Engrais : deux tiers des produits contrôlés non conformes

Sur 21 engrais azotés prélevés dans six pays, 14 ont été déclarés non conformes par les inspecteurs européens.

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Vingt et un engrais azotés testés, quatorze non conformes. La Commission européenne a publié le 8 septembre 2026 les résultats de la première opération de contrôle de sa campagne JACOP 2025, consacrée aux engrais contenant des inhibiteurs de nitrification ou d’uréase. Le taux d’échec s’établit à 67 %, contre 33 % de produits jugés conformes à la fois aux exigences analytiques et aux règles d’étiquetage.

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Sept services de contrôle répartis dans six pays ont prélevé les échantillons en janvier et février 2026. L’Irlande en a fourni cinq, collectés par le ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation et de la Marine. L’Allemagne en a fourni cinq également, via les conseils régionaux de Kassel, qui en a prélevé quatre, et de Stuttgart, qui en a prélevé un. L’Office fédéral autrichien de la sécurité alimentaire en a livré quatre, l’Agence fédérale belge pour la sécurité de la chaîne alimentaire trois, les services polonais et slovènes deux chacun.

Les prélèvements ont été effectués pour l’essentiel dans des points de vente physiques et sur des sites de stockage en vrac, une part plus réduite provenant de centres de stockage centraux.

Quatre des 21 produits relevaient de la catégorie européenne dite PFC 1, les engrais simples, onze de la catégorie PFC 7, les combinaisons d’engrais. Les six derniers étaient commercialisés sous législation nationale, faute d’engrais à libération contrôlée portant le marquage CE en quantité suffisante sur le marché au moment de l’échantillonnage.

Ces engrais contiennent des inhibiteurs, des additifs qui ralentissent la transformation chimique de l’azote une fois le produit épandu. Sans eux, une partie de l’azote s’échappe dans l’air, tandis qu’une autre, transformée en nitrates par les bactéries du sol, descend vers les nappes à la première pluie. Les inhibiteurs allongent le délai pendant lequel les racines peuvent capter l’azote.

Ce que la chromatographie a trouvé dans les sacs

Les échantillons ont été confiés à un laboratoire externe, qui a dosé les inhibiteurs par chromatographie liquide à haute performance. Cinq normes européennes encadrent ces mesures, chacune pour une famille de molécules : EN 15360 pour le dicyandiamide, EN 16328 pour le phosphate de diméthylpyrazole, EN 16651 pour les triamides NBPT et NPPT, EN 16075 pour le 2 NPT, EN 17090 pour le DMPSA et le MPA.

La teneur en azote mesurée dans les engrais s’est située dans les limites de tolérance admises par le règlement (UE) 2019/1009 sur les fertilisants. Pour les inhibiteurs, le laboratoire a relevé des valeurs tantôt supérieures, tantôt inférieures à celles déclarées, mais la teneur mesurée respectait les exigences applicables dans la grande majorité des échantillons.

Les quatorze échecs tiennent à autre chose. Selon la Commission, il manquait sur l’étiquette de ces produits les informations exigées par la législation, ou bien la teneur en inhibiteur n’y était pas indiquée avec exactitude. Le rapport parle de problèmes récurrents d’étiquetage et de marquage, et non d’une non-conformité analytique généralisée.

Deux façons de compter, un seul produit

Prenons un sac de 100 kilos contenant 25 kilos d’azote et 250 grammes d’inhibiteur. Pour un engrais simple, la règle européenne calcule la teneur en inhibiteur par rapport à l’azote : elle s’affiche 1 %. Pour une combinaison d’engrais, elle se calcule par rapport au poids total du sac : elle s’affiche 0,25 %. Même produit, quatre fois d’écart.

Le règlement 2019/1009 prévoit ces deux modes de calcul, l’un pour la catégorie PFC 1, l’autre pour la PFC 7. Les services de contrôle ont constaté que les difficultés observées découlent principalement de cette coexistence. Fabricants et inspecteurs nationaux en tirent des interprétations divergentes, ce qui aboutit à des pratiques d’étiquetage hétérogènes sur le marché européen.

Onze des 21 échantillons relevaient précisément de cette catégorie PFC 7, celle où les inspecteurs situent l’essentiel du problème.

La DG GROW a indiqué que la cohérence des règles applicables aux combinaisons d’engrais nécessitait des précisions supplémentaires. Une proposition de modification des dispositions d’étiquetage a été examinée au sein de son groupe d’experts sur les fertilisants.

Le rapport lui adresse une recommandation qui va dans le sens des industriels : réexaminer et ajuster les valeurs de tolérance entre teneur réelle et teneur déclarée, les limites actuelles étant jugées restrictives et ne tenant pas compte de l’incertitude inhérente aux mesures de laboratoire. Les auteurs demandent aussi de clarifier les règles de tolérance applicables à la PFC 7, le rapport de la combinaison ne figurant pas sur l’étiquette.

JACOP, la police du marché unique

JACOP, pour Joint Actions on Product Compliance, organise le travail commun des autorités de surveillance du marché des pays de l’Union et de l’AELE. La DG GROW pilote le programme, l’agence exécutive EISMEA en assure la gestion contractuelle. L’édition 2025 comprend onze opérations couvrant neuf secteurs, des barbecues à gaz aux crèmes solaires, des vêtements grand public aux chaussures de sécurité. Les engrais en constituaient la première. Le rapport final de l’ensemble de la campagne est attendu en octobre 2026.

Vanessa Capurso, experte politique à la DG GROW, a déclaré dans le communiqué que ces campagnes « protègent les consommateurs européens des produits dangereux » et les entreprises face aux concurrents qui cherchent à contourner les règles de l’Union.

Quatorze mises en demeure, 120 normes à écrire

Les services de contrôle ont contacté les entreprises responsables des quatorze produits non conformes, soit une mesure par échantillon recalé. Six visaient un fabricant, trois un distributeur, deux un importateur établi dans l’Espace économique européen. Pour les trois dernières, le rapport ne précise pas la catégorie.

Onze de ces dossiers se soldent par une correction d’étiquette annoncée. Pour les trois autres, les mesures étaient encore en cours d’élaboration à la date limite du 29 juin 2026 retenue pour la rédaction du rapport.

Aux fabricants et distributeurs, les auteurs rappellent l’obligation de détenir la documentation technique et la déclaration de conformité prévue à l’annexe V du règlement avant toute mise sur le marché, et de lier clairement ce document au produit pour en assurer la traçabilité.

La Commission européenne mène par ailleurs un projet doté de 10 millions d’euros visant à élaborer près de 120 normes européennes pour les engrais, afin d’unifier les exigences de sécurité, de qualité et de conformité environnementale des produits sous marquage CE. La mise à jour du document d’orientation sur la présentation graphique des étiquettes a été engagée.

Les organismes de normalisation sont invités à fusionner quatre des cinq méthodes d’analyse existantes en une seule, la chromatographie liquide couplée à la détection ultraviolette étant jugée suffisante pour doser les inhibiteurs. Tant que les laboratoires opèrent selon des protocoles distincts, une part des deux tiers d’échecs relève de l’outil de mesure.

Aucune amende ne figure dans le rapport.

Une étiquette fausse, une facture bien réelle

Dans les magasins et les silos inspectés, deux sacs sur trois n’apportaient pas à l’acheteur l’information exacte à laquelle il a droit. Ces engrais se vendent plus cher que les engrais azotés classiques, à cause des inhibiteurs qu’ils contiennent.

Une dose d’inhibiteur inférieure à celle affichée entraîne une perte d’azote plus importante avant que les cultures ne l’aient utilisé, ce qui dégrade l’efficacité du produit et augmente le coût pour l’exploitant. Une dose supérieure, ou une indication erronée, fragilise la confiance dans les consignes de dosage et accroît le risque d’émissions inutiles et de pertes de nutriments.

La Commission relie ces erreurs d’étiquetage à un renchérissement de la production alimentaire et à une perte de confiance dans l’information produit. Aucun test de terrain ne permet à l’agriculteur de repérer l’écart.

L’inhibiteur qui s’évapore pendant le stockage

Les inhibiteurs maintiennent l’azote disponible plus longtemps pour les cultures, limitent le lessivage et le ruissellement, et réduisent les émissions de gaz à effet de serre. Le protoxyde d’azote, principal gaz concerné, possède un pouvoir de réchauffement 273 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone sur cent ans, selon le sixième rapport du GIEC.

Le rapport JACOP identifie la stabilité du produit comme un facteur déterminant : la dégradation des inhibiteurs au cours du stockage et de la manipulation apparaît comme une caractéristique inhérente à ce type de fertilisants. Le sac garde son aspect, son contenu perd en efficacité.

Les auteurs recommandent aux fabricants d’indiquer une date d’expiration de la garantie relative à l’activité inhibitrice, l’engrais restant utilisable au-delà mais avec une efficacité réduite. Ils suggèrent à la Commission d’inscrire cette obligation dans le règlement, et aux organismes de normalisation d’encadrer les conditions de stockage des échantillons avant analyse, pour éviter que les molécules ne se dégradent entre le prélèvement et le laboratoire.

Aucun texte ne rend cette date obligatoire aujourd’hui. Les deux tiers de produits recalés mesurent ce que les sacs annonçaient au moment du prélèvement, pas ce qu’ils contenaient encore le jour de l’épandage.



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