Combien gagne un salarié chinois ?

Le Bureau national des statistiques chinois mesure 10 787 yuans bruts mensuels dans les unités non privées, 5 966 dans le privé et 5 075 pour les migrants ruraux.

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Plus de quatorze fois le salaire minimum de Shenzhen. C’est ce que touchait en moyenne, chaque mois, un cadre d’une entreprise informatique chinoise en 2025, soit 39 375 yuans, quand la ville impose un plancher de 2 700 yuans depuis le 1er septembre 2026. Le Bureau national des statistiques chinois (NBS) mesure par ailleurs un revenu disponible médian de 36 231 yuans par habitant et par an, inférieur de 16 % à la moyenne qu’il publie pour le même indicateur. Le même organisme ne calcule aucun salaire médian.

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Le NBS a publié en mai 2026 les rémunérations versées l’année précédente par 3,062 millions d’entités urbaines employant au moins cinq personnes. Ces données 2025 restent, au 20 septembre 2026, les dernières statistiques salariales nationales complètes disponibles. Elles livrent deux moyennes, et deux seulement, pour un pays qui compte plus de 700 millions d’actifs.

La première concerne les unités urbaines dites non privées, où le salaire annuel moyen a atteint 129 441 yuans, soit environ 10 787 yuans bruts par mois. Cette rémunération a progressé de 4,3 % en valeur nominale et de 4,2 % une fois l’inflation déduite. La seconde vise les unités urbaines privées, où le NBS relève 71 590 yuans par an, soit 5 966 yuans bruts mensuels, en hausse de 3 % en nominal et de 2,9 % en réel. D’une catégorie à l’autre, l’écart atteint 81 %.

Au taux de référence de la Banque centrale européenne du 18 septembre 2026, un euro pour 7,6755 yuans, ces deux montants équivalent à environ 1 405 euros et 777 euros bruts par mois. La conversion fournit une contre-valeur au change du jour. Elle ne dit rien du niveau de vie que ces salaires achètent en Chine, où les loyers, l’accès au logement et les dépenses éducatives varient fortement d’une province à l’autre.

Reste à savoir qui se cache derrière la catégorie la mieux payée. Le terme d’unités « non privées » désigne en Chine un ensemble bien plus large que le secteur public français : les administrations et établissements publics, les entreprises d’État, certaines sociétés chinoises non privées, mais aussi les entreprises à capitaux étrangers et les entités financées depuis Hong Kong, Macao ou Taïwan. Les salariés de ces dernières sortent nettement du lot. Dans les entreprises à capitaux étrangers, le NBS mesure 164 956 yuans par an, soit 13 746 yuans par mois. Dans les structures financées depuis Hong Kong, Macao ou Taïwan, la moyenne s’établit à 146 701 yuans.

Ces deux sous-ensembles tirent vers le haut la moyenne du non-privé : les seuls salariés des entreprises étrangères gagnent 27 % de plus que la moyenne de la catégorie à laquelle le NBS les rattache. Le chiffre de 10 787 yuans, le plus souvent repris hors de Chine comme « le salaire moyen chinois », décrit donc une population minoritaire, où voisinent fonctionnaires municipaux et ingénieurs d’une filiale allemande.

Une troisième moyenne existe, que les deux précédentes ignorent. Les travailleurs migrants ruraux, 301,15 millions de personnes en 2025, percevaient un revenu professionnel moyen de 5 075 yuans par mois, soit moins qu’un salarié du privé urbain formel. Trois réponses officielles coexistent ainsi pour la même année, dans un rapport de un à deux entre la plus haute et la plus basse.

Un salaire brut, une moyenne, un périmètre partiel

Ces trois montants sont des rémunérations brutes avant impôt. Le NBS y intègre l’impôt sur le revenu retenu par l’employeur, la part salariale des cotisations sociales et les contributions au fonds d’épargne logement, ce dispositif obligatoire d’épargne forcée destiné à l’achat immobilier. Aucune de ces sommes n’arrive sur le compte bancaire du salarié. Le statisticien exclut en revanche du salaire les dividendes, l’intéressement au capital et les attributions d’actions.

L’équivalent mensuel, lui, s’obtient en divisant la rémunération annuelle par douze. Il ne correspond pas à douze fiches de paie identiques, la définition statistique chinoise du salaire englobant les primes, les indemnités, les rémunérations en nature et les heures supplémentaires.

Le périmètre laisse par ailleurs de côté les indépendants, les freelances, les salariés des structures de moins de cinq personnes et une partie de l’emploi informel. Le NBS n’en publie pas le volume.

Ces moyennes en sont, enfin, au sens strict. Le NBS ne calcule aucun salaire médian national, alors que les plus hautes rémunérations tirent mécaniquement une moyenne vers le haut. Un seul indicateur médian existe, le revenu disponible par habitant, qui s’élevait à 36 231 yuans en 2025 contre une moyenne de 43 377 yuans. Il couvre toute la population, salariée ou non, et additionne salaires, revenus d’activité indépendante, transferts sociaux et revenus du patrimoine. L’écart de 16 % qu’il fait apparaître donne la mesure de la déformation qui affecte aussi les chiffres salariaux, sans fournir le moyen de la corriger.

301 millions de migrants à 5 075 yuans

Les travailleurs migrants ruraux, cette population que le NBS compte à part, forment le plus nombreux des groupes du marché du travail chinois. Ils étaient 301,15 millions en 2025, soit 1,42 million de plus qu’un an auparavant. Leur revenu professionnel moyen a atteint 5 075 yuans par mois, en progression de 2,3 %, soit environ 661 euros au taux de change de septembre 2026.

Cette moyenne recouvre deux situations distinctes. Les migrants partis travailler hors de leur région d’origine gagnaient 5 774 yuans, contre 4 376 yuans pour ceux employés dans leur zone d’enregistrement administratif, environ 752 et 570 euros. Celui qui reste chez lui perçoit ainsi 24 % de moins que celui qui part, un écart du même ordre que celui qui sépare les grandes régions chinoises entre elles : les migrants employés dans l’Est touchaient 5 501 yuans par mois, contre 4 335 yuans dans le Nord-Est.

Ces montants ne se comparent pas terme à terme aux statistiques des unités urbaines. Le NBS rapporte ici les revenus professionnels perçus à la durée d’activité déclarée par les travailleurs interrogés, méthode différente de celle appliquée aux entreprises.

Cette main-d’œuvre vieillit. Son âge moyen a atteint 43,3 ans en 2025 et les plus de 50 ans en représentent désormais 32 %. Le recul de l’emploi dans la construction, longtemps le débouché le mieux payé pour les arrivants des campagnes, et le glissement vers des activités de services moins rémunératrices pèsent sur la progression de leurs revenus, qui avait atteint 3,8 % en 2024.

De l’informatique à la restauration, un écart de 1 à 4

Le statut de l’employeur posé, c’est la branche d’activité qui creuse les plus grands écarts. Dans le non-privé, les technologies de l’information, les logiciels et les services informatiques affichaient en 2025 un salaire annuel moyen de 248 752 yuans, soit près de 20 729 yuans par mois. La finance suivait avec 211 164 yuans par an, ou 17 597 yuans mensuels. Venaient ensuite les services scientifiques et techniques, à 182 064 yuans, puis la production et la distribution d’électricité, de gaz, de chaleur et d’eau, à 160 897 yuans.

Le classement change dans le privé. La finance y occupe la première place avec 140 451 yuans par an, soit 11 704 yuans mensuels, devant les technologies de l’information, à 128 166 yuans, ou 10 681 yuans par mois. L’informatique perd donc près de la moitié de son niveau de rémunération en passant d’un côté à l’autre de la frontière statistique, quand la finance conserve l’essentiel du sien. Le statut de l’employeur ne joue pas de manière uniforme d’une branche à l’autre.

En bas de l’échelle, l’agriculture, la sylviculture, l’élevage et la pêche ne dépassaient pas 46 552 yuans annuels, soit environ 3 879 yuans par mois. L’hôtellerie-restauration versait 5 205 yuans mensuels dans le non-privé et 4 594 yuans dans le privé. Entre un informaticien du non-privé et un employé de restaurant, l’écart atteint un à quatre, à statut et à région identiques.

L’industrie manufacturière et la construction occupent le milieu du tableau, à 9 466 et 7 670 yuans mensuels dans le non-privé, 6 338 et 5 523 yuans dans le privé. L’immobilier, lui, figure parmi les rares secteurs où les rémunérations moyennes ont reculé en 2025 : de 2,4 % dans le non-privé et de 4,7 % dans le privé, à 7 473 et 4 445 yuans mensuels. La crise du logement chinois, qui pèse depuis 2021 sur l’investissement et sur l’emploi dans la construction, se lit désormais sur les fiches de paie.

Cadres et ouvriers, deux mondes de paie

Une autre série de données, portant sur les entreprises que le NBS classe au-dessus de ses seuils statistiques, mesure les écarts entre catégories professionnelles. Tous salariés confondus, ces entreprises versaient 106 080 yuans par an, soit 8 840 yuans par mois.

La moyenne éclate dès qu’on la décompose. Les cadres moyens et supérieurs percevaient 210 016 yuans annuels, soit 17 501 yuans mensuels. Les professionnels et techniciens atteignaient 155 491 yuans, ou 12 958 yuans par mois. Les employés administratifs gagnaient 94 936 yuans, soit 7 911 yuans mensuels. En bas, les ouvriers de production touchaient environ 6 728 yuans par mois et les personnels des services 6 655 yuans.

Les deux effets, celui de la branche et celui de la qualification, se multiplient. Dans les entreprises informatiques dépassant les mêmes seuils, les cadres moyens et supérieurs percevaient 472 496 yuans par an, soit 39 375 yuans par mois, et les professionnels et techniciens 275 504 yuans. Un cadre du numérique gagne ainsi 2,2 fois ce que gagne un cadre toutes branches confondues, et près de six fois le salaire d’un ouvrier de production. Ces 39 375 yuans mensuels, à comparer aux 2 740 yuans du salaire minimum le plus élevé de Chine, donnent l’amplitude de l’éventail salarial du pays. Ils désignent aussi, très précisément, qui tire la moyenne nationale vers le haut.

L’Est côtier, 47 000 yuans au-dessus du Centre

La géographie, déjà sensible chez les migrants, sépare tout autant les salariés des entreprises urbaines. Dans le non-privé, le salaire annuel moyen atteignait 149 902 yuans dans l’Est de la Chine en 2025, contre 114 989 yuans dans l’Ouest, 103 803 yuans dans le Nord-Est et 102 645 yuans dans le Centre. Dans le privé, l’Est affichait 80 149 yuans, soit 6 679 yuans par mois, devant l’Ouest à 60 923 yuans, le Centre à 58 627 yuans et le Nord-Est à 54 430 yuans, où la moyenne tombe à 4 536 yuans mensuels.

Le rapport entre la région la mieux payée et la moins bien payée s’établit à 1,46 dans le non-privé et à 1,47 dans le privé. L’écart absolu, lui, double : 47 257 yuans par an d’un côté, 25 719 yuans de l’autre. La région orientale, qui regroupe Pékin, Shanghai, le Jiangsu, le Zhejiang, le Guangdong et le Fujian, concentre les sièges sociaux, la finance, l’industrie exportatrice et les entreprises technologiques. Elle amplifie les écarts que créent le statut et la branche.

Un même salaire n’y achète pas la même chose. Une rémunération de 8 000 yuans n’offre pas le même niveau de vie dans le centre de Shanghai ou de Shenzhen que dans une ville moyenne de l’intérieur. À cela s’ajoute le hukou, le système d’enregistrement des ménages qui conditionne l’accès au logement social, à l’école publique et à une partie des protections sociales selon la commune d’enregistrement du salarié. Comparer deux salaires chinois suppose donc de comparer deux régions et deux statuts administratifs.

Pas de Smic national

La décentralisation vaut jusqu’au plancher légal. La Chine ne fixe aucun salaire minimum national : chaque province ou municipalité arrête ses propres montants et peut établir plusieurs niveaux selon les villes ou les districts placés sous son autorité.

Au 20 septembre 2026, Shanghai applique le minimum mensuel le plus élevé du pays, à 2 740 yuans. Pékin se situe à 2 540 yuans par mois et affiche le taux horaire le plus élevé, à 27,7 yuans. Shenzhen impose depuis le 1er septembre 2026 un plancher de 2 700 yuans mensuels pour les salariés à temps plein et de 25,4 yuans de l’heure pour les temps partiels. Guangzhou applique 2 680 yuans et le même taux horaire.

La municipalité de Shenzhen interdit par ailleurs de compter les heures supplémentaires, les primes de nuit, les indemnités liées aux températures extrêmes ou aux travaux dangereux et certaines prestations sociales pour ramener le salaire de base au niveau du minimum légal.

Ces montants restent des planchers. Le plus élevé d’entre eux, celui de Shanghai, représente 54 % du revenu mensuel moyen d’un travailleur migrant rural.

Salaires en hausse, emploi en repli

Les rémunérations moyennes ont progressé en 2025. Le salaire annuel du non-privé est passé de 124 110 à 129 441 yuans, celui du privé de 69 476 à 71 590 yuans. La hausse réelle demeure modérée, surtout dans le privé, et très inégalement répartie : 6,4 % dans l’industrie manufacturière, 7,6 % dans les transports, l’entreposage et la poste, mais un recul dans l’immobilier et de 0,4 % dans les services de location et aux entreprises.

Les secteurs qui tirent les salaires sont ceux de l’exportation et de la logistique. Ceux qui reculent relèvent de la demande intérieure. Les travailleurs migrants, dont la progression a été deux fois moindre que celle des salariés du privé urbain, restent en dehors de ce partage.

Aucun salaire annuel moyen consolidé n’existe encore pour 2026, le NBS ne publiant ces données qu’au printemps suivant. Les indicateurs conjoncturels décrivent un marché du travail moins dynamique. La Banque mondiale relevait au printemps 2026 une durée hebdomadaire moyenne de travail ramenée de 48,6 heures en décembre 2025 à 48,2 heures en mai 2026, et un chômage des jeunes toujours élevé, à 15,6 % en mai. La croissance du revenu réel par habitant a ralenti à 4 % au premier trimestre 2026, avec un tassement plus marqué dans les villes, sous l’effet de l’affaiblissement de l’activité et de l’emploi dans la construction et certains services.

L’institution de Washington prévoit une croissance économique chinoise de 4,4 % en 2026. Elle estime que l’ajustement immobilier, la faiblesse de la demande intérieure et la prudence des consommateurs continueront de peser sur l’activité, malgré la solidité des exportations et de l’investissement dans les hautes technologies. Les trois chiffres de référence du salariat chinois, 10 787, 5 966 et 5 075 yuans, photographient donc une année déjà écoulée, dans une économie qui se resserre.



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