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Un cabinet de médecine générale a encaissé 199 281 € d’honoraires en moyenne sur l’exercice 2025. Il en a reversé 15 076 € à des confrères, pour l’essentiel des remplaçants venus assurer les gardes ou les congés, et y a ajouté 7 357 € de recettes annexes. Ce qui lui revient en propre, ce que les comptables appellent les honoraires nets, s’établit donc à 191 562 €, contre 180 230 € un an plus tôt. Soit 6,3 % de mieux.
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Ces chiffres sont ceux de la dernière édition de l’Observatoire FIDUCIAL des médecins généralistes. Une fois payées toutes les dépenses de fonctionnement, il reste au cabinet 110 229 €, après 102 362 € en 2024. Les comptables nomment ce solde le résultat d’exploitation. C’est le bénéfice du cabinet, avant que son propriétaire ne paie son impôt sur le revenu. Les charges en ont absorbé 81 333 €, 42 % des honoraires nets.
Une précision commande la lecture de tous ces montants : 94 % des médecins du panel sont titulaires de leur cabinet, et les données sont établies par praticien. Les 110 229 € correspondent donc au bénéfice dégagé par un généraliste, pas à celui d’une structure qui en réunirait trois ou quatre.
FIDUCIAL a travaillé sur 450 cabinets clients, prélevés dans un portefeuille qui compte 3 500 médecins généralistes. Dans ce panel, le médecin moyen a 53 ans. Il est un homme dans 58 % des cas et travaille cinq jours par semaine ou plus dans 65 % des cas.
Ce que le fisc n’a pas encore prélevé
Les 110 229 € ne sont pas un salaire. La quasi-totalité des généralistes libéraux exercent en nom propre, sous un régime fiscal appelé bénéfices non commerciaux, ou BNC : ils ne se versent pas de paie mensuelle, ils prélèvent sur le compte du cabinet ce dont ils ont besoin. Les cotisations sociales, retraite et maladie comprises, ont bien été retirées de ces 110 229 €, à hauteur de 27 141 €. L’impôt sur le revenu du foyer, non.
Rapportée au mois, l’enveloppe représente 9 186 € avant impôt. L’INSEE établissait pour 2025 le salaire net médian français à 2 190 € par mois et le salaire net moyen à 2 733 €. Ces deux montants-là s’entendent une fois l’impôt prélevé à la source, celui du médecin non.
Ce que les données publiées permettent d’affirmer tient en trois bornes. Un généraliste moyen du panel FIDUCIAL a dégagé 9 186 € mensuels avant impôt sur le revenu en 2025. Les 13 % de praticiens les moins actifs sont restés sous 2 550 €, les 10 % les plus actifs au-dessus de 19 000 €.
Le 22 décembre 2024, la consultation passe à 30 €
Ce jour-là, le tarif de la consultation généraliste est passé de 26,50 € à 30 €, soit 3,50 € de plus par acte et 13 % de hausse. La mesure vise les médecins de secteur 1, ceux qui s’engagent à ne pas pratiquer de dépassement d’honoraires et qui forment l’immense majorité des généralistes. Elle figure dans la convention médicale 2024-2029, le contrat qui lie l’Assurance maladie et les syndicats de médecins et fixe les tarifs pour cinq ans.
L’exercice 2025 est le premier à porter ce tarif sur douze mois pleins. Le Quotidien du Médecin attribue à cette seule mécanique l’essentiel de la hausse des honoraires relevée par FIDUCIAL, indépendamment du nombre d’actes réalisés.
Le calcul se suit ligne à ligne. Les honoraires nets ont progressé de 11 332 € entre 2024 et 2025. Les charges du cabinet ont augmenté de 3 465 € sur la même période. Il reste 7 867 € de bénéfice supplémentaire, soit 656 € par mois avant impôt sur le revenu. Un généraliste ayant vu strictement le même nombre de patients qu’en 2024 a encaissé ce supplément sans travailler davantage, et l’exercice 2026 ne le reconduira pas si aucune nouvelle revalorisation n’intervient.
Les 81 333 € qui ne finiront pas dans sa poche
Compte de résultat moyen d’un cabinet de médecine générale, exercice 2025
| Poste | Montant annuel | Équivalent mensuel | Part des honoraires nets |
|---|---|---|---|
| Honoraires nets | 191 562 € | 15 964 € | 100 % |
| Cotisations sociales personnelles | − 27 141 € | − 2 262 € | 14 % |
| Autres charges externes | − 24 890 € | − 2 074 € | 12 % |
| Charges de personnel | − 10 423 € | − 869 € | 5 % |
| Impôts et taxes | − 10 082 € | − 840 € | 5 % |
| Locations immobilières | − 7 494 € | − 625 € | 3 % |
| Dotations aux amortissements | − 1 303 € | − 109 € | 1 % |
| Résultat d’exploitation (bénéfice avant impôt sur le revenu) | 110 229 € | 9 186 € | 58 % |
Les cotisations sociales personnelles pèsent 27 141 €, plus du tiers de toutes les charges du cabinet et 2 262 € par mois retirés avant que le médecin ne se serve. Y figurent les prélèvements obligatoires, ceux de l’URSSAF et ceux de la CARMF, la caisse qui gère la retraite et l’invalidité des médecins libéraux. S’y ajoutent les versements que le praticien choisit lui-même, retraite complémentaire et prévoyance souscrites dans le cadre de contrats dits Madelin, du nom de la loi de 1994 qui les a rendus déductibles. FIDUCIAL relève que la part de ces versements facultatifs augmente à mesure que monte l’activité du cabinet. Les médecins aux honoraires les plus élevés transforment ainsi une part de leur revenu immédiat en revenu différé.
Viennent ensuite 24 890 € d’autres charges externes, 2 074 € mensuels. La ligne additionne les fournitures médicales et le petit matériel, l’assurance en responsabilité civile professionnelle, les abonnements téléphoniques et informatiques, les logiciels de gestion, les frais des plateformes de prise de rendez-vous et de téléconsultation, les honoraires du comptable. Dans le panel FIDUCIAL, 74 % des cabinets proposent désormais la téléconsultation, dont l’abonnement mensuel s’impute sur cette ligne.
Hors rémunération du praticien, la masse salariale du cabinet atteint 10 423 €, 869 € par mois consacrés au secrétariat médical ou à l’assistanat. Elle devrait grossir, et donc rogner le bénéfice. La convention 2024-2029 a porté à 5 % depuis le 22 juin 2024 l’aide de l’Assurance maladie pour l’emploi d’un assistant médical, ce professionnel qui prend les constantes et prépare les consultations pour permettre au médecin d’en enchaîner davantage. La Caisse nationale d’assurance maladie a lancé en juillet 2026 un contrat collectif autorisant plusieurs généralistes d’un même cabinet ou d’une même maison de santé à se partager un poste aidé.
Suivent 10 082 € de taxes payées par la structure, sans rapport avec l’impôt sur le revenu du médecin, et 7 494 € de loyers professionnels. Les dotations aux amortissements plafonnent, elles, à 1 303 € par an, 109 € par mois. Cette ligne comptable étale sur plusieurs années le coût du matériel acheté : un montant aussi faible signale que le généraliste moyen du panel n’a financé aucun équipement lourd sur l’exercice.Source : Observatoire FIDUCIAL des médecins généralistes, édition 2026. Colonne mensuelle calculée par la rédaction.
Treize pour cent des cabinets encaissent moins de 100 000 € d’honoraires nets, 71 046 € en moyenne. Leurs charges captent 57 % des recettes, et le bénéfice s’arrête à 30 549 €, un peu moins de 2 550 € par mois avant impôt. Ces médecins dégagent donc moins que le salaire net moyen français, et l’administration fiscale n’a pas encore prélevé sa part. Il s’agit pour l’essentiel de praticiens à temps partiel, en début ou en fin de carrière.
Au milieu, les tranches 3 et 4 rassemblent 45 % des médecins. Leur bénéfice s’échelonne de 99 349 € à 128 700 €, entre 8 279 € et 10 725 € par mois, pour des charges comprises entre 42 % et 44 % des honoraires.
Dix pour cent des cabinets franchissent les 300 000 € d’honoraires, 362 024 € en moyenne. Leurs charges tombent à 36 % des recettes, le taux le plus bas du panel, et le bénéfice dépasse 230 000 €, soit 19 226 € mensuels. Les 6 % de la tranche 5 les précèdent à 14 057 €.
Loyer, secrétariat, logiciels, assurance : ces dépenses bougent peu quand le nombre de consultations augmente. Un cabinet qui double son activité ne double donc pas ses frais, et la part du bénéfice grimpe de 43 % dans la tranche basse à 64 % dans la tranche haute, sans qu’aucune décision de gestion l’explique. Un généraliste de la tranche 6 dispose chaque mois de 16 680 € de plus que son confrère de la tranche 1. Les deux ont soutenu la même thèse.
Plus de revenus, deux semaines pour un rendez-vous
Selon la troisième édition du baromètre FHF x Ipsos BVA, publiée le 17 mars 2026, 73 % des Français déclarent avoir renoncé à au moins un acte de soin au cours des cinq dernières années. Ils étaient 68 % en 2025, 63 % en 2024. Dix points en deux ans, environ sept millions de personnes supplémentaires.
Le même baromètre chiffre à deux semaines environ le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez un généraliste, contre quatre jours en 2019. L’attente est devenue le premier motif de renoncement aux soins, devant le frein financier.
Les 656 € mensuels gagnés en 2025 par le cabinet moyen ne proviennent d’aucun patient supplémentaire. Ils proviennent des 3,50 € ajoutés au prix de chaque consultation le 22 décembre 2024.
Au 1er janvier 2026, la France comptait 242 200 médecins en activité, dont 101 000 généralistes et 141 200 autres spécialistes, selon un communiqué de la DREES daté du 2 juillet 2026. Les effectifs de généralistes ont progressé de 1,0 % sur un an, ceux des autres spécialistes de 2,9 %. La moitié des médecins français sont des femmes.
L’Assurance maladie fait état d’une progression de 32 % des installations de nouveaux généralistes en 2025 par rapport à 2024. Elle l’attribue à la suppression du numerus clausus, ce plafond qui limitait depuis 1971 le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine, et estime que le mouvement bénéficie d’abord aux territoires qui manquent de médecins. Depuis le 1er janvier 2026, les praticiens installés en zone d’intervention prioritaire ou en quartier prioritaire de la ville touchent 10 % de plus sur le forfait annuel que leur verse l’Assurance maladie pour chaque patient dont ils sont le médecin traitant, mesure issue de la seconde vague de déploiement de la convention 2024-2029.


