Rafale : l’Égypte veut porter sa flotte à 78 appareils

Après cinq ans sans commande d'avions de combat, l'Égypte revient vers Dassault Aviation avec un appel d'offres pour 24 Rafale.

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L’Égypte a adressé à Dassault Aviation une demande de propositions portant sur l’achat de 24 Rafale supplémentaires, selon nos informations. Ce document, que les professionnels de l’armement appellent un RFP, engage l’industriel à remettre une offre détaillée : prix unitaire, version de l’avion, armements associés, délais de livraison, participation de l’industrie locale. La négociation ne s’ouvre qu’ensuite. Elle peut durer des années ou ne jamais commencer.

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Aucune commande ferme n’a donc été passée. Contacté, l’avionneur français, dont le siège se trouve à Saint-Cloud, n’a pas souhaité commenter.

Le Caire aura pris livraison, d’ici à la fin de l’année 2026, de 54 Rafale au titre de deux contrats signés en 2015 et en 2021. Vingt-quatre appareils de plus porteraient sa flotte à 78 exemplaires, davantage que ce qu’aligne aujourd’hui n’importe quel autre pays acheteur de l’avion français.

Ni la version demandée ni le montant envisagé n’ont filtré. Le mode de financement n’a pas davantage été rendu public.

Le Caire sort de la tutelle du FMI en décembre

L’Égypte n’a plus signé de contrat d’avions de combat depuis mai 2021, faute de devises étrangères pour payer. La livre égyptienne s’est effondrée, et le manque de dollars s’est aggravé avec la guerre en Ukraine, puis avec le conflit à Gaza.

En mars 2024, Le Caire a signé avec le Fonds monétaire international un programme d’aide de 8 milliards de dollars. Le FMI a validé deux nouvelles évaluations fin juillet 2026 et versé environ 1,8 milliard de dollars supplémentaires, portant le total déjà décaissé à quelque 7,3 milliards de dollars. Le programme expire le 15 décembre 2026.

Mostafa Madbouly, Premier ministre égyptien, a indiqué en juin 2026 que son pays ne demanderait pas de nouveau programme au FMI. Un plan économique national doit prendre le relais, sa finalisation étant annoncée pour la fin septembre 2026. La demande adressée à Dassault est partie pendant que ce plan s’écrit.

Une cible de 72 à 100 avions, annoncée en 2021

Février 2015 : 24 Rafale, premier contrat à l’exportation pour un appareil que Dassault n’avait alors vendu qu’à l’armée de l’air française. Mai 2021 : 30 avions supplémentaires, pour 3,75 milliards d’euros, selon le ministère égyptien de la Défense et l’agence Reuters.

Ces 30 appareils sont livrés dans la version F3R, l’une des évolutions successives du Rafale, chaque version, ou « standard », ajoutant des capacités nouvelles à l’avion. Celle-ci comprend le Talios, un système de visée porté sous l’appareil pour désigner les cibles au sol, le missile air-air longue portée Meteor et les bombes guidées AASM Hammer.

Des responsables égyptiens évoquaient déjà, en 2021, auprès du site spécialisé Breaking Defense, une cible de « 72 à 100 unités selon les capacités financières de l’Égypte ». Les 24 appareils demandés aujourd’hui reprennent le compte là où la signature de mai 2021 l’avait laissé, et placeraient Le Caire dans le bas de cette fourchette.

Un J-16 chinois face aux Rafale, le 23 août

La Chine et l’Égypte ont conduit fin août 2026 la deuxième édition de leur exercice aérien conjoint « Eagles of Civilization », sur des bases aériennes égyptiennes non précisées. La première, en avril 2025, avait mobilisé des chasseurs chinois J-10C.

Pékin y a déployé pour la première fois en Afrique son chasseur lourd biplace J-16 « Hidden Dragon ». L’accompagnaient un ravitailleur en vol YY-20A, un avion radar KJ-500 chargé de la surveillance du ciel, un avion de transport Y-20 et un hélicoptère Z-20, tous venus de bases situées à plus de 6 000 kilomètres. L’armée chinoise a présenté l’opération comme une démonstration de sa capacité à projeter des forces loin de son territoire.

Le 23 août 2026, un J-16 a affronté des Rafale égyptiens et des MiG-29M2 de fabrication russe lors du premier combat aérien d’entraînement documenté entre ces appareils, d’abord en duels un contre un, puis dans des configurations plus complexes.

Le J-16 n’est pas vendu à l’étranger : la Chine le réserve à sa propre armée de l’air et propose à ses clients des modèles allégés. L’un d’eux, le J-10CE, est facturé entre 40 et 50 millions de dollars, quand un Rafale ou un F-16 modernisé dépasse les 80 millions de dollars.

La presse égyptienne avait fait état, en février 2025, d’un projet de vente de J-10 au Caire. Wu Qian, porte-parole du ministère chinois de la Défense, a qualifié ces informations de « totalement fausses » et « incompatibles avec les faits ». L’agence turque Anadolu et plusieurs publications spécialisées ont relayé ce démenti.

L’armée de l’air égyptienne n’a commandé aucun avion de combat chinois. La demande portant sur 24 Rafale, elle, est partie pour la France quelques semaines après le départ des J-16.

Le F5 a perdu son financeur émirati

Au moment de signer le contrat de 2021, Le Caire avait fait savoir qu’il s’intéressait à la version suivante du Rafale, le F4, dès son ouverture à l’exportation.

Les Émirats arabes unis se sont retirés fin décembre 2025 du financement de la version d’après, le F5, après un désaccord avec Paris sur le partage de technologies sensibles, notamment les capteurs optiques et infrarouges de l’appareil. Abou Dhabi devait apporter jusqu’à 3,5 milliards d’euros sur un coût de développement estimé à 5 milliards d’euros. La France paie désormais seule. Le F5 doit entrer en service au début des années 2030.

L’offre que Dassault remettra devra préciser laquelle de ces versions serait livrée à l’Égypte. Le Caire peut-il, en outre, reprendre une part du financement abandonné par Abou Dhabi, et contre quels transferts de technologie ? Rien de ce qui a filtré du dossier ne le dit.

Quarante ans de vol pour les plus vieux F-16

L’armée de l’air égyptienne exploite plus de 200 F-16 américains sur les 240 commandés. Les 42 exemplaires du premier lot ont été livrés entre 1982 et 1985. Quarante autres ont suivi jusqu’en 1988, avant 47 appareils réceptionnés entre 1991 et 1995.

Vingt-quatre Rafale de plus ne remplaceraient qu’une petite partie de cette flotte : 24 appareils, face à plus de 200 chasseurs américains en service. Le renouvellement des cellules les plus anciennes portera donc sur des volumes très supérieurs à ceux de la demande adressée à Dassault.

Washington finance l’armée égyptienne depuis les accords de Camp David de 1978 et lui livre des F-16 depuis 1982. Aucun calendrier de retrait de ces appareils n’a été rendu public par Le Caire.

208 Rafale attendent déjà leur livraison

Le carnet de commandes de Dassault Aviation atteignait 45,4 milliards d’euros au 30 juin 2026, avec 208 Rafale restant à livrer, dont 165 à des pays étrangers.

En Inde, le conseil d’acquisition du ministère de la Défense a donné son accord de principe le 12 février 2026 à l’achat de 114 Rafale supplémentaires, dont 94 assemblés sur place. Dassault a remis en août 2026 une proposition chiffrée à 35 milliards de dollars, qui doit encore être approuvée par le comité de sécurité présidé par le Premier ministre Narendra Modi. Kiev et Paris ont de leur côté signé le 17 novembre 2025 une lettre d’intention portant sur 100 Rafale et des systèmes de défense antiaérienne SAMP/T, sans engagement contractuel à ce stade.

Dassault a livré 26 Rafale en 2025, pour un objectif de 25. L’avionneur en a sorti 12 sur le premier semestre 2026 et en vise 16 d’ici à décembre, soit 28 sur l’année. Le groupe annonce une production de 48 appareils par an vers 2028-2029, puis de 60 unités à l’horizon 2030. Des analyses indépendantes situent la production réelle entre 2,5 et 3 avions par mois, soit 30 à 36 par an.

Vingt-quatre appareils égyptiens viendraient s’ajouter derrière ces 208, portant le total à livrer à 232, soit plus de huit fois la production réalisée par Dassault sur l’ensemble de l’année 2026.

Le salon d’El Alamein ouvre le 8 septembre

L’armée de l’air égyptienne a confirmé la tenue de la deuxième édition du Salon international de l’aéronautique d’El Alamein, du 8 au 10 septembre 2026 à Alamein City, sur la côte méditerranéenne, précédée d’une conférence technique le 7 septembre. Le président Abdel Fattah al-Sissi, chef suprême des forces armées, en assure le patronage.

Le niveau de représentation de Dassault Aviation et des industriels français y sera observé, dix jours après le départ des appareils chinois d’« Eagles of Civilization ». Le Caire n’a communiqué aucun calendrier pour l’examen des offres.



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