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Sur les vitrines, les noms restent familiers. Dans les organigrammes, les actionnaires vivent parfois à des milliers de kilomètres des familles qu’accompagnent les agences. Depuis Toronto, Paris ou Londres, les fonds qui financent les réseaux funéraires pèsent sur des marques dont l’ancrage demeure local.
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PFG : un fonds canadien aux commandes
Ontario Teachers’ Pension Plan, le régime de retraite des enseignants de l’Ontario, contrôle OGF depuis 2017. Le fonds détient 74% du capital ; Pamplona Capital Management possède 20% et les dirigeants d’OGF 6%. OGF est la société qui exploite notamment PFG, marque issue des Pompes funèbres générales, Roblot et Dignité Funéraire. Le groupe a réalisé 640 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice clos le 31 mars 2026.
Ontario Teachers’ n’est pas une entreprise de pompes funèbres. Le fonds investit les cotisations destinées aux retraites des enseignants de l’Ontario. Au 30 juin 2026, il gérait 303,2 milliards de dollars canadiens d’actifs et a annoncé une performance nette de 9,5% au premier semestre.
L’Agefi a rapporté qu’Ontario Teachers’ avait chargé la banque Rothschild & Co d’étudier une cession d’OGF, après plus de neuf ans de détention. Aucun acquéreur, aucune promesse de vente et aucun transfert du contrôle d’OGF n’avaient été annoncés publiquement au 8 septembre 2026.
OGF a acheté 100% du capital de la société Pompes Funèbres de France au printemps 2026. L’opération, précédée de négociations exclusives annoncées le 8 avril, porte sur un réseau d’environ 158 agences ouvertes ou en cours d’ouverture. Pompes Funèbres de France fonctionne comme un réseau de franchises : des entrepreneurs peuvent exploiter les agences localement, tandis qu’OGF détient désormais la société qui pilote l’enseigne.
Le 1er juillet 2026, OGF Services Funéraires a aussi absorbé Groupe Métropole Funéraire. La fusion a entraîné la dissolution sans liquidation de la société absorbée.
Funecap : les investisseurs derrière Roc Eclerc
Funecap regroupe notamment Roc Eclerc et des activités d’agences funéraires, de crématoriums, de cimetières et de services associés. Le groupe est contrôlé par la holding de ses fondateurs, Latour Capital et Charterhouse. Thierry Gisserot et Xavier Thoumieux ont créé Funecap en 2010. Leur holding, Ophiliam & Cie, détient une participation dans le groupe aux côtés de Latour Capital, société française de capital-investissement, et de Charterhouse, fonds britannique.
En mars 2025, Latour Capital et Charterhouse ont annoncé avoir accru leur investissement dans Funecap. Charterhouse et les dirigeants avaient alors « significativement réinvesti », tandis que Latour devenait actionnaire par l’intermédiaire de son dernier fonds. Aucun document public ne détaille, au 8 septembre 2026, le pourcentage détenu par chacun des actionnaires de Funecap. Les noms des propriétaires sont publics, mais la part exacte de la holding des fondateurs, de Latour Capital et de Charterhouse ne l’est pas.
Funecap a dépassé 850 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Le groupe avait presque triplé de taille depuis un montage financier réalisé en 2021, appelé LBO, c’est-à-dire une acquisition financée en partie par emprunt.
Funecap a acheté Altair Funeral, opérateur italien de crématoriums et de cimetières, en avril 2022. Paolo Zanghieri, fondateur et ancien actionnaire majoritaire d’Altair, a réinvesti dans Funecap lors de cette opération. Le groupe a ensuite acquis De Facultatieve Group, aux Pays-Bas, en janvier 2023. Funecap avait alors réalisé plus de 185 acquisitions depuis sa création.
Deux grands groupes, pas un monopole
OGF et Funecap organiseraient ensemble près d’une cérémonie sur trois, selon Brianne Huguerre-Cousin et Matthieu Slisse dans Les Charognards, livre publié aux éditions du Seuil le 17 octobre 2025. L’Insee, la DGCCRF et l’Autorité de la concurrence ne publient pas de donnée officielle confirmant cette part.
Le marché compte encore de nombreuses petites entreprises. Des maisons familiales, des franchisés et des réseaux d’indépendants coexistent avec les groupes nationaux. Le Choix Funéraire, Funéris, Funéplus et Philae Services Funéraires regroupent des opérateurs indépendants selon des formules variables. Une agence peut conserver son propriétaire local tout en utilisant une marque commune ou en mutualisant ses achats avec d’autres entreprises.
Prévifrance, mutuelle basée à Toulouse, a lancé Prévifrance Funéraire en avril 2026. La mutuelle avait acquis ACF en 2021, puis Neo Funéraire à la fin de 2024.
La loi place les prestations nécessaires aux obsèques, aux inhumations, aux exhumations et aux crémations dans le « service extérieur des pompes funèbres ». Les communes, les entreprises et les associations habilitées peuvent assurer ces prestations ; aucune collectivité ne dispose d’un droit exclusif.
Une agence portant un nom familial peut donc appartenir à une famille, à un franchisé ou à une filiale d’un groupe. Le nom sur la façade ne permet pas, à lui seul, de savoir qui possède l’entreprise.
Dette et volume d’activité
OGF portait près de 1 milliard d’euros de dette, avec un levier de 8,5 fois. Le levier compare ici la dette du groupe à ses résultats d’exploitation ; plus le chiffre est élevé, plus le remboursement dépend de la capacité de l’entreprise à maintenir ses revenus. Ontario Teachers’ avait proposé en 2024 une injection de 150 millions d’euros pour accompagner le refinancement d’OGF. Cette somme devait participer au remplacement ou à la réorganisation des emprunts du groupe.
Funecap a également refinancé sa dette en 2025. ICG a conduit une opération de dette privée de 2 milliards d’euros, avec Apollo et Hayfin parmi les prêteurs.
L’Insee estime à 651 000 le nombre de décès en France en 2025, soit 1,5% de plus qu’en 2024. L’institut relie notamment cette hausse à l’épidémie de grippe de l’hiver 2024-2025. Ce chiffre reste provisoire : les données définitives publiées par l’Insee s’arrêtent à 2024, tandis que les données pour 2025 peuvent encore être révisées.
Le marché funéraire français représente environ 3 milliards d’euros par an. Cette estimation inclut les obsèques, la crémation, la marbrerie, les chambres funéraires et des services liés au décès.
Des droits à faire valoir
Brianne Huguerre-Cousin, journaliste indépendante, et Matthieu Slisse, journaliste à Mediacités, rapportent dans Les Charognards des témoignages de familles et de salariés ainsi que des documents relatifs aux prix, aux devis et aux objectifs commerciaux de certaines entreprises funéraires. Le livre évoque notamment des « surcoûts » et des « pressions sur les familles ».
Les situations décrites dans cet ouvrage concernent des agences et des personnes déterminées. Elles ne permettent pas d’affirmer que toutes les agences de PFG, Roc Eclerc ou d’autres enseignes appliquent les mêmes pratiques.
La DGCCRF a déclaré, le 31 octobre 2024, qu’une majorité des opérateurs contrôlés ne respectait pas complètement les règles applicables aux devis funéraires. L’administration recommande aux familles de demander un devis écrit et chiffré, de comparer les offres et de distinguer les prestations obligatoires des options.
Depuis le 1er juillet 2025, les entreprises funéraires utilisent un modèle de devis révisé. Ce document doit être gratuit, écrit, détaillé et standardisé avant toute opération funéraire. Les proches choisissent librement une entreprise de pompes funèbres. Les mairies, les hôpitaux, les chambres mortuaires et les chambres funéraires doivent tenir à disposition la liste des entreprises habilitées.
Le document remis à la famille comporte un logo, une adresse et des prix. En 2026, il ne mentionne généralement pas que PFG relève d’un fonds de pension canadien ou que Roc Eclerc appartient à un groupe détenu par les fondateurs de Funecap et deux fonds d’investissement.


