Afficher le sommaire Masquer le sommaire
- Belgrade signe avec Paris, faute de pièces russes
- Zagreb et Athènes ont payé pour voir
- Washington a annulé le contrat russe, Paris a signé
- Manille compte cinq candidats et 1,7 milliard
- Ce que Dassault vend vraiment à Belgrade et Jakarta
- Ce que l’Inde exige et que Belgrade n’a pas demandé
- Vingt Rafale français reportés à 2033
Depuis le 1er janvier 2026, les Rafale croates assurent seuls la police du ciel national, c’est-à-dire l’interception de tout appareil non identifié pénétrant l’espace aérien du pays, dans le cadre du système intégré de défense aérienne de l’OTAN. Le ministère croate de la Défense (MORH) et l’Alliance ont l’un et l’autre confirmé cette prise en charge complète. Elle met fin à un dispositif transitoire en vigueur depuis le 1er décembre 2024, pendant lequel des Eurofighter italiens et des Gripen hongrois décollaient sur alerte à la place des appareils croates, gratuitement, dans le cadre d’un accord bilatéral entre ministères de la Défense. Ce relais visait à ne pas amputer le temps de vol consacré à la formation des pilotes croates sur leur nouvel avion, les Rafale de Zagreb assurant par ailleurs la surveillance courante du territoire.
A LIRE AUSSI
Rafale F5 : simple évolution ou « super Rafale » ? Ce que prépare vraiment Dassault
Trois Rafale se sont posés le 23 janvier 2026 sur la base aérienne Roesmin Nurjadin de Pekanbaru, sur l’île indonésienne de Sumatra, à plus de 10 000 kilomètres de Zagreb. L’AFP, Reuters et le ministère indonésien de la Défense ont confirmé l’arrivée. Il s’agit de trois Rafale B, la version biplace de l’appareil, immatriculés T-0301 à T-0303 et affectés au 12e escadron « Black Panther » de la TNI-AU, l’armée de l’air indonésienne. Cette unité volait jusqu’alors sur des Hawk 109/209, des avions d’entraînement britanniques capables d’emporter un armement léger. Le général de brigade Rico Ricardo Sirait, porte-parole du ministère indonésien de la Défense, a indiqué à l’AFP que le transfert administratif et technique était achevé et que les appareils étaient « prêts à l’emploi ». Un second lot de trois avions était attendu dès avril 2026.
Le ministère des Armées a publié le 12 août 2026 son rapport annuel au Parlement sur les exportations d’armement. La France y enregistre 21,2 milliards d’euros de prises de commandes en 2025, au deuxième rang mondial derrière les États-Unis. Le Rafale pèse à lui seul environ 40 % de ce total. Le document cite parmi les grands contrats de l’année les 26 Rafale Marine indiens, deux sous-marins Scorpène pour l’Indonésie et une quatrième frégate pour la Grèce.
Belgrade et Jakarta ne figuraient pas parmi les clients de Dassault Aviation il y a cinq ans. Les Rafale y remplaceront, l’un après l’autre, des MiG-29 soviétiques et des avions d’entraînement britanniques.
Belgrade signe avec Paris, faute de pièces russes
Le 29 août 2024, à Belgrade, lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Serbie, Éric Trappier, président-directeur général de Dassault Aviation, et Bratislav Gašić, ministre serbe de la Défense, ont officialisé la vente de 12 Rafale neufs au standard F4.1, neuf monoplaces et trois biplaces, pour 2,7 milliards d’euros. Le standard désigne la version de l’appareil : plus le numéro est élevé, plus le radar, les systèmes de communication et les armements compatibles sont récents. Ces avions doivent remplacer les MiG-29 et les Soko J-22 Orao de la force aérienne serbe. Selon le ministère français des Armées, la Serbie devient le septième pays étranger et le troisième pays européen client du Rafale, après la Grèce et la Croatie.
Aucun partenaire militaire séculaire de Moscou n’avait jusque-là retenu une plateforme de combat occidentale de ce niveau. Les sanctions internationales paralysent l’industrie de défense russe, et l’approvisionnement en pièces détachées des MiG serbes n’est plus assuré. Belgrade a constaté que Moscou ne pouvait plus entretenir sa flotte.
Les Rafale serbes recevront des équipements spécifiques, non partagés avec les autres clients export, fournis par la société israélienne Elbit Systems. Belgrade a exigé des pylônes d’emport, les points d’accrochage situés sous les ailes et le fuselage, capables de recevoir aussi bien des munitions russes qu’occidentales, un pod de désignation laser destiné à guider les bombes sur leur cible, et un viseur de casque DASH, qui affiche les informations de vol et de tir directement devant l’œil du pilote. Le pays entend continuer d’employer son stock de munitions hérité de l’ère soviétique.
Paris a également accordé à la Serbie un crédit export, un prêt remboursable sur plusieurs années destiné à financer l’achat. Des questions budgétaires freinaient jusque-là la négociation. Les sources disponibles convergent vers une livraison comprise entre 2028 et 2030, sans qu’aucune date précise ait été rendue publique.
Zagreb et Athènes ont payé pour voir
En novembre 2021, Zagreb a officialisé l’acquisition de 12 Rafale F3-R d’occasion, dix monoplaces et deux biplaces, prélevés directement sur les stocks de l’Armée de l’Air et de l’Espace française, pour environ un milliard d’euros. La Croatie devenait le premier pays de l’ancien bloc de l’Est à retenir le chasseur français. Ses six premiers appareils ont été réceptionnés sur la base aérienne de Zagreb en avril 2024, le dernier avion le 25 avril 2025.
Le gouvernement croate a fait connaître dès décembre 2025 son intention de moderniser l’ensemble de sa flotte vers le standard F4. La Serbie a obtenu d’emblée, sur des appareils neufs, une version plus avancée que celle des Rafale d’occasion livrés à son voisin. Deux pays des Balkans se disputent désormais le même avion français.
La Grèce a commandé entre 2020 et 2022 un total de 24 Rafale, douze d’occasion et douze neufs, pour 3 milliards d’euros, sous la pression des tensions en Méditerranée orientale face à la Turquie. Ces appareils, intégrés au 332e escadron sur la base de Tanagra, emportent le Meteor, un missile capable d’abattre un avion adverse à plus de cent kilomètres, qui a donné à la chasse grecque un avantage tactique immédiat sur ses voisins.
Kyriakos Mitsotakis, Premier ministre grec, a écarté en décembre 2024 l’hypothèse d’un achat supplémentaire, jugeant la flotte de 24 appareils « suffisante » au regard de l’acquisition parallèle de F-35 américains par Athènes. Paris est revenu à la charge en avril 2026 avec un montage d’un autre type. La France a proposé à la Grèce de céder à l’Ukraine l’intégralité de sa flotte de 43 Mirage 2000, soit 24 Mirage 2000-5 Mk II encore en service et 19 Mirage 2000 EGM/BGM déjà retirés, en échange d’un lot de 36 Rafale au standard F4.3 à prix avantageux, de quoi équiper deux escadrons de la 114e Escadre de combat.
Début mai 2026, la Grèce refusait toujours de transférer ses Mirage 2000-5 à Kiev. Aucun contrat Rafale n’a été signé depuis.
Washington a annulé le contrat russe, Paris a signé
L’Indonésie avait commandé onze Sukhoi Su-35 russes en 2018. Jakarta a renoncé à ce contrat en mars 2020, sous la menace explicite de sanctions économiques américaines au titre du CAATSA, une loi qui permet à Washington de pénaliser tout État achetant du matériel militaire russe. Les États-Unis ont obtenu l’annulation du contrat. Ils n’ont pas obtenu la commande.
Le 10 février 2022, l’Indonésie a paraphé un contrat portant sur 42 Rafale F4 neufs, pour 8,1 milliards de dollars. Jakarta l’a validé en trois tranches successives, entre septembre 2022 et janvier 2024. Le président indonésien Prabowo Subianto devait présider une cérémonie officielle de réception, dont la date n’était pas fixée au moment des premières livraisons.
Sumatra borde le détroit de Malacca, par lequel transite une part majeure du commerce maritime mondial et des approvisionnements énergétiques chinois. Des chasseurs français y remplacent des avions d’entraînement britanniques. C’est la première implantation opérationnelle du Rafale en Asie du Sud-Est.
Manille compte cinq candidats et 1,7 milliard
Des Rafale ont fait escale en juillet 2024 sur la base aérienne philippine de Clark, où des pilotes locaux ont effectué des vols d’évaluation depuis le siège arrière. Manille cherchait alors à moderniser sa chasse face aux incursions chinoises en mer de Chine méridionale.
Cinq candidats s’affrontent aujourd’hui dans le programme philippin de chasseur multirôle, le MRF (Multi-Role Fighter) : le Rafale, l’Eurofighter Typhoon, le Gripen E/F suédois, le KF-21 Boramae sud-coréen et le F-16V américain. Leonardo a intensifié à l’été 2026 sa prospection pour le Typhoon, avec une offre pouvant porter sur 32 appareils de Tranche 5, la version la plus récente de l’avion européen.
Manille a annoncé une enveloppe comprise entre 1 et 1,7 milliard de dollars. Le coût réel d’une flotte de chasseurs de dernière génération dépasse largement ce montant, ce qui fragilise toutes les offres en lice, y compris française. Le dossier philippin achoppe sur un plafond budgétaire avant d’achopper sur un choix technique.
Le Rafale reste par ailleurs identifié comme référence technique pour le remplacement des MiG-29 de la Royal Malaysian Air Force. Aucune décision n’a été rapportée depuis les évaluations menées il y a plusieurs années. Kuala Lumpur invoque des contraintes budgétaires persistantes.
L’Indonésie demeure le seul client du Rafale en Asie du Sud-Est.
Ce que Dassault vend vraiment à Belgrade et Jakarta
Dassault Aviation fournit la cellule, Thales le radar RBE2 AESA et le système d’autoprotection SPECTRA, qui détecte et brouille les menaces, Safran les réacteurs M88, MBDA l’armement. Aucun composant américain sous brevet ne figure dans l’appareil, qui échappe pour cette raison à la réglementation américaine ITAR (International Traffic in Arms Regulations). Cette législation soumet à autorisation de Washington toute exportation d’un matériel comportant une pièce américaine, y compris lorsqu’il est vendu par un pays tiers.
Le Congrès américain ne dispose donc d’aucun droit de veto sur l’exportation, la revente ou l’emploi du Rafale. Aucun tiers ne peut interrompre les livraisons de pièces détachées ni immobiliser une flotte au sol pour un motif géopolitique. La Serbie, la Croatie, la Grèce et l’Indonésie achètent d’abord cette garantie juridique. L’annulation forcée du contrat Su-35 indonésien en mars 2020 en a fourni la démonstration inverse, à la charge de Washington.
En prélevant des appareils sur les stocks de l’Armée de l’Air et de l’Espace, la France a livré des Rafale opérationnels à la Croatie et à la Grèce en moins de deux ans, là où un avion neuf se commande plusieurs années à l’avance. Elle lisse en contrepartie sur le long terme la production des appareils de remplacement destinés à ses propres forces. Le montage proposé à Athènes en avril 2026 reprend ce principe et y ajoute l’Ukraine comme destinataire des Mirage cédés.
Ce que l’Inde exige et que Belgrade n’a pas demandé
L’Inde a acquis 36 Rafale par accord intergouvernemental en 2016, puis signé le 28 avril 2025 un contrat portant sur 26 Rafale Marine, 22 monoplaces et quatre biplaces, destinés à ses porte-avions. Le 12 février 2026, le Defence Acquisition Council, l’instance d’acquisition du ministère indien de la Défense présidée par Rajnath Singh, a délivré son « Acceptance of Necessity » pour l’achat de 114 Rafale supplémentaires, dans le cadre du programme MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft), pour un montant estimé à 33 milliards d’euros, soit 3 250 milliards de roupies. Ce feu vert de principe précède la négociation commerciale. Aucun contrat n’était signé au 1er septembre 2026.
New Delhi a transmis sa lettre de demande officielle, la Letter of Request, à Paris début juin 2026, quelques jours après un échange entre Narendra Modi et Emmanuel Macron à Nice. La France a sollicité un délai supplémentaire pour formaliser sa réponse, puis remis son offre technique et commerciale détaillée le 6 août 2026. Celle-ci prévoit l’assemblage en Inde de 90 à 96 des 114 appareils selon les estimations, avec environ 50 % de composants locaux, en partenariat avec Tata Advanced Systems et Larsen & Toubro. Tata produit déjà des fuselages complets à Hyderabad, en vertu d’un accord signé en juin 2025.
Le point de friction est souvent résumé par un « refus français de livrer le code source ». Les analyses détaillées du dossier décrivent un objet plus circonscrit, le Document de Contrôle d’Interface (ICD), une documentation technique qui permettrait à l’Inde de brancher elle-même ses propres armements sur les systèmes de l’avion, le missile air-air Astra, le missile de croisière BrahMos NG, la bombe Sudarshan, sans passer par une validation de Dassault Aviation à chaque opération. Paris maintient par ailleurs un refus total de transfert du code source des systèmes les plus sensibles, le radar RBE2 AESA, le calculateur de mission et la suite SPECTRA. Les grands constructeurs mondiaux appliquent la même règle à leurs clients export.
Belgrade a signé pour douze appareils construits en France. Jakarta pour quarante-deux avions produits eux aussi en France, puis convoyés à Sumatra. New Delhi demande l’assemblage de 90 à 96 exemplaires sur son sol et le droit d’y intégrer seule ses missiles. Une signature définitive n’est plus attendue avant la fin de l’année 2026, voire le premier semestre 2027.
Vingt Rafale français reportés à 2033
Dassault Aviation a livré 12 Rafale au premier semestre 2026, dont dix à l’export, selon les résultats semestriels publiés en juillet. Le constructeur vise 28 livraisons sur l’ensemble de l’année. Au 30 juin 2026, le carnet totalisait 533 Rafale commandés depuis le lancement du programme, dont 323 à l’export dans huit pays. 208 appareils restaient à livrer, 165 à l’export et 43 pour la France.
Deux dossiers extérieurs aux Balkans et à l’Asie du Sud-Est peuvent encore charger la même chaîne de production. Les négociations avec l’Irak, entamées en 2022, portent sur 14 Rafale F4 pour environ 3 milliards de dollars, en remplacement des F-16IQ vieillissants de la force aérienne irakienne, et sont entrées en phase finale au premier semestre 2026 ; aucun contrat n’était signé au 1er septembre, et Reuters a rapporté le 31 août que Washington venait d’approuver une vente d’hélicoptères à Bagdad pour 800 millions de dollars. La Tribune a par ailleurs indiqué le 1er septembre que Le Caire, dont la flotte atteindra 54 Rafale d’ici la fin de l’année, aurait adressé à Dassault Aviation une demande de propositions portant sur 24 appareils supplémentaires. Sollicité, le constructeur n’a pas souhaité commenter.
Pour honorer ses engagements envers l’Indonésie, la Serbie, les Émirats arabes unis, avec 80 appareils au standard F4, et l’Inde, Dassault Aviation et ses quelque 500 sous-traitants nationaux visent une cadence de quatre avions livrés par mois d’ici 2029, la presse spécialisée évoquant un palier de cinq par mois à l’horizon 2030. Le groupe a procédé à 1 579 recrutements en 2025. Sébastien Martin, ministre de l’Industrie, s’est rendu à Mérignac en juin 2026. Une nouvelle usine dédiée aux structures a été inaugurée à Cergy.
La France a accepté de repousser la livraison de 20 Rafale destinés à l’Armée de l’Air et de l’Espace et à l’aéronavale, initialement prévue autour de 2031-2032, à un horizon 2033-2034, afin de les produire directement au standard F5, la future version de l’appareil. Éric Trappier a précisé fin août 2026 le calendrier de ce successeur, redevenu prioritaire après l’échec du programme européen SCAF, l’avion de combat que la France devait développer avec l’Allemagne et l’Espagne. Sa mise en service dans les forces françaises est visée pour 2033-2034, une version exportable n’étant pas proposée avant 2035. Le PDG de Dassault Aviation a indiqué qu’aucun codéveloppement avec des pays étrangers n’était engagé à ce stade, sans exclure de futures coopérations industrielles.
Zagreb et Athènes ont reçu des Rafale prélevés sur les stocks français, Jakarta reçoit les siens depuis janvier, Belgrade attend les siens pour 2028 au plus tôt. Les escadrons de l’Armée de l’Air et de l’Espace, eux, patienteront jusqu’en 2033.


