyenne sur le dernier exercice analysé par l’Observatoire FIDUCIAL des chirurgiens-dentistes 2026. Il en a dépensé 224 117 en charges d’exploitation, soit 62 %. Restent 137 530 euros, contre 127 519 un an plus tôt, pour un taux de résultat qui gagne un point, de 37 % à 38 %.

Ces 137 530 euros constituent la rémunération du praticien avant impôt sur le revenu, avant CSG-CRDS, les deux contributions prélevées sur le bénéfice pour financer la protection sociale, et avant toute constitution d’épargne. Un libéral ne se verse pas de salaire : ce qui reste au bas du compte lui tient lieu de revenu.

L’achat de prothèses et de fournitures pèse 69 296 euros, premier poste du compte de résultat avec 19 % des honoraires, contre 68 557 euros et la même proportion sur l’exercice antérieur. Les autres charges externes atteignent 48 776 euros, 13 %, et regroupent frais de déplacement, assurances, honoraires de conseil et petits équipements. Les cotisations sociales personnelles s’élèvent à 40 359 euros et les charges de personnel à 39 096 euros pour un effectif moyen de 1,05 salarié par praticien, l’une et l’autre ligne à 11 % des honoraires. Les impôts et taxes prennent 14 949 euros et les loyers immobiliers 13 013. Les dotations aux amortissements, qui étalent comptablement le coût du matériel acheté sur sa durée d’usage, s’établissent à 4 843 euros. L’addition des pourcentages arrondis dépasse légèrement 100.

Cinq de ces sept lignes dépendent de décisions que le praticien prend lui-même. Il change de prothésiste, renégocie son bail, arbitre un recrutement, décale un achat de matériel, ce dernier arbitrage déterminant à son tour le montant des amortissements. Les cotisations sociales personnelles et les impôts professionnels, eux, obéissent à un arrêté et à une loi.

Le prélèvement qui tombe avant l’impôt

Ces deux lignes totalisent 55 308 euros par cabinet, soit 15 % du chiffre d’affaires brut. Le praticien les acquitte avant toute imposition personnelle sur le revenu.

Les 40 359 euros de cotisations sociales s’établissaient à 42 407 euros l’exercice précédent, où ils pesaient 12 % des honoraires contre 11 % aujourd’hui. Le point gagné ne vient d’aucune baisse de barème. Les honoraires ont progressé de 2 % pendant que la cotisation moyenne reculait en valeur absolue : le numérateur baisse, le dénominateur monte, et le rapport entre les deux s’allège sans qu’un seul taux ait été abaissé. La convention dentaire 2023-2028 a d’ailleurs alimenté cette progression des honoraires en relevant de 3 %, au 1er janvier 2026, les plafonds des paniers RAC 0 et RAC M, les gammes de soins prothétiques intégralement ou partiellement remboursées au titre du dispositif 100 % Santé, et en créant de nouveaux actes en odontologie pédiatrique.

À 14 949 euros contre 15 956 euros un an plus tôt, le poste « impôts et taxes » représente 4 % du chiffre d’affaires. Il représente aussi exactement 4 % dans chacune des quatre tranches d’activité observées, du cabinet qui encaisse 148 028 euros d’honoraires à celui qui en encaisse 590 548. Cotisation foncière des entreprises et taxes locales suivent le chiffre d’affaires avec une régularité qu’aucun autre poste du compte de résultat n’atteint.

Ni l’impôt sur le revenu ni la CSG-CRDS n’entrent dans ces 15 %. Ils frappent ensuite les 38 % restants.

Ce que les comptes n’ont pas enregistré

Le relèvement du plafond annuel de la Sécurité sociale de 47 100 à 48 060 euros déplace de 2,0 % la base de calcul des cotisations. La CARCDSF a parallèlement révisé ses taux. Sa retraite de base prélève 8,73 % du revenu dans la limite de ce plafond, contre 8,23 % en 2025, auxquels s’ajoutent 1,87 % jusqu’à 240 300 euros. Sa retraite complémentaire, obligatoire elle aussi, combine désormais un forfait de 3 210,60 euros et 11,35 % des revenus compris entre 31 239 et 240 300 euros, contre 3 178,80 euros et 10,80 % l’an dernier. La cotisation ASV, allocation supplémentaire de vieillesse propre aux praticiens conventionnés, atteint 1 663,60 euros pour la part que le dentiste supporte lui-même. La cotisation minimale, due même en cas de revenu très faible, est fixée à 573 euros.

Appliqué au revenu moyen de l’échantillon, le calcul se lit sans difficulté. Un praticien qui déclare 137 530 euros dépasse largement le plafond de 48 060 euros : la seule hausse de 0,50 point de la retraite de base lui coûte 240 euros supplémentaires, avant le relèvement du plafond lui-même, qui en ajoute 84, et avant celui du complémentaire.

Le 30 décembre 2025, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 était promulguée, quatorze jours après son adoption par le Parlement. Son article 12 porte la CSG sur certains revenus du capital de 9,2 % à 10,6 %, ce qui fait passer les prélèvements sociaux globaux sur ces revenus de 17,2 % à 18,6 %. La mesure s’applique aux revenus du patrimoine dès l’imposition des revenus de l’année 2025, et aux produits de placement à compter du 1er janvier 2026. Cinq catégories de revenus, dont l’assurance-vie et les plus-values immobilières, restent taxées à 9,2 %.

Les praticiens qui exercent en société et se rémunèrent en dividendes subissent cette seconde hausse. Elle s’ajoute, pour eux, aux 15 % déjà prélevés en amont.

Le forfait de 4 874 euros que tous acquittent

Un cabinet dont les honoraires restent sous 200 000 euros verse 18 594 euros de cotisations sociales personnelles, soit 13 % de son chiffre d’affaires. Entre 200 000 et 300 000 euros, la facture monte à 30 048 euros et redescend à 12 %. Entre 300 000 et 400 000 euros, 38 732 euros et 11 %. Au-delà de 400 000 euros, 63 364 euros et toujours 11 %.

Le poste fiscal, lui, ne bouge pas d’un point d’une tranche à l’autre. Sur les 15 % prélevés, la totalité de l’écart entre un petit et un grand cabinet vient donc du social.

Le barème de la CARCDSF produit cet écart. Le forfait de la retraite complémentaire, 3 210,60 euros, et l’ASV, 1 663,60 euros, forment 4 874,20 euros dus quel que soit le niveau de revenu, un péage d’entrée indifférent à ce que le praticien gagne. Rapportés à un bénéfice de 60 000 euros, ces montants fixes pèsent 8,1 %. Rapportés à 200 000 euros, 2,4 %. La revalorisation du forfait complémentaire, de 3 178,80 à 3 210,60 euros, obéit à la même arithmétique et frappe donc davantage, en proportion, les revenus les plus bas.

Le résultat final s’en ressent. Sous 200 000 euros d’honoraires, un cabinet encaisse 148 028 euros, en dépense 99 039 en charges, 67 %, et conserve 48 989 euros, soit 33 %. Entre 300 000 et 400 000 euros, il encaisse 346 106 euros, en dépense 223 052 et conserve 123 054 euros, soit 36 %. Au-dessus de 400 000 euros, il encaisse 590 548 euros, en dépense 342 089 et conserve 248 460 euros, soit 42 %. Neuf points de marge séparent les deux extrémités, quand la moyenne de la profession s’établit à 38 %.

Entre 200 000 et 300 000 euros d’honoraires, les charges absorbent 68 % des recettes et le résultat tombe à 32 %, un point sous celui des cabinets les plus modestes. Ce praticien-là a déjà embauché sans avoir atteint le volume qui rentabilise l’embauche, et acquitte les 4 874,20 euros de forfait exactement comme son confrère à 590 000 euros d’honoraires.

La dette fond, la base taxable s’élargit

Hors sociétés, l’endettement bancaire moyen des cabinets est passé de 36 248 euros en 2024 à 27 422 euros en 2025, puis à 19 760 euros en 2026. Les remboursements d’emprunts ont suivi, de 10 776 à 5 849 euros sur la même période.

Les investissements dans l’outil de travail reculent au même rythme. Ils s’élevaient à 9 428 euros en 2024, à 8 154 euros en 2025, à 5 936 euros en 2026, soit une chute de 37 % en deux exercices.

Ce recul se répercute dans le calcul des cotisations. L’achat de matériel n’est pas déductible en une fois : il se déduit du bénéfice par tranches annuelles, les dotations aux amortissements, qui représentent 4 843 euros et 1 % des honoraires, dernier poste du compte de résultat. Moins un praticien achète, moins il déduit, et plus le bénéfice sur lequel la CARCDSF applique ses 8,73 % s’élargit. Le remboursement du capital emprunté n’ouvre lui non plus aucun droit à déduction, seuls les intérêts en ouvrent un.

Un praticien du régime moyen affronte ainsi deux sorties annuelles qu’aucun arbitrage de gestion n’atteint : 40 359 euros de cotisations personnelles et 5 849 euros de capital remboursé. Ni l’un ni l’autre ne se négocie avec un fournisseur.

Aucun plateau technique dentaire ne se renouvelle avec 5 936 euros par an. Un fauteuil équipé se négocie couramment entre 15 000 et 40 000 euros. Un cône beam, ce scanner tridimensionnel devenu courant en implantologie, dépasse 60 000 euros. Le retard accumulé sur trois exercices sera financé plus tard, sous un barème de cotisations plus lourd.

Le montage fiscal que 74 % n’utilisent pas

Dans l’échantillon FIDUCIAL, 74 % des chirurgiens-dentistes exercent en nom propre et 26 % en société. Sur le partage des moyens, la répartition s’équilibre davantage : 53 % des praticiens n’ont pas constitué de société civile de moyens, la structure qui permet à plusieurs confrères de mettre en commun locaux, matériel et personnel sans exercer ensemble, et 47 % en disposent.

Une société de participations financières de professions libérales, la SPFPL, est une holding qui détient les parts de la société d’exercice. Elle bénéficie du régime mère-fille, un dispositif fiscal qui exonère à 95 % les dividendes qu’une société mère reçoit de sa filiale. Le taux d’imposition effectif de ces dividendes tombe ainsi à environ 1,25 %, contre 31,4 % quand le praticien les perçoit directement. Le montage coûte entre 1 500 et 2 500 euros de gestion annuelle et devient avantageux à partir d’environ 6 700 euros de dividendes distribués par an.

La CSG à 10,6 % relève ce seuil de bascule sans l’annuler. Trente points d’écart subsistent entre les deux régimes d’imposition.

Un dentiste de 58 ans qui envisage de céder son cabinet dans cinq ans engage rarement une restructuration juridique dont l’amortissement se compte en années. L’échantillon FIDUCIAL affiche un âge moyen de 52 ans et 34 % de praticiens de plus de 60 ans, contre 17 % de moins de 39 ans. Les 74 % qui exercent en nom propre supportent la totalité des 15 % décrits plus haut sur leur seul revenu.

Qui paie vraiment ces cotisations

La direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques du ministère de la Santé, la DREES, a publié le 2 juillet 2026 sa note sur la démographie des professionnels de santé, établie sur les effectifs au 1er janvier 2026. La France compte 48 700 chirurgiens-dentistes en activité, en hausse de 2,2 % sur un an et de 20,3 % depuis 2012.

L’âge moyen national s’établit à 43,9 ans, contre 48,4 ans en 2012. Les femmes forment 51 % des praticiens en exercice, contre 39 % quatorze ans plus tôt. Près de neuf ans séparent cette moyenne des 52 ans relevés par FIDUCIAL.

L’inlay-core, prochain point de tension

La convention dentaire 2023-2028 a engagé au 1er janvier 2026 une diminution progressive, étalée sur trois ans, de la prise en charge de l’inlay-core, cet ancrage métallique scellé dans la racine avant la pose d’une couronne sur dent dévitalisée. Les cabinets à forte activité prothétique encaisseront les premiers l’effet de cette baisse. Ce sont ceux dont le premier poste de charges reste l’achat de prothèses, à 19 % du chiffre d’affaires.

Le barème de cotisation, lui, s’applique dès le 1er janvier, tandis que la CARCDSF appelle ses cotisations sur la base d’un revenu antérieur avant de régulariser une fois le revenu réel connu. Un praticien dont les recettes prothétiques reculent en 2026 cotise donc d’abord sur un revenu plus élevé, et n’en voit l’effet sur son appel de cotisations qu’ensuite.

L’Assurance maladie rembourse par ailleurs la consultation de base à 60 % depuis le 15 octobre 2023, contre 70 % avant cette date. Le tarif demeure fixé à 23 euros, la prise en charge à 13,80 euros.

Le patient paie 2,30 euros de plus qu’il y a trois ans. Le praticien perçoit le même honoraire, sur lequel la CARCDSF prélève désormais un demi-point de plus.

Sources : Observatoire FIDUCIAL des chirurgiens-dentistes 2026 ; barèmes CARCDSF 2026 ; arrêté fixant le plafond de la Sécurité sociale, publié au Journal officiel du 23 décembre 2025 ; loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, article 12, promulguée le 30 décembre 2025 ; DREES, démographie des professionnels de santé, note du 2 juillet 2026 ; convention nationale des chirurgiens-dentistes 2023-2028.



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