Trump applaudit la victoire de l’extrême-droite allemande

Washington soutient ouvertement les partis qui contestent les gouvernements européens. Le score de l'AfD en Saxe-Anhalt donne à cette stratégie sa première réussite électorale.

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Donald Trump a publié dimanche après-midi, heure de Washington, un graphique sur son réseau Truth, entre deux “memes” et une carte où le nom du Nouveau-Mexique avait été trafiqué. Le document détaillait les résultats quasi définitifs des élections régionales de Saxe-Anhalt, un Land de l’ex-Allemagne de l’Est. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) y a recueilli 43,8 % des voix, meilleur score d’une formation d’extrême droite allemande depuis 1945. Le parti a frôlé la majorité absolue dans une région frappée par le mécontentement social et par une économie en mauvais état.

Le président de la première puissance mondiale suit donc les chiffres d’un scrutin local allemand. Depuis son retour au pouvoir, le mouvement MAGA, du slogan Make America Great Again, a investi dans la progression de l’extrême droite européenne. Le résultat de dimanche en constitue le premier rendement visible.

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Les 290 millions de dollars d’Elon Musk

Elon Musk a dépensé plus de 290 millions de dollars pour ramener Donald Trump à la Maison Blanche en 2024, record absolu pour un financement de campagne aux États-Unis. Dimanche, l’homme le plus riche du monde a écrit « Bien joué ! » sur X, le réseau social dont il est propriétaire. Il répondait à Alice Weidel, coprésidente de l’AfD, qui venait de féliciter le chef de file du parti en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund.

Siegmund a fait campagne avec le slogan Make Germany Great Again, décalque de celui de Trump. Il a remercié le milliardaire pour son « soutien » et a ajouté que la victoire de l’AfD ferait de l’Allemagne « un endroit où il vaut la peine d’investir ». En décembre 2024, alors que la campagne des législatives allemandes battait son plein, Musk avait publié sur X : « Seule l’AfD peut sauver l’Allemagne. » Il restait un mois avant l’investiture de Trump, dont l’entrepreneur allait devenir l’allié le plus proche pendant les premiers mois du second mandat. L’intervention d’un homme d’affaires américain dans la campagne d’un pays allié annonçait la suite.

Ce que J. D. Vance est allé dire à Munich

Le vice-président J. D. Vance s’est rendu en février 2025 à la Conférence de Munich sur la sécurité, rendez-vous annuel des responsables de la défense occidentaux. Son discours antieuropéen y a été jugé d’une agressivité inédite par les chancelleries du continent. Vance a ensuite rencontré Alice Weidel. Aucun autre parti allemand n’acceptait alors de gouverner ou de voter avec l’AfD, une mise à l’écart héritée du passé nazi du pays, que toute poussée de l’extrême droite y ramène au premier plan.

La Stratégie de sécurité nationale des États-Unis, document qui fixe les priorités extérieures de Washington, a été publiée quelques mois plus tard. Le texte évoque les « problèmes économiques » de l’Union européenne et « la perspective réelle de la disparition de sa civilisation » d’ici « vingt ans ou moins », sous l’effet de l’immigration et du multiculturalisme. Il ajoute qu’il ne sera alors pas certain que « certains pays européens disposent encore d’économies et d’armées suffisamment fortes pour rester des alliés fiables ». Et il fixe un objectif : « aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle ».

Le même document appelle à « cultiver la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe » depuis l’intérieur, autrement dit à soutenir les partis qui contestent les gouvernements en place. « Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir cette renaissance de l’esprit [occidental], et l’influence croissante des formations patriotiques européennes donne assurément des motifs de grand optimisme », conclut-il. Le récit de la décadence européenne qu’il reprend circule depuis des années dans les discours de l’AfD et du parti espagnol Vox. Reuters a révélé la semaine dernière l’existence d’un plan américain, encore à définir, prévoyant de consacrer quatre millions de dollars à des médias européens d’extrême droite.

Un actif toxique sur les photos de campagne

Le soutien inconditionnel de Donald Trump au premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, la guerre contre l’Iran, les menaces d’annexion du Groenland, les attaques contre le pape et contre la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni ont fait chuter sa cote en Europe ces derniers mois. Apparaître à ses côtés est devenu coûteux pour les droites radicales du continent, dont certaines évitent désormais la photo commune.

Richard Grenell, ancien ambassadeur des États-Unis à Berlin, a salué dimanche les résultats de Saxe-Anhalt comme « une grande victoire et un jour nouveau ». Ces partis européens, Trump et ses soutiens partagent un même projet : une Europe et des États-Unis blancs, chrétiens et souverains. Le même fil relie l’extrême droite européenne au mouvement MAGA et à la Russie, autour de l’affaiblissement de l’Union européenne. L’attelage reste opportuniste. Quand ces liens sont devenus un fardeau plutôt qu’un avantage, beaucoup sont passés à autre chose.

Après Orbán et Farage, un résultat qui tombe bien

Viktor Orbán a subi une déroute électorale en Hongrie, malgré l’engagement personnel de Donald Trump en faveur de sa victoire. Nigel Farage, chef de file de la droite radicale britannique, cultive ses liens avec ses homologues américains depuis quinze ans ; sa chute s’est déroulée en direct. Les 43,8 % de l’AfD arrivent après ces deux revers.



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