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La deeptech de Vernon (Eure) lance Safeguard, un dispositif d’alarme pour travailleur isolé capable de situer un salarié en détresse au bon étage, y compris en sous-sol et en zone blanche. Déjà utilisée chez ArcelorMittal, Avery Dennison et Butachimie, la solution reçoit le Prix de l’innovation du salon Préventica de Lyon.
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Maintenance de nuit, rondes, sous-sols, silos, salles de machines : près de trois millions de salariés travaillent seuls en France. C’est à eux que s’adresse Safeguard, le dispositif d’alarme pour travailleur isolé (DATI) que SYSNAV lance officiellement. L’appareil déclenche l’alerte, la transmet même en l’absence de réseau classique, puis localise son porteur en intérieur comme dans les zones où le signal satellite ne passe pas. Il repose sur la navigation magnéto-inertielle, une technologie brevetée que l’entreprise, fondée en 2008, a d’abord développée pour la défense, le médical et les primo-intervenants.
Alerter sans localiser, un angle mort
On meurt deux fois plus au travail en France qu’ailleurs en Europe, et 797 décès au travail ont été recensés en 2025. Sur les sites industriels, trois obstacles freinent la protection des salariés isolés. Le GPS décroche dans les bâtiments. Les sous-sols échappent aux réseaux mobiles. Et les alertes intempestives incitent les équipes à laisser les équipements de protection du travailleur isolé (PTI) au vestiaire.
Lorsqu’une alerte part sans position fiable, les secours doivent chercher à l’aveugle, étage par étage, sur des emprises qui dépassent parfois plusieurs hectares. SYSNAV considère que les dispositifs PTI d’ancienne génération ne suffisent plus et entend ajouter la localisation à la simple fonction d’alarme.
Bâtiment, zone, étage
En cas d’alerte, Safeguard transmet une position en trois dimensions (bâtiment, zone et étage), sans satellite ni réseau de balises. Les données passent par la 4G, la 5G ou le LoRaWAN. L’appareil ne comporte pas de bouton de marche et d’arrêt. Il prévient d’abord son porteur avant de lancer la chaîne d’alerte, et ne communique la localisation qu’en cas de détresse détectée. Les chaînes d’alerte se paramètrent par site, par horaire et par travailleur.
« Un dispositif qui se contente de sonner puis transmet une position erronée sans le savoir ne protège personne. Ce qui peut aider à sauver, c’est de savoir où se trouve la personne, au bon étage, là où le GPS ne passe pas ou pire se trompe. Cette capacité, nous l’avons construite en dix-huit ans pour les armées et la santé. Nous la mettons aujourd’hui au service des travailleurs isolés de l’industrie et du tertiaire », explique David Vissière, président-fondateur de SYSNAV.
Des caves de Gandrange aux ateliers de Champ-sur-Drac
À Gandrange (Moselle), le site sidérurgique d’ArcelorMittal compte plusieurs étages et un important réseau de caves que la 4G ne couvrait que partiellement. SYSNAV y a prolongé la communication en sous-sol par une liaison LoRa, avec un coût d’installation limité et une infrastructure réduite.
Chez Avery Dennison, à Champ-sur-Drac (Isère), les DATI en place ne localisaient pas le salarié et multipliaient les fausses alertes, tandis que la superficie du site rendait impossible un maillage de balises. Safeguard y fournit la position et l’étage du porteur afin d’accélérer la prise en charge d’un incident grave. Butachimie teste également la solution depuis 2025 sur son site de Chalampé (Haut-Rhin).
La technologie est par ailleurs industrialisée hors du champ de la sécurité au travail : 850 véhicules d’Aéroports de Paris et du ministère de l’Intérieur, dont les véhicules radar, embarquent des systèmes SYSNAV en complément du GPS.
Du fantassin débarqué au salarié isolé
Le point de départ des travaux de SYSNAV est un constat posé dès 2008 : le signal GPS ne traverse ni le béton ni les structures métalliques, il n’indique jamais l’étage et peut se tromper sans le signaler. L’entreprise a donc conçu une navigation magnéto-inertielle capable de suivre en continu une personne là où le satellite ne porte plus, d’abord le fantassin débarqué, puis le sapeur-pompier en intervention et le patient suivi dans un essai clinique. Le travailleur isolé constitue le dernier champ d’application de cette technologie, qui sert aussi la sécurité routière, l’aéronautique et les véhicules autonomes.
Implantée à Vernon et à Paris, SYSNAV emploie 120 personnes, dont 80 ingénieurs et docteurs en navigation. Son chiffre d’affaires dépasse 20 millions d’euros. L’entreprise vise 50 millions d’euros à cinq ans et prévoit de doubler ses effectifs. Avec Préventica, Safeguard entre en commercialisation à l’échelle nationale. Les secteurs ciblés sont ceux que les zones blanches pénalisent : nucléaire, chimie, sidérurgie, métallurgie, agroalimentaire, BTP, logistique, froid industriel et collectivités.
Le dispositif est présenté en démonstration sur le stand R27 du hall 6, à Eurexpo, pendant toute la durée du salon. Une conférence commune avec ArcelorMittal est programmée le 6 octobre à 13h45.


