Arrêts de travail : l’absentéisme au plus haut dans le privé

L'absentéisme atteint bat de nouveaux records, porté par les arrêts de très longue durée, tandis que les arrêts courts continuent de gagner du terrain.

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L’absentéisme dans le secteur privé a atteint 4,68 % en 2025, contre 4,41 % un an plus tôt, et dépasse son pic de 2022. Les arrêts de travail de plus de 90 jours expliquent l’essentiel de cette hausse. Dans le même temps, les arrêts de moins de trois jours continuent de progresser, et les temps partiels thérapeutiques deviennent le deuxième motif d’absence.

Le niveau de 2022 n’est plus une référence. Avec un taux d’absentéisme de 4,68 % en 2025, en hausse de 0,27 point sur un an, les entreprises du secteur privé enregistrent un nouveau record, au-delà des 4,61 % atteints trois ans plus tôt. Ce constat ressort de la 5e édition de l’Observatoire des arrêts de travail du Groupe APICIL, réalisé avec sa filiale le Groupe JLO, cabinet de conseil spécialisé en ressources humaines et en qualité de vie et des conditions de travail. L’étude porte sur les données de plus de 55 000 entreprises clientes du groupe de protection sociale, soit plus d’un million de salariés.

Les arrêts de plus de 90 jours pèsent plus de la moitié du total

La progression vient d’abord des absences les plus longues. La part des arrêts de plus de 90 jours a gagné 0,21 point et représente désormais plus de 50 % du taux d’absentéisme. Les arrêts de plus de 30 jours en concentrent à eux seuls plus de 73 %.

L’absence touche aussi davantage de salariés. En 2025, 27,68 % d’entre eux ont connu au moins un arrêt dans l’année, soit 0,70 point de plus qu’en 2024, après une hausse de 0,66 point l’année précédente. Les salariés absents s’arrêtent également plus souvent, avec 1,90 arrêt en moyenne, contre 1,83 en 2024.

La durée moyenne des arrêts recule pourtant, de 19,85 à 19,45 jours. Elle repasse sous son niveau de 2023 (19,64 jours) tout en restant supérieure à celui de 2022 (17,05 jours), année marquée par l’épidémie Omicron, qui avait multiplié les arrêts tout en réduisant leur durée. Cette baisse tient notamment à l’essor du micro-absentéisme : les arrêts de moins de trois jours représentent 23,55 % du total, en hausse de 1,63 point sur un an et de plus de 70 % depuis 2022. Près d’un arrêt sur quatre est désormais concerné.

Pour Thomas Perrin, directeur général adjoint Services du Groupe APICIL, cette évolution interroge le financement de la couverture : « Nos observations montrent que la tendance la plus préoccupante concerne avant tout la fréquence des arrêts, en augmentation continue depuis 3 ans, et qui constitue le principal moteur de la progression de l’absentéisme. » Il ajoute : « Plutôt que de subir des augmentations successives de cotisations destinées à financer une fréquence d’arrêts toujours plus élevée, certaines organisations privilégient une réflexion sur le niveau de franchise le plus adapté à leur situation. »

Le temps partiel thérapeutique passe devant les accidents du travail

La maladie reste de très loin le premier motif d’absence, avec 90,03 % des arrêts, en repli de 0,92 point. Ce sont aussi les arrêts les plus courts, avec une durée moyenne de 17,16 jours. Plus d’un salarié sur quatre (26,21 %) a été arrêté pour maladie au cours de l’année.

Les temps partiels thérapeutiques deviennent le deuxième motif d’arrêt. Leur part passe de 3,46 % à 4,57 % en un an, soit une hausse de plus de 32 %, et dépasse celle des accidents du travail (4,41 %). Ce recours croissant à la reprise progressive a été favorisé par la loi Santé au travail de 2021. Ces dispositifs sont plus fréquents mais plus courts : leur durée moyenne tombe de 44,15 à 35,99 jours.

Les accidents du travail suivent la trajectoire inverse. Leur durée moyenne s’allonge de près de deux jours, à 43,12 jours, ce qui en fait le deuxième motif d’arrêt le plus long. Les maladies professionnelles restent à l’origine des absences les plus longues, avec 115,67 jours en moyenne.

Deux familles de pathologies dominent les arrêts de plus de 30 jours. Les données de la cellule médicale du Groupe APICIL attribuent 42,75 % de ces arrêts longs aux troubles psychiques, en hausse de 2,92 points, et 30,54 % aux troubles musculosquelettiques, en baisse de 1,92 point. Ensemble, ils en expliquent 73,29 %. Cette concentration fait de la prévention ciblée sur ces deux catégories un levier majeur contre l’absentéisme de longue durée, à côté d’un accompagnement individualisé des arrêts longs, reposant sur un diagnostic global et confié à un référent dédié.

L’âge allonge les arrêts, sans épargner les plus jeunes

Le taux d’absentéisme augmente avec l’âge. Il atteint 5,92 % chez les salariés de 60 ans et plus, contre 3,54 % chez les moins de 30 ans. L’écart est plus net encore sur la durée : 32,55 jours en moyenne pour les premiers, 11,81 jours pour les seconds, soit 2,75 fois plus. La survenue plus fréquente de pathologies graves ou chroniques explique l’essentiel de ce décalage, qui plaide pour une adaptation des conditions de travail au vieillissement de la population active et des exigences physiques aux capacités de chacun tout au long de la carrière.

Le taux progresse pourtant dans toutes les classes d’âge, et un peu plus vite chez les plus jeunes : +0,32 point pour les 30-39 ans, +0,28 point pour les moins de 30 ans. La durée moyenne des arrêts recule partout, surtout chez les 60 ans et plus (-1,18 jour) et les 50-59 ans (-0,65 jour), à peine chez les 30-39 ans (-0,05 jour).

La proportion de salariés arrêtés au moins une fois dans l’année varie peu selon l’âge. Hors 60 ans et plus (19,11 %), elle se situe entre 27,31 % chez les 50-59 ans et 31,17 % chez les 30-39 ans. Chez les salariés les plus jeunes, plus de 40 % des arrêts sont liés à des troubles psychologiques ou psychiques.

Ouvriers, femmes, CDI : des écarts qui se creusent

« D’une année sur l’autre, les caractéristiques structurelles de l’absentéisme demeurent : surexposition des femmes, vulnérabilité croissante avec l’âge, poids majeur des troubles psychiques et musculosquelettiques. Mais l’absentéisme n’est pas une fatalité », relève Stéphane Roose, directeur associé du pôle Conseil du Groupe JLO.

Les ouvriers affichent un taux de 6,52 %, stable sur un an, contre 2,52 % pour les cadres, soit près de 2,6 fois plus. Les employés (5,29 %) et les professions intermédiaires (4,58 %) se situent entre les deux et enregistrent les plus fortes hausses, de 0,31 et 0,37 point.

L’écart entre femmes et hommes s’élargit. Le taux d’absentéisme des femmes atteint 5,60 %, contre 3,76 % pour les hommes, et leurs arrêts durent en moyenne 20,24 jours, contre 18,37 jours. Elles sont 29,52 % à avoir été arrêtées au moins une fois dans l’année, contre 25,63 % des hommes, un écart qui s’est creusé d’un point en trois ans. La différence culmine chez les 30-39 ans, à 2,50 points, puis se réduit avec l’âge jusqu’à 1,24 point chez les 60 ans et plus. Le poids des responsabilités parentales, plus fort aux âges où les enfants sont jeunes, peut expliquer ce profil.

Les salariés en CDI s’absentent près de 2,5 fois plus que ceux en CDD : 4,97 %, en hausse de 0,31 point, contre 1,99 %. La précarité de l’emploi peut conduire certains salariés en contrat court à ne pas s’arrêter, même lorsque leur état de santé le justifierait.

Le cumul de ces facteurs creuse fortement les écarts. Les ouvriers de plus de 60 ans atteignent un taux de 8,94 %, 5,69 fois celui des cadres de moins de 30 ans (1,57 %). Un cadre de plus de 60 ans (3,36 %) s’absente moins qu’un ouvrier de moins de 30 ans (4,40 %) : la qualité des conditions de travail pèse davantage que l’âge. La prévention de l’usure physique et des risques psychosociaux chez les ouvriers figure ainsi parmi les leviers jugés les plus efficaces.

Par secteur, la santé reste la plus exposée, avec un taux de 7,22 % et la durée moyenne d’arrêt la plus longue, à 28,31 jours. Suivent l’économie sociale (6,28 %) et la filière alimentaire et agricole (5,95 %). À l’opposé, les banques et assurances enregistrent à la fois le taux le plus bas, à 2,80 %, et les arrêts les plus courts, de 13,92 jours en moyenne.



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