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- Ce qui reste à la fin du mois
- Un ministre gagne 40 % de plus qu’un député
- La baisse de 30 % de 2012 n’a jamais été annulée
- 80 m² à Paris et 150 000 euros de frais par an
- Trois mois d’indemnité
- Après Matignon, le chauffeur s’arrête à dix ans
- Farandou a perdu 250 000 euros en devenant ministre
- Première baisse depuis 2012, pour quel montant ?
Sébastien Lecornu envisage de diminuer l’indemnité des ministres de son gouvernement ainsi que celle des conseillers de cabinets ministériels dans le budget 2027. Un ministre de plein exercice touche 10 692 euros bruts par mois, un secrétaire d’État 10 157 euros.
Ces deux montants sont exacts, et ils ne mesurent qu’une partie de ce que rapporte la fonction. Ni les avantages en nature, ni les frais de représentation, ni l’indemnité versée après le départ n’y figurent.
Au 9 septembre, aucun arbitrage n’était rendu sur l’ampleur de la coupe. Les sources concordantes évoquent 10 à 20 %.
Ce qui reste à la fin du mois
Les cotisations sociales, retraite, maladie et chômage, ramènent les 10 692 euros bruts à environ 9 700 euros. L’impôt sur le revenu, prélevé directement sur le bulletin de paie à un taux estimé entre 25 et 30 %, laisse ensuite entre 6 500 et 7 500 euros réellement disponibles chaque mois.
Appliquée à cette somme, la coupe envisagée par Matignon donnerait entre 5 850 et 6 750 euros nets dans l’hypothèse basse de 10 %, entre 5 200 et 6 000 euros dans l’hypothèse haute de 20 %. L’Insee situe à 4 334 euros nets le seuil d’entrée dans les 10 % de Français les mieux rémunérés. Même amputé d’un cinquième, le revenu d’un ministre resterait largement au-dessus de ce niveau.
Aucune donnée ouverte ne détaille les indemnités réellement versées aux membres du gouvernement, retenues comprises. Le taux d’impôt de 25 à 30 % retenu ici est une moyenne, pas un relevé.
Un ministre gagne 40 % de plus qu’un député
Sébastien Lecornu perçoit 16 038 euros bruts par mois, montant que le Premier ministre a lui-même déclaré à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP), l’organisme public chargé de contrôler le patrimoine des responsables politiques, en avril 2026. Le président de la République se situe au même niveau.
Un ministre et un ministre délégué touchent 10 692 euros bruts, un secrétaire d’État 10 157 euros. Un député perçoit 7 637 euros, soit 3 055 euros et 40 % de moins qu’un ministre de plein exercice.
Le décret n° 2012-983 du 23 août 2012, consultable sur Légifrance, ne fixe pas un montant en euros. Il rattache le traitement des ministres à celui des fonctionnaires classés « hors échelle », c’est-à-dire les plus hauts grades de l’administration, ceux qui dépassent la grille de salaires ordinaire : préfets, ambassadeurs, directeurs d’administration centrale.
Le calcul prend le salaire le plus élevé et le plus bas de cette catégorie, en fait la moyenne, et la multiplie par 1,4. Le texte ajoute ensuite une indemnité de résidence égale à 3 % du traitement, puis une indemnité de fonction égale à 25 % du total obtenu. Le président de la République et le Premier ministre perçoivent les montants les plus élevés de cette grille, majorés de 5 %.
Aucun vote annuel, aucun arbitrage gouvernemental ne fixe donc ce que gagne un ministre. Son salaire monte ou baisse avec celui des hauts fonctionnaires, automatiquement, depuis quatorze ans.
La baisse de 30 % de 2012 n’a jamais été annulée
L’AFP Factuel a démenti en juillet 2025 une affirmation qui circule depuis plusieurs années sur les réseaux sociaux, selon laquelle la baisse de 30 % des salaires ministériels décidée par François Hollande en mai 2012 aurait été supprimée.
Le Conseil constitutionnel a bien annulé la mesure le 9 août 2012. Il l’a fait parce qu’elle figurait dans un texte budgétaire où elle n’avait pas sa place, et non parce qu’il la jugeait contraire à la Constitution sur le fond. Quinze jours plus tard, le gouvernement la réintroduisait par un décret, avec effet rétroactif au 15 mai 2012. Ce texte porte le numéro 2012-983. C’est lui qui fixe les 10 692 euros de 2026.
Les ministres de Sébastien Lecornu touchent donc déjà un traitement réduit de 30 %. La coupe envisagée pour 2027 viendrait s’appliquer à ce montant déjà rogné.
80 m² à Paris et 150 000 euros de frais par an
Un ministre dispose d’un logement de fonction pouvant atteindre 80 m² à Paris et d’une voiture avec chauffeur. La SNCF lui ouvre la gratuité, et certains portefeuilles donnent droit à des vols gratuits sur Air France. Un cadre du privé payé au même niveau règle chacun de ces postes sur son salaire net.
L’enveloppe annuelle de frais de représentation suit la même hiérarchie que le traitement : 150 000 euros pour un ministre, 120 000 pour un ministre délégué, 100 000 pour un secrétaire d’État. Ces sommes servent aux dépenses liées à la fonction, réceptions, déplacements, protocole, et n’entrent pas dans le revenu personnel de leur titulaire.
Aucun texte réglementaire unique ne les encadre. Leur montant n’est connu que par les réponses apportées à des questions posées par des parlementaires.
Trois mois d’indemnité
Aucune retraite spécifique n’existe pour les anciens ministres, contrairement à une idée répandue. Un texte de 1958, modifié en 2013, ouvre droit à une indemnité mensuelle égale au dernier traitement, versée trois mois au maximum.
Le bénéficiaire ne doit exercer aucune activité rémunérée pendant cette période. Il lui faut par ailleurs avoir transmis l’intégralité de son patrimoine à la HATVP.
Aurélien Rousseau, ancien ministre de la Santé, a perçu 31 941 euros bruts sur trois mois après sa démission.
Sébastien Lecornu relève lui-même de ce dispositif. Nommé en octobre 2025 puis parti quelques jours plus tard, ce qui a fait de lui le Premier ministre le plus éphémère de la Ve République, il pouvait théoriquement toucher cette indemnité pendant trois mois, en plus d’un secrétariat pendant dix ans et d’un véhicule avec chauffeur limité à la même durée. Le chef du gouvernement qui prépare la baisse de 2027 est soumis au régime qu’il veut rogner.
Après Matignon, le chauffeur s’arrête à dix ans
Les anciens Premiers ministres bénéficient d’un régime à part, plus généreux et plus durable que celui des autres membres du gouvernement. Le décret n° 2025-965 du 16 septembre 2025, publié au Journal officiel l’a réduit. Il ne concerne qu’eux, contrairement à ce qui a été écrit à plusieurs reprises depuis sa parution.
Le texte limite à dix ans après le départ de Matignon la mise à disposition d’un véhicule avec chauffeur. Depuis le 1er janvier 2026, Jean-Marc Ayrault, Manuel Valls, François Fillon, Dominique de Villepin et Jean-Pierre Raffarin en sont privés.
La protection policière n’est plus accordée à vie. Les services de l’État la réexaminent désormais périodiquement, selon le risque réellement encouru.
Voitures, chauffeurs et secrétariats des anciens Premiers ministres ont coûté 1,58 million d’euros à l’État en 2024. La protection policière s’y ajoute, pour 2,8 millions d’euros par an.
Farandou a perdu 250 000 euros en devenant ministre
Le traitement ministériel ne dit rien de ce que gagnaient ses titulaires avant leur nomination. La HATVP a publié le 20 avril 2026 les déclarations de patrimoine et d’intérêts de 30 des 36 membres du gouvernement Lecornu II.
Jean-Pierre Farandou gagnait environ 380 000 euros par an à la tête de la SNCF, les revenus antérieurs les plus élevés de l’équipe selon Le Monde. Le ministre du Travail et des Solidarités touche aujourd’hui 128 300 euros bruts par an, soit 251 700 euros de moins. Sa nomination lui a coûté les deux tiers de ses revenus.
Serge Papin arrive en tête du classement patrimonial. Le ministre délégué aux PME, au Commerce, à l’Artisanat et au Pouvoir d’achat déclare 8,4 à 8,5 millions d’euros nets, dont 7,1 millions pour sa seule holding Finapa. Monique Barbut suit avec 4,7 millions d’euros : la ministre de la Transition écologique déclare un appartement parisien estimé à 2,3 millions d’euros, une maison dans le Loiret à 150 000 euros, une société civile immobilière à 583 000 euros et un diamant solitaire acheté 30 000 euros. Roland Lescure, ministre de l’Économie, déclare plus de 3,7 millions d’euros de biens immobiliers. Gérald Darmanin ferme la marche avec le patrimoine le plus modeste des trente.
Première baisse depuis 2012, pour quel montant ?
La coupe viserait l’indemnité des ministres et celle des conseillers de cabinets ministériels, dans le projet de loi de finances pour 2027. Aucune baisse n’a été appliquée aux membres du gouvernement depuis le décret de 2012. « Le Premier ministre ne se sent pas de demander des efforts aux Français si le gouvernement n’y consent pas lui-même », a déclaré un proche de Sébastien Lecornu.
Matignon n’a communiqué aucune évaluation du gain budgétaire attendu, alors que la mesure porterait sur une trentaine de traitements bruts d’environ 10 700 euros. Voitures et secrétariats des seuls anciens Premiers ministres ont coûté 1,58 million d’euros en 2024, et l’enveloppe de frais de représentation atteint 150 000 euros par ministre et par an.
Une baisse de 10 % de l’indemnité des députés et sénateurs, évoquée en parallèle, dépend du Parlement seul et non du gouvernement.
Au terme de la réforme, un ministre toucherait entre 8 550 et 9 620 euros bruts par mois, soit 5 200 à 6 750 euros nets une fois l’impôt prélevé. Le logement de fonction, le chauffeur, la gratuité SNCF, les 150 000 euros de frais annuels et les trois mois d’indemnité de départ ne sont pas visés par le projet.


