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Les premiers chars Leclerc, pilier du combat lourd de l’armée de terre, commenceront à quitter le service en 2038. Pour leur trouver un successeur, la France avance désormais sans l’Allemagne : la loi du 16 août 2026 l’engage à étudier seule un char du futur, avec une première capacité attendue vers 2035. L’industriel KNDS a déjà présenté en juin un blindé de transition, le CAPINT, que l’État n’a pas encore choisi.
« On espérait construire un futur char en coopération avec les Allemands et il faut constater que, malheureusement, les Allemands ont décidé de quitter le projet. » Le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, a acté en ces termes, jeudi 8 octobre devant la commission de la défense de l’Assemblée nationale, la fin du char que Paris et Berlin devaient concevoir ensemble. Ce blindé formait le cœur du Main Ground Combat System (MGCS), le « système principal de combat terrestre » appelé à remplacer le Leclerc français et le Leopard 2 allemand.
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Le gouvernement allemand n’avait publié, au 9 octobre, aucune réponse détaillée à ces propos. C’est donc le chef d’état-major français qui attribue à Berlin ce renoncement, sans communiqué officiel allemand pour le confirmer.
Quelques heures après l’audition, l’état-major des armées a précisé la portée de l’annonce dans un communiqué. Il y indique que le MGCS est « poursuivi », sous la forme d’un programme technologique dont la mise en service est désormais attendue vers la fin des années 2040. Le même texte livre la raison de la rupture : l’état-major y juge que « l’offre industrielle remise début 2026 était incompatible avec le remplacement des chars actuels, nécessaire à l’horizon 2037 ».
Deux dates résument le dossier. Les armées attendent un nouveau char vers 2037, alors que le programme commun ne promet plus de mise en service avant la fin des années 2040. Les industriels des deux pays ne pouvaient donc livrer qu’une dizaine d’années après la date fixée par les militaires.
Berlin a tiré la conséquence de cet écart. Selon le communiqué français, l’Allemagne a lancé une étude nationale pour préparer la succession de son Leopard 2. Paris fait face au même calendrier pour le Leclerc, et doit lui aussi chercher seul un remplaçant.
Le chef d’état-major a ainsi refermé un projet lancé pour démontrer la capacité des deux principales puissances militaires de l’Union européenne à bâtir ensemble une plateforme lourde de combat, terme qui désigne dans le jargon militaire l’engin portant armes et capteurs. Aucune des deux armées ne pouvait garder ses chars en service une décennie de plus pour attendre ce programme commun.
Le recentrage de juillet
Le basculement date de l’été. En juillet, le Conseil franco-allemand de défense et de sécurité, qui réunit les dirigeants et les ministres des deux pays, a recentré la coopération MGCS sur un programme de recherche consacré au combat collaboratif (la coordination en temps réel d’engins qui partagent leurs informations), à l’automatisation et à l’intégration de plateformes habitées ou non, c’est-à-dire avec ou sans équipage. Ses conclusions ne mentionnaient plus la construction d’un char commun.
L’audition du 8 octobre a donc rendu public un choix inscrit noir sur blanc trois mois plus tôt. Paris et Berlin ont gardé dans le MGCS le périmètre défini en juillet, élargi à la connectivité entre véhicules et à la robotisation.
« Ce n’est pas un échec complet, c’est un choix allemand important. Nos armées de terre ont travaillé ensemble pendant plusieurs années pour réfléchir à ce que devait être un futur char de combat », a plaidé le général Mandon devant les députés. « Les grands principes du futur char sont donc validés, ça n’a pas été un travail vain », a-t-il assuré, tout en concédant que la décision n’était « pas une bonne nouvelle au plan industriel ».
Cette dernière réserve, de la bouche même du plus haut gradé français, mesure l’ampleur du revers. Les deux armées de terre sortent de ces années de travail avec une définition commune du char de combat, et sans char.
2038, date butoir pour le Leclerc
Paris s’y était préparé. La loi du 16 août 2026 actualisant la loi de programmation militaire (LPM, le texte qui fixe pour plusieurs années les crédits et les équipements des armées) prévoit que la France poursuive de manière autonome les études d’une première capacité de char du futur, c’est-à-dire un premier lot de blindés opérationnels, attendue vers 2035. Les travaux parlementaires ont fixé le lancement de ces études avant la fin de 2026, afin d’éviter une rupture temporaire de capacité : une période durant laquelle l’armée de terre manquerait de chars modernes en nombre suffisant.
La chronologie éclaire l’annonce du 8 octobre. Le Parlement a voté cette autonomie au moment même où le Conseil franco-allemand rayait le char commun de ses conclusions, près de deux mois avant l’audition du général Mandon.
Devant les députés, le chef d’état-major a fixé l’échéance que ce calendrier doit tenir : le retrait progressif des Leclerc débutera à partir de 2038, et la France devra lancer en 2027 les études nécessaires. Le ministère des armées n’a pas précisé si ces études prolongent celles que la loi programme avant la fin de 2026, ou s’il s’agit des mêmes travaux, décalés de quelques mois.
Le législateur s’est donné moins de neuf ans, entre des études lancées fin 2026 et une première capacité attendue en 2035, pour concevoir, éprouver et livrer un nouveau blindé.
Rénovation des Leclerc jusqu’en 2035
En attendant ce successeur, l’armée de terre doit faire durer son parc. Elle aligne environ 200 Leclerc, qu’elle modernise et raccorde au système d’information de Scorpion, le programme de renouvellement de ses véhicules de combat, afin que ces chars échangent leurs données avec les autres blindés.
Les documents parlementaires prévoient 160 chars rénovés à l’horizon 2030, avec des livraisons qui s’étirent jusque vers 2035. Les derniers Leclerc modernisés sortiraient donc des ateliers trois ans avant le début des retraits.
Ce faible écart explique l’objectif fixé par la loi. Le législateur veut une première capacité de char du futur vers 2035, au moment où s’achève la rénovation et avant que les premiers Leclerc ne quittent le service. Au moindre retard, l’armée de terre se retrouverait dans la rupture de capacité que la LPM cherche à éviter.
CAPINT, un char français sur châssis allemand
KNDS a déjà présenté sa réponse à ce risque. Le 15 juin, au salon Eurosatory, consacré à l’armement terrestre, le groupe franco-allemand né en 2015 du rapprochement du français Nexter, fabricant du Leclerc, et de l’allemand Krauss-Maffei Wegmann, fabricant du Leopard 2, a dévoilé le CAPINT, pour « capacité intermédiaire ». L’industriel le décrit comme un projet national français, destiné à renforcer le combat lourd de l’armée de terre et à assurer la transition vers le MGCS.
Son châssis, la partie roulante et blindée du char, dérive du Leopard 2A8, variante modernisée du char allemand produite par KNDS Deutschland. KNDS l’équipe d’un moteur diesel de 1 500 chevaux. KNDS France fournit la tourelle ASCALON, inhabitée : l’équipage prend place dans la caisse, le corps du véhicule, et la commande à distance. Dans la configuration dévoilée, elle porte un canon lisse (au tube non rayé) de 120 mm, à chargement automatique.
KNDS vise des premières livraisons dans les années 2030. Le groupe annonce un char capable de s’intégrer à une architecture numérique ouverte, de coopérer avec des robots terrestres et de combattre les drones.
L’État n’a ni retenu ce projet ni notifié de marché. Le CAPINT reste à ce stade une offre d’industriel, qui correspond toutefois à la capacité intermédiaire que la loi demande d’étudier pour relier le Leclerc au système de combat de nouvelle génération.
Le CAPINT porte une contradiction. Pour répondre au départ allemand, KNDS présente à Paris un char bâti sur la base du Leopard 2, celui-là même que le MGCS devait remplacer outre-Rhin. Dans cette hypothèse, l’autonomie que la France revendique pour l’après-Leclerc passerait par un châssis conçu et produit en Allemagne.
De Rheinmetall à la société de Cologne
Paris et Berlin avaient lancé le MGCS en 2017 précisément pour concevoir ensemble le successeur du Leclerc et du Leopard 2. Les deux capitales l’ont formalisé à partir de 2018 et y décrivaient une famille de plateformes habitées et robotisées, reliées à des capteurs, à des drones et à un réseau de partage des données.
Elles en ont repoussé l’échéance à mesure que le programme s’enlisait. Prévue d’abord dans les années 2030, la mise en service a glissé vers 2040-2045, avant que le communiqué du 8 octobre ne la renvoie à la fin des années 2040.
Le MGCS devait réunir à l’origine Nexter, côté français, et Krauss-Maffei Wegmann, côté allemand, déjà associés au sein de KNDS. En 2019, le groupe d’armement allemand Rheinmetall a rejoint le programme. Deux ans plus tard, un responsable français jugeait devant le Sénat que cette arrivée avait « largement perturbé » le projet. Les industriels se disputaient la maîtrise d’œuvre, c’est-à-dire la conduite du programme, la répartition de la charge de travail entre leurs usines, les règles d’exportation et le calendrier de remplacement des chars nationaux.
Paris et Berlin ont tenté une relance en avril 2024. Les deux gouvernements ont alors arrêté une contribution financière à parité et réparti le programme en huit piliers technologiques, parmi lesquels la plateforme, les capteurs, l’armement principal, la protection, les communications, la simulation et le soutien (la maintenance et la logistique). Un an plus tard, en avril 2025, KNDS France, KNDS Deutschland, Rheinmetall Landsysteme, la filiale de véhicules terrestres de Rheinmetall, et le groupe français d’électronique de défense Thales ont fondé à Cologne la MGCS Project Company GmbH, chargée de préparer la phase industrielle. Chacun en détenait 25 %, et le travail devait se partager à 50-50 entre la France et l’Allemagne.
Les industriels ont pourtant continué de s’opposer sur le partage des tâches, les choix technologiques et le financement, tandis que l’échéance de remplacement du Leclerc et du Leopard 2 approchait.
L’argent s’est ajouté aux différends. En juin, Armin Papperger, président de Rheinmetall, a publiquement évoqué le risque d’un retrait français, affirmant que Paris envisageait une enveloppe inférieure à la moitié des budgets examinés jusque-là, tout en précisant lui-même qu’aucune décision définitive n’avait été prise. Le gouvernement français n’a jamais confirmé ce chiffre.
Paris et Berlin ont ajouté une structure à chaque relance sans avancer la date de livraison. De l’arrivée de Rheinmetall en 2019 à la société de Cologne en 2025, les industriels ont creusé le décalage de dix ans constaté le 8 octobre.
Chars, drones et robots
« Une puissance de feu d’un char reste pertinente », a insisté Fabien Mandon devant les députés. Le chef d’état-major veut toutefois que le successeur du Leclerc combatte entouré d’autres engins. « On voit qu’on doit penser des plateformes qui se complètent avec des robots, de l’intelligence artificielle, des plateformes peut-être moins gourmandes en hommes et femmes pour les mettre en œuvre et s’appuyer plus sur les échanges de données », a-t-il expliqué.
L’état-major attend de cette architecture deux gains : une vision plus complète du champ de bataille pour les équipages, et une meilleure coordination de leur manœuvre.
Cette doctrine rejoint le périmètre conservé au MGCS en juillet. La France concevra seule le char ; elle continuera de travailler avec l’Allemagne sur ce qui le reliera aux drones, aux robots et aux autres blindés.
Après l’avion du SCAF, le char du MGCS
Le même scénario s’est joué dans les airs. En juin, quatre mois avant l’audition du général Mandon, Paris et Berlin ont renoncé à développer ensemble l’avion de combat du Système de combat aérien du futur (SCAF), faute d’accord entre les industriels, au premier rang desquels Dassault Aviation, constructeur du Rafale, et l’avionneur européen Airbus. La France et l’Allemagne avaient lancé ce programme en 2017, l’Espagne les avait rejointes, et les trois pays comptaient en tirer le successeur du Rafale et de l’Eurofighter, l’avion de combat européen en service dans l’armée de l’air allemande, à partir des années 2040.
Les deux capitales ont préservé certaines briques de ce « système de systèmes », un ensemble d’avions, de drones et de capteurs conçus pour opérer en réseau. Elles conservent notamment le cloud de combat, le réseau chargé de faire circuler les données entre ces engins, ainsi que la mise en réseau de plateformes habitées ou non.
Les deux programmes ont suivi la même trajectoire. Dans l’air comme sur terre, Paris et Berlin ont abandonné la grande plateforme commune, l’avion de combat en juin puis le char en octobre, et gardé en commun les technologies numériques, les données et le combat collaboratif.



On devrait le savoir ! ! toutes les tentatives avec les allemands sur le matériel militaire ont échoué es.Ils sont trop imbus de leur personne
Un char Leclerc remodelé serait mieux avec à savoir une protection renforcé sur les drones multiples par un engin d’accompagnement autonome et où sont stocker de drones de protection, et piloter et commander par le char dans ses évolutions et ses moyens de tir ,cela implique détection envoie dinfos entre engin et char pour réplique etc..l’évolution du char et de l’engin secondaire sont liées et coordonnées. L’engin blindé secondaire plus abaissé répondra à plusieurs répliques de drones protégeant ainsi le char.