Armées, santé, renseignement : l’emprise de Palantir sur l’Europe

Armées, santé, services secrets : au moins onze pays européens ont confié des données sensibles à Palantir, pour plus de 1,4 milliard d’euros de contrats publics.

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La France a fait entrer Palantir au cœur de son renseignement intérieur dès 2016. Dix ans plus tard, elle est le premier pays européen dont le chef du gouvernement a annoncé publiquement la sortie de l’entreprise américaine, et elle porte les deux principales alternatives du continent : ChapsVision pour le renseignement et Arcadia pour les armées. Une enquête menée par Follow the Money avec des journalistes de 18 pays montre l’ampleur de ce qu’il reste à défaire : au moins onze pays européens confient des données sensibles au logiciel américain, pour plus de 1,4 milliard d’euros de contrats.

Le 16 juin, dans une vidéo publiée sur X et consacrée au déploiement de l’intelligence artificielle dans l’État, Sébastien Lecornu a annoncé que la DGSI, le renseignement intérieur français, cesserait de travailler avec Palantir. Elle confiera l’analyse de ses données à une entreprise française, ChapsVision. « Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique », a justifié le Premier ministre. Il a pris pour exemple la suspension, quelques jours plus tôt, de l’accès à des modèles d’Anthropic sous l’effet de contrôles américains à l’exportation, une mesure levée depuis.

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Quatre mois plus tard, le logiciel américain reste en service à la DGSI. La décision française illustre à la fois la volonté européenne de reprendre la main sur ses données les plus sensibles et la difficulté concrète de se passer d’un outil installé depuis une décennie.

DGSI et Palantir : dix ans d’une solution présentée comme provisoire

Palantir est entrée en France par la porte la plus sensible. Au lendemain des attentats de 2015, la DGSI a adopté Gotham, le logiciel de l’entreprise destiné au renseignement, pour croiser les données de ses enquêtes antiterroristes. Selon Télérama, le premier contrat avoisinait une dizaine de millions d’euros. La DGSI a expliqué à l’AFP qu’en 2016, après une large consultation incluant des fournisseurs français, Palantir était le seul outil du marché répondant à ses besoins. Patrick Calvar, alors directeur du service, présentait déjà cette solution comme provisoire.

Le provisoire a duré dix ans. Le contrat a été reconduit en 2019, en 2022 puis en décembre 2025, pour trois ans, dans l’attente, selon la DGSI, du déploiement d’un nouvel outil souverain. Palantir rappelait alors que ses logiciels avaient accompagné le renseignement intérieur pendant les Jeux olympiques de Paris. « Nous continuons de fournir notre logiciel à la DGSI pour qu’elle puisse mieux exploiter ses données dans le respect de la réglementation française », expliquait aux Échos Pierre Lucotte, directeur général délégué de Palantir France.

Le remplaçant se préparait pourtant depuis longtemps. Dans une réponse écrite au Sénat publiée le 14 mai, le ministère de l’Intérieur indique que le projet d’outil souverain, imaginé dès 2018, a été lancé en novembre 2021. Il a ensuite été élargi à l’ensemble des services de l’État manipulant de grandes quantités de données. Le ministère assure que la DGSI a « sanctuarisé » ses données et que Palantir n’a aucun accès à leur contenu.

En 2023, l’appel d’offres s’était resserré autour de trois finalistes : Athea, coentreprise d’Atos et de Thales, Blueway et ChapsVision. Cette dernière, fondée en 2019 à Suresnes par Olivier Dellenbach, a remporté fin 2024 le premier lot, consacré à la collecte et à la préparation des données. Elle a obtenu en juin 2026 le second, qui couvre la modélisation et la visualisation. Sa plateforme ArgonOS traite des données hétérogènes : textes, images, vidéos, flux audio et sources ouvertes.

Pourquoi la DGSI abandonne Palantir, et pourquoi la rupture prendra du temps

L’annonce du 16 juin s’accompagnait de 655 millions d’euros supplémentaires pour l’intelligence artificielle dans le cadre de France 2030. Le président du Medef, Patrick Martin, a jugé cette enveloppe modeste au regard de l’état des finances publiques. La décision a pris une dimension politique durable : selon l’AFP, l’épisode Anthropic a conduit des candidats de tous bords à la présidentielle de 2027 à réclamer davantage d’indépendance technologique envers les États-Unis.

La rupture reste à concrétiser. Matignon a expliqué que le contrat avec Palantir était maintenu pour éviter tout « trou capacitaire » dans un domaine essentiel à la sécurité nationale. L’entreprise américaine affirme que son contrat demeure « pleinement en vigueur » et dit partager l’ambition française de renforcer les capacités technologiques nationales et européennes. Ni le calendrier de la migration ni le montant du contrat ChapsVision n’ont été rendus publics. Les deux systèmes devraient donc cohabiter jusqu’en 2028, échéance du contrat actuel.

Arcadia et HexaForce : la France veut son propre Maven

Sur le terrain militaire, Paris prépare une autre sortie. Depuis mars 2025, l’OTAN utilise le Maven Smart System de Palantir comme système central de commandement. Tout pays engagé dans une opération alliée y a accès, y compris la France, dont les armées ne figurent pas parmi les clients directs de l’entreprise recensés par l’enquête. Après l’abandon du programme SIA C2, mené pendant plusieurs années avec Thales et Sopra Steria, le ministère des Armées développe Arcadia, une plateforme de commandement assistée par l’IA. Elle est issue du programme Artemis.IA, confié à Athea, et associe selon la presse spécialisée plusieurs industriels français, dont Thales, Safran, Airbus et Mistral AI.

« Arcadia est notre réponse à Maven », a résumé le général Patrick Justel auprès de Defense News. Il reproche au système de l’OTAN de poser des problèmes de souveraineté numérique et de ne pas avoir été conçu selon les normes d’interopérabilité de l’Alliance, ce que Palantir et le commandement allié contestent. Selon lui, plusieurs armées européennes disent avoir choisi Maven faute de mieux et se déclarent prêtes à soutenir une alternative européenne.

Testé lors des exercices Dacian Fall et Orion 26, puis lors de l’exercice OTAN CWIX en 2026, le projet a débouché le 17 septembre sur HexaForce, l’offre que Thales destine à l’OTAN et aux alliés. Le groupe affiche l’objectif de passer de 100 à 1 000 objectifs de ciblage traités par jour. Son PDG, Patrice Caine, estime que Palantir ne couvre qu’une petite partie des besoins de l’Alliance et rappelle que plusieurs appels d’offres sont ouverts.

Paris a aussi cherché à européaniser son projet. Le 17 juillet, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont signé une déclaration commune s’engageant à étudier un « socle numérique souverain européen » pour la défense. Le texte cite Arcadia, aux côtés de « solutions allemandes comparables ». La nuance compte : selon des notes internes du gouvernement allemand consultées par Politico, Berlin craint qu’Arcadia ne crée une nouvelle dépendance, envers des industriels exclusivement français cette fois. La Commission européenne a par ailleurs refusé d’en faire un projet européen de défense d’intérêt commun.

L’obstacle reste considérable. En mai, l’amiral français Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation, a reconnu dans un entretien à Politico qu’il n’existait « aucun vrai concurrent » à Palantir pour les besoins immédiats de l’Alliance.

Airbus, Société Générale, Stellantis : la dépendance française dépasse l’État

La présence de Palantir en France ne se limite pas à la sphère publique. Selon Les Échos, l’entreprise compte parmi ses clients Airbus, Scor, Stellantis ou la Société Générale, et affirme que la majorité de son chiffre d’affaires français provient désormais du privé. Airbus, dont l’État est actionnaire, a prolongé en février un accord pluriannuel pour Skywise. Cette plateforme de données, construite depuis 2015 par l’équipe française de Palantir, compte plus de 50 000 utilisateurs. Le contrat prévoit la possibilité de migrer vers un cloud souverain.

Cette dépendance inquiète au-delà des clivages partisans. Au Sénat, la sénatrice LR Catherine Dumas a interrogé le gouvernement sur la prolongation du contrat de la DGSI. L’écologiste Thomas Dossus a demandé en mai comment l’État pourrait récupérer l’ensemble de ses données pour se passer de Palantir sans rupture de service, en citant le cas d’Airbus. À l’Assemblée nationale, La France insoumise a multiplié les questions écrites, dont l’une qualifie Palantir d’« ennemi national ». Le député Aurélien Saintoul réclame une enquête sur d’éventuels conflits d’intérêts entre responsables publics français et l’entreprise.

Quels pays européens travaillent avec Palantir ?

Le cas français s’inscrit dans un tableau européen beaucoup plus vaste. L’enquête recense des contrats au niveau national dans au moins onze pays. Palantir dispose de bureaux dans 14 pays du continent. Dans huit des onze pays clients, l’armée ou le ministère de la Défense utilise ses logiciels, et les polices nationales de cinq pays s’en servent également.

Les clients publics de Palantir en Europe et l’état de la relation

PaysInstitutions clientesSituation en octobre 2026
FranceDGSI (renseignement intérieur)Remplacement par ChapsVision annoncé en juin ; contrat Palantir en vigueur jusqu’en 2028
Royaume-UniDéfense, NHS, agence nucléaire, régulateur financier, renseignement, policesAlternative britannique à l’étude ; décision sur le NHS attendue d’ici décembre
AllemagnePolices de quatre LänderÉcarté au niveau fédéral (Bundeswehr, renseignement intérieur)
Pays-BasDéfense, police, Justice, FIOD, Rijksrecherche, douanesAlternative européenne promise d’ici deux ans
DanemarkDéfense, renseignement, police nationaleDiscussions sur Maven interrompues
EspagneDéfense (renseignement militaire)Contrat non renouvelé à son échéance, fin 2026
NorvègePolice, douanesPolice : non renouvelé (2027) ; douanes : prolongé jusqu’en 2030
LituanieAgence nationale des données, douanesContrats prolongeables jusqu’en 2031
UkraineArmée, renseignement, Transformation numérique, parquetEn cours
ItalieDéfenseEn cours
SuèdeDéfense, policeEn cours
FinlandeDéfense, policeEn cours
L’Allemagne ne figure que par ses polices régionales. Hors Europe, Israël travaille aussi avec Palantir. Tous les pays de l’OTAN ont accès à Maven par l’intermédiaire de l’Alliance. Sources : Follow the Money, EL PAÍS, AFP, Financial Times.

Combien l’Europe dépense-t-elle pour Palantir ?

Les montants connus dépassent 1,4 milliard d’euros, dont environ 1,17 milliard pour le seul Royaume-Uni. Le chiffre réel est plus élevé : plusieurs gouvernements refusent de communiquer leurs dépenses. C’est le cas de la France, qui n’a jamais rendu public le coût des renouvellements successifs du contrat de la DGSI. Cette opacité alimente une critique récurrente. Le secret propre à la sécurité nationale ne dispense pas, selon les défenseurs de la souveraineté numérique, de dire aux citoyens avec qui l’État contracte, dans quelles conditions, qui contrôle les données et qui pourrait couper le système.

Les montants connus des contrats publics

PaysInstitutionMontant (€)
FranceDGSINon communiqué
Royaume-UniDéfense, santé, agence nucléaire, régulateur financier, polices, Home Office, renseignement1 173 635 200
AllemagnePolices de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Bade-Wurtemberg et Bavièrejusqu’à 86 207 400
NorvègeDouanes et police51 060 000
LituanieAgence nationale des données*, centrale d’achats, autres45 698 999
DanemarkPolice nationale, Groenland inclus28 231 800
EspagneMinistère de la Défense16 500 000
UEEASA et Europol8 849 000
ItalieMinistère de la Défense6 200 000
Pays-BasMinistère de la Justice162 527
* Jusqu’à 67 millions d’euros si toutes les prolongations prévues jusqu’en 2031 sont exercées. Pour l’Allemagne, Follow the Money évalue la dépense entre 47 et 86 millions d’euros. Plusieurs institutions danoises, néerlandaises, suédoises et allemandes n’ont pas communiqué leurs montants. Sources : EL PAÍS, Follow the Money, The Nerve.

L’argent public n’est pas le seul lien financier. Une précédente enquête du même consortium, publiée en mars, a montré que plus d’une centaine de banques, assureurs et fonds de pension européens avaient augmenté de plus de 60 % en un an leurs participations au capital de Palantir.

Pourquoi Palantir inquiète les gouvernements européens

Fondée en 2003 et financée dès 2005 par In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA, Palantir a grandi au contact des services secrets américains et du Pentagone. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche a resserré ces liens et lui a valu des contrats publics de plusieurs milliards de dollars. Son logiciel sert à mettre en œuvre la politique anti-immigration de l’administration par l’intermédiaire de l’ICE. Il est aussi utilisé dans la guerre en Iran.

Le 28 février, une frappe américaine a détruit une école primaire de filles à Minab, tuant 157 personnes dont 123 enfants. Selon une enquête de Bloomberg publiée en septembre, le drame résulte d’une série de défaillances : renseignements périmés, imagerie satellite ancienne et confiance excessive dans le système Maven de Palantir. L’entreprise conteste toute responsabilité de son logiciel. Palantir travaille aussi depuis 2024 avec l’armée israélienne dans la guerre de Gaza.

L’entreprise revendique son objectif : faire des États-Unis la puissance dominante du monde. Alex Karp a même déclaré cette année qu’en cas de capacités insuffisantes, Palantir ferait toujours passer l’armée américaine avant tout le reste. Le 3 août, devant ses actionnaires, il a jugé que la croissance en Europe était « de la merde », tout en affirmant que le continent connaîtrait sans ses produits un « terrorisme déchaîné » et un problème migratoire « dix fois plus grand ». L’Europe pèse pourtant peu dans ses comptes : au deuxième trimestre 2026, sur 1,935 milliard de dollars de chiffre d’affaires, 1,573 milliard venaient des États-Unis.

Cette proximité avec Washington est au cœur des inquiétudes européennes. Confier sa sécurité nationale à une entreprise qui proclame la priorité d’un autre État expose à un risque d’autant plus grand que les administrations clientes se multiplient. Plus un pays relie ses flux de données sur une même plateforme, plus il gagne en efficacité, mais plus il devient dépendant, et donc vulnérable. Les méthodes de l’entreprise sont également mises en cause. Palantir a recruté de nombreux anciens agents publics aux États-Unis et au Royaume-Uni avant de décrocher des contrats auprès de leurs anciennes administrations. Elle installe aussi ses ingénieurs au sein même des services clients. Ses détracteurs y voient une stratégie délibérée : prendre la main sur les systèmes centraux de l’État, rendre la sortie presque impossible et diffuser au passage les positions politiques de ses dirigeants. Pour eux, Palantir est désormais trop imbriquée avec le gouvernement américain pour être considérée comme un simple prestataire commercial.

Allemagne : ChapsVision s’impose aussi outre-Rhin

La France n’est pas isolée, et son champion s’exporte. Un mois avant Paris, l’Allemagne avait fait le même choix au niveau fédéral. En avril, le chef du commandement de la Bundeswehr chargé du cyberespace a déclaré au Handelsblatt que l’armée ne devait pas travailler avec Palantir, afin de tenir les données de défense hors de portée de ses employés. En mai, l’Office fédéral de protection de la Constitution, le renseignement intérieur, a retenu la plateforme de ChapsVision. C’est une première pour une autorité fédérale, selon WDR, NDR et la Süddeutsche Zeitung, et elle fait de l’entreprise française la principale alternative européenne dans le renseignement.

Les polices régionales restent clientes de Palantir, en Hesse, en Bavière, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie et au Bade-Wurtemberg. Fin avril, le gouvernement fédéral a adopté un projet de loi autorisant l’analyse automatisée des données pour la police fédérale et l’Office fédéral de police criminelle, sans que le fournisseur soit choisi.

Royaume-Uni, Espagne, Pays-Bas, Danemark : le reflux gagne l’Europe

Le Royaume-Uni, premier marché européen de Palantir, envisage à son tour de s’en défaire. Le 3 juin, la commission Science, Innovation et Technologie de la Chambre des communes a jugé la présence croissante de l’entreprise dans le secteur public « inacceptable » au regard de la dépendance qu’elle crée. Elle a dénoncé un « décalage manifeste » avec les valeurs britanniques et recommandé d’activer la clause de sortie du contrat de 330 millions de livres du système de santé. Le patron de Palantir au Royaume-Uni, Louis Mosley, a jugé cette recommandation « franchement irresponsable ». Le gouvernement d’Andy Burnham cherche désormais une alternative britannique dans le cadre de sa politique « Buy British », a révélé le Financial Times le 1er octobre. Le Premier ministre ne s’est pas exprimé publiquement, et la décision sur le contrat du NHS, dont la clause de sortie peut jouer début 2027, est attendue d’ici décembre, selon l’AFP.

À Londres, le bras de fer judiciaire s’est refermé le 14 octobre. Palantir contestait le blocage, en mai, d’un contrat de 50 millions de livres avec la Metropolitan Police par le bureau du maire Sadiq Khan. Les deux parties ont annoncé un accord et retiré leurs accusations mutuelles. Le bureau du maire a précisé que sa décision ne reposait pas sur les valeurs de l’entreprise mais sur l’absence de mise en concurrence. Une nouvelle procédure est ouverte, à laquelle Palantir peut participer.

En Espagne, le seul contrat de l’État avec Palantir, attribué sans appel d’offres en 2023 pour gérer les bases de données du renseignement militaire, ne sera pas renouvelé à son échéance, indiquent des sources gouvernementales à EL PAÍS. Aux Pays-Bas, Follow the Money a révélé que des employés de Palantir pouvaient accéder à des données classifiées des forces spéciales ; le gouvernement a promis une alternative européenne d’ici deux ans. Au Danemark, l’armée a reçu l’ordre d’interrompre les discussions sur l’achat de Maven. Cette décision fait suite à l’extension de l’usage du logiciel policier au Groenland, au moment où Donald Trump menaçait d’annexer l’île.

La Suisse a éconduit Palantir au moins neuf fois en sept ans, selon le magazine Republik, et la Belgique a déclaré en juin ne pas travailler avec l’entreprise. En septembre, plus de 120 ONG, syndicats et institutions de 30 pays ont appelé les gouvernements européens à rompre avec Palantir. À l’est, la tendance est inverse : la Pologne et la Lituanie ont signé des accords avec l’entreprise, et leurs présidents ont rencontré Alex Karp en septembre pour envisager de faire de leurs pays un pôle de technologies militaires.

Ce que répond Palantir

Saisie de questions détaillées, l’entreprise n’y a pas répondu point par point. Un porte-parole affirme que Palantir ne possède pas les données de ses clients, ne les vend pas et ne les réutilise pas. « La souveraineté technologique doit se mesurer à qui contrôle les données, les décisions et la mission, et pas seulement à la nationalité du fournisseur de logiciels », plaide-t-il.

L’entreprise met en avant son action en Europe depuis 2011, de la lutte contre le crime organisé au diagnostic du cancer, et souligne que plus de 20 % de ses salariés travaillent sur le continent. Dans une réponse antérieure au même consortium, Palantir avait démenti toute implication dans des violations des droits humains.

Ses résultats du troisième trimestre, publiés le 2 novembre, diront si le reflux européen commence à peser sur ses comptes. Pour la France, l’échéance décisive reste 2028 : à cette date, ChapsVision devra avoir effectivement remplacé Palantir dans les systèmes de la DGSI.



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