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Pendant deux mois, aucun long-courrier du constructeur européen n’a rejoint la flotte d’une compagnie aérienne. Ses statistiques mensuelles n’en ont rien laissé paraître, portées par les moyen-courriers vendus par centaines. En cause, un objet retrouvé là où il n’aurait jamais dû se trouver, à l’intérieur d’un appareil refermé depuis des semaines. La cause n’a été rendue publique qu’une fois les livraisons reparties.
Un outil de production est resté à l’intérieur d’un A330 pendant son assemblage. La découverte a contraint Airbus à ralentir pendant plusieurs mois les livraisons de ce biréacteur, a indiqué le 4 septembre à l’AFP une source de l’entreprise ayant requis l’anonymat. Le problème est aujourd’hui résolu.
Interrogé le même jour, un porte-parole du groupe a confirmé l’incident sans employer le mot « outil ». Airbus a « récemment identifié un problème de qualité isolé sur un plan horizontal d’A330, ou stabilisateur », a-t-il déclaré. Il s’agit de la partie fixe et horizontale de l’empennage, à l’arrière de l’appareil. Le porte-parole s’en tient à cette pièce, là où la source interne désigne l’objet oublié à l’intérieur.
Les inspections ont porté sur les avions encore en cours de montage, et non sur ceux déjà remis aux compagnies. « Cela nous a amenés à inspecter les A330 dans le processus de production, ralentissant les livraisons mensuelles durant l’été », a déclaré le porte-parole. « La cause profonde a été identifiée et les livraisons d’A330 ont repris », a-t-il ajouté.
La source de l’entreprise n’a identifié ni la nature de l’outil, ni le site de production où il a été laissé. Elle a exclu toute conséquence sur la sécurité. « C’était simplement un problème de qualité, rien de critique », a-t-elle déclaré. Ni la date de la découverte, ni le nombre d’appareils inspectés n’ont été communiqués.
Deux mois sans un seul A330 remis à un client
Les statistiques d’Airbus arrêtées au 31 juillet ne recensent aucun A330 livré à un client depuis la fin du mois de mai. La source interne évoque une perturbation étalée sur plusieurs mois, ce qui recouvre à la fois les semaines où les livraisons ont ralenti sous l’effet des contrôles et les deux mois pleins où elles se sont arrêtées. Seule cette seconde période apparaît noir sur blanc dans les chiffres publiés.
Sur les sept premiers mois de 2026, le groupe a livré 418 appareils à 82 clients, contre 373 sur la même période en 2025. Juillet s’est soldé par 67 livraisons, un chiffre stable par rapport à juillet 2025, dont aucun A330. Les moyen-courriers de la famille A320 ont fourni l’essentiel de ces 418 appareils. Un observateur extérieur ne pouvait donc rien déduire des totaux mensuels, et l’affaire n’est sortie que le 4 septembre.
Bloomberg fait état d’un seul A330 livré en août, remis à la compagnie taïwanaise Starlux Airlines. Un cabinet spécialisé dans le suivi des livraisons aéronautiques en recense deux, des A330-900, sur 58 appareils sortis des chaînes d’Airbus dans le mois. Airbus n’a pas encore publié ses chiffres officiels détaillés pour août, et l’écart entre les deux comptages n’est pas tranché. La reprise annoncée par le porte-parole repose sur un ou deux appareils.
Pourquoi un objet oublié fige toute une file
Le plan horizontal assure l’équilibre de l’avion en vol, en l’empêchant de piquer du nez ou de cabrer. Les ateliers l’assemblent très en amont du cycle industriel, avant de le refermer. Aller y regarder ensuite suppose de démonter.
Airbus a inspecté les A330 encore en production, et non les exemplaires déjà en service dans les compagnies. Un corps étranger retrouvé à cet endroit interdit au constructeur de tenir le cas pour unique tant qu’il n’a pas vérifié les autres appareils issus de la même chaîne. Ce sont ces vérifications, et non une réparation, qui expliquent les deux mois sans livraison.
Le stabilisateur sort d’usines espagnoles en grève
Le plan horizontal de l’A330 est fabriqué dans les usines espagnoles d’Airbus. La source interne ayant refusé de désigner un site, c’est le seul point d’ancrage géographique dont on dispose pour situer l’outil oublié.
Les salariés de ces usines ont cessé le travail 22 jours en juillet, pendant que les livraisons d’A330 étaient à l’arrêt. Le 25 août, les syndicats UGT, CGT et ÚTIL y ont déclenché une grève à durée indéterminée, après le rejet d’une nouvelle offre salariale. Le 1er septembre, plus de 81 % des salariés consultés ont refusé de la suspendre, selon Reuters.
Une source proche du dossier a indiqué à la même agence que la découverte de l’outil « n’est pas liée à la récente vague de grèves ». Aucun élément public ne vient contredire cette affirmation. Faute de date communiquée pour la découverte, personne n’est en mesure de dire si elle est intervenue avant ou pendant les arrêts de travail.
Les usines du plan horizontal reprennent le travail
Airbus a annoncé le 4 septembre, quelques heures après avoir confirmé l’incident qualité, la conclusion d’un accord préliminaire avec quatre syndicats espagnols, UGT, ATP, CCOO et SIPA. Les ateliers qui fabriquent le stabilisateur de l’A330 sortent ainsi de plusieurs semaines de blocage au moment où le groupe déclare avoir traité la cause de son problème de qualité.
Le ministre espagnol de l’Industrie, Jordi Hereu, a indiqué que les organisations signataires représentaient plus de 80 % des salariés d’Airbus en Espagne. Il a qualifié l’accord de développement positif pour l’avenir industriel du groupe dans le pays.
Le texte prévoit la récupération du pouvoir d’achat perdu et des hausses salariales indexées sur l’inflation. Les salariés espagnols devront l’approuver par un vote dont le résultat s’imposera aux syndicats signataires. Un rejet renverrait à l’arrêt les ateliers dont sort la pièce à l’origine des inspections.
452 appareils à livrer, dont les A330 manquants
L’A330 ne pèse que 5 % des livraisons annuelles d’Airbus, ce qui limite l’effet des deux mois d’arrêt sur les comptes du groupe. Sa cible annuelle reste inchangée, avec 870 appareils livrés en 2026, ce qui constituerait un record.
Le calcul est serré pour autant. Avec 418 appareils remis au 31 juillet, il en reste 452 à livrer entre août et décembre, soit plus de 90 par mois. S’y ajoutent les A330 qui auraient dû partir depuis fin mai et qu’il faut désormais remettre en plus du rythme courant. La montée en cadence de la deuxième chaîne d’assemblage A320 de Blagnac, à Toulouse, doit fournir l’essentiel de l’effort.
Airbus publiera dans les prochains jours ses chiffres de livraisons d’août, qui départageront le décompte de Bloomberg de celui du cabinet spécialisé. Ceux de septembre diront à quel rythme les A330 quittent de nouveau les chaînes.


