Rafale : la prochaine vente se négocie loin de l’Europe

Dassault Aviation a vendu 323 Rafale à huit pays étrangers. Le Vietnam pourrait devenir le neuvième, et la décision se joue cette semaine à Paris.

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Huit pays étrangers ont signé pour le chasseur de Dassault Aviation, soit 323 appareils vendus hors de France. Le Vietnam pourrait devenir le neuvième, pour 24 à 40 avions et un montant que certaines estimations poussent jusqu’à 8 milliards de dollars. Hanoï vole russe depuis un demi-siècle. Les quatre jours qui s’ouvrent à Paris diront si cette bascule a commencé.

Le ministre vietnamien de la Défense, le général Phan Van Giang, sera reçu jeudi 10 septembre par Catherine Vautrin. L’entretien se tiendra à Paris, pendant le Sommet spatial international des 9 et 10 septembre, où le Vietnam a le statut d’invité d’honneur.

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Tô Lâm, secrétaire général du Parti communiste vietnamien et président de la République socialiste du Vietnam, est de son côté attendu à l’Élysée par Emmanuel Macron. Sa visite officielle court du 9 au 12 septembre.

Un contrat de chasseurs français plane sur ces deux rendez-vous. Ni Hanoï ni Dassault Aviation, qui construit le Rafale, n’ont pourtant annoncé la moindre commande. Les entretiens de la semaine peuvent produire la première parole officielle d’un dossier qui n’en a reçu aucune depuis février 2026.

Entre 24 et 40 chasseurs changeraient de main. Le montant, lui, varie selon les sources dans une fourchette qui va de 4 à 8 milliards de dollars. L’écart tient à ce que chaque estimation englobe : l’armement, l’entretien des appareils sur toute leur durée de vie et la formation des pilotes y sont comptés ou non.

Les premiers avions atterriraient au Vietnam à l’horizon 2028-2030.

Sept mois de signaux, aucun démenti

L’Express a révélé début février 2026 qu’un pilote vietnamien aurait volé « discrètement » sur un Rafale. Aucune autorité n’a confirmé l’information à l’époque.

Military Watch Magazine est revenu sur ces vols d’essai en avril 2026 pour en confirmer la tenue. Le magazine spécialisé y voyait une piste pour succéder aux Su-22, avions d’attaque au sol de conception soviétique dont Hanoï exploite encore une flotte vieillissante.

Un paquet de F-16 Block 70 « Viper », dernière déclinaison du chasseur américain, aurait été mis sur la table par Washington. Le montant avancé serait du même ordre que celui de l’offre française.

La presse spécialisée cite deux autres candidats. Le Gripen E suédois figure parmi eux, de même que le FA-50 sud-coréen, dont les performances sont jugées en retrait.

Hanoï pourrait aussi ne choisir personne, ou plutôt choisir tout le monde. Plusieurs analyses envisagent une flotte où avions occidentaux et russes voleraient côte à côte, plutôt qu’un remplacement pur et simple. Le Rafale y hériterait des missions confiées aux Su-22. Le Vietnam garderait au centre de son aviation de combat ses Su-30MK2, chasseurs-bombardiers russes livrés depuis les années 2000 et ses appareils les plus modernes. Quelques Su-57, l’avion furtif de dernière génération sorti des bureaux d’études russes, s’y ajouteraient dans les années 2030.

Trois jours chez Poutine avant l’Élysée

Tô Lâm arrive à Paris de Moscou. Vladimir Poutine l’y recevait encore du 7 au 9 septembre, pour une visite d’État consacrée au partenariat stratégique entre les deux pays, de l’énergie aux questions de défense. Le président vietnamien poursuivra ensuite sa tournée vers les États-Unis, où il doit parler à l’ONU vers le 21 septembre, puis vers le Canada.

Ce parcours ne doit rien au hasard. Quatre principes encadrent depuis des années la diplomatie vietnamienne, réunis sous le nom de « Quatre non » : pas d’alliance militaire, pas d’alignement contre un État tiers, pas de base étrangère sur son sol, pas d’emploi ni de menace de la force. Acheter un chasseur occidental n’en écorne aucun, et n’oblige Hanoï à rompre avec personne.

Deux archipels de la mer de Chine méridionale opposent Hanoï à Pékin. La Chine occupe les Paracels depuis 1974. Les Spratleys, situées plus au sud, sont revendiquées par plusieurs États riverains. Les deux pays y ont bâti des installations militaires face à face.

Au-dessus de ces zones contestées, la Chine fait voler le J-16, un chasseur biplace qu’elle produit en série depuis une dizaine d’années. Un critère revient dans les descriptions du programme d’acquisition vietnamien : l’appareil retenu devra pouvoir le dominer.

Sur ce terrain, le Rafale offrirait à la défense vietnamienne le radar RBE2, qui suit plusieurs cibles à la fois, et SPECTRA, son système de guerre électronique, capable de repérer les radars adverses et de brouiller leurs signaux. L’appareil emporterait le Meteor, missile air-air européen dont la portée franchit la centaine de kilomètres. Depuis les bases du continent, il frapperait des cibles en mer comme à terre.

Vingt-quatre à quarante avions représentent 2 ou 3 escadrons, l’unité élémentaire de l’aviation de combat, réservés aux missions les plus dures. Une telle flotte ne tient pas seule le ciel vietnamien en continu.

Gregory Poling dirige le programme Asie du Sud-Est du Center for Strategic and International Studies (CSIS), centre de recherche américain installé à Washington. Il estime dans son analyse pour Bloomberg que le Vietnam dispose déjà des capacités navales, aériennes et d’artillerie suffisantes pour « donner à la Chine un coup qui saigne ». Il ajoute que Pékin l’emporterait en cas d’affrontement direct, mais « à un prix ». Ni le ministère des Armées ni Dassault Aviation n’ont indiqué, avant l’ouverture de la visite, quel armement accompagnerait une éventuelle offre au Vietnam.

Le chasseur français rejoindrait un parc de 60 à 72 avions de combat. Une trentaine de Su-30MK2 en forment le cœur. S’y ajoutent une dizaine de Su-27, conçus dans les années 1980, et un nombre de Su-22 que les décomptes en source ouverte situent entre 19 et 36.

À Da Nang, une chaîne de maintenance à doubler

Ces appareils russes sont aujourd’hui entretenus par l’usine aéronautique A32 de Da Nang, dans le centre du pays.

Un Rafale n’a rien de commun avec eux. Ni les pièces détachées, ni les outils de l’atelier, ni la formation des mécaniciens ne se transposent d’un avion à l’autre. Hanoï devrait donc bâtir une seconde chaîne de maintenance et d’approvisionnement à côté de la première, puis la financer aussi longtemps que la flotte volera.

Au 30 juin 2026, Dassault Aviation affichait un carnet de commandes de 45,4 milliards d’euros. Il restait alors 208 Rafale à livrer, dont 43 pour l’armée de l’air française et 165 pour des clients étrangers. Six mois plus tôt, fin 2025, le compte s’élevait à 220 appareils. L’accord franco-ukrainien du 13 juillet 2026, qui porte sur 16 Rafale supplémentaires pour Kiev, n’y est pas encore intégré.

Huit pays étrangers ont commandé 323 Rafale à ce jour. Le programme en totalise 533 depuis son lancement. Les prises de commandes de l’avionneur, tous programmes confondus, ont en revanche chuté à 2,9 milliards d’euros sur le premier semestre 2026, contre 8,1 milliards d’euros un an auparavant.



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