Combien gagne un salarié italien en 2026 ?

Combien gagne un Italien en 2026 ? Un salarié touche 2 039 euros nets par mois en moyenne, soit 530 de moins qu'en France. Écarts régionaux, absence de SMIC : les chiffres.

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Un salarié italien encaisse chaque mois environ 530 euros nets de moins que son homologue français. Sept ans après 2019, il n’a toujours pas rattrapé le pouvoir d’achat qu’il avait alors, et Rome demeure la seule capitale du G7 à ne fixer aucun salaire minimum par la loi.

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L’alerte du 29 juillet

L’Istat, l’institut national de statistique italien, a publié le 29 juillet 2026 un communiqué chiffrant à 2,4 % la progression annuelle des salaires du privé au deuxième trimestre, et à 2,3 % celle du public. C’est la première fois depuis dix trimestres consécutifs, soit deux ans et demi, que les rémunérations avancent moins vite que les prix. L’institut y voit une inversion de tendance.

Appliqués à la rémunération moyenne du secteur privé, 24 486 euros bruts par an, ces 2,4 % valent environ 590 euros supplémentaires sur douze mois. Le rythme de 2025, à 3,1 %, en valait 760.

L’Istat mesure ici les salaires contractuels, ceux qu’inscrivent les conventions de branche. Primes, ancienneté et accords d’entreprise n’y figurent pas : ces pourcentages indiquent une direction, pas le contenu d’une fiche de paie.

Le rythme de 2025 tenait à l’industrie, en hausse de 3,4 % sur l’année, davantage qu’aux services, à 3,0 %. L’Istat avait établi ces chiffres dans son Rapport annuel 2026, présenté le 21 mai devant le président de la République Sergio Mattarella.

24 471 euros nets, soit 2 039 par mois

Un célibataire sans enfant rémunéré au salaire moyen dispose en Italie de 24 471 euros nets par an, selon des données publiées à la mi-2026 par Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Le même profil perçoit 30 832 euros en France et 31 000 euros en Allemagne. Mensualisé, l’Italien touche 2 039 euros nets quand le Français en encaisse 2 569 et l’Allemand 2 583.

Ces montants ignorent le coût de la vie. Une fois les prix locaux pris en compte, ce que les statisticiens appellent la parité de pouvoir d’achat, Eurostat retient 25 095 euros pour l’Italie et 28 536 euros pour l’Allemagne. L’écart tombe de 6 529 à 3 441 euros. Les prix italiens compensent donc à peu près la moitié du retard.

Sur les salaires bruts, quatre institutions publient quatre chiffres pour l’année 2024. L’OCDE retient 33 148 euros de salaire annuel moyen pour l’Italie, contre 44 909 euros en France, soit 11 761 euros et 26 % de différence. Le cabinet JobPricing, observatoire privé des rémunérations italiennes, l’établit à 31 856 euros pour le seul secteur privé, en hausse de 3,3 % sur un an. Eurostat situe la moyenne des Vingt-Sept à 39 800 euros, après une progression de 5,2 % : le salaire italien mesuré par l’OCDE accuse face à elle un retard de 6 652 euros. L’INPS, la caisse italienne de sécurité sociale, descend à 24 486 euros pour les 17,7 millions de salariés du privé non agricole.

Ces 8 662 euros d’écart entre l’OCDE et l’INPS ne traduisent aucune erreur. L’OCDE additionne le privé et le public, secteur où les Italiens sont mieux payés. L’INPS compte tous les salariés du privé, y compris les temps partiels et les contrats de quelques mois, ce qui abaisse sa moyenne. JobPricing ne retient que les temps plein du privé. Eurostat, enfin, agrège vingt-sept fiscalités différentes et publie avec dix-huit mois de retard.

Le classement, lui, ne bouge pas d’un institut à l’autre. JobPricing situe l’Italie au 22e rang sur 34 pays de l’OCDE.

Une fois les cotisations et l’impôt prélevés, le salarié italien conserve 69,6 % de son brut, contre 77,9 % pour l’Espagnol. Sur les 31 856 euros mesurés par JobPricing, il reste 22 172 euros nets, soit 1 848 euros par mois.

Aucun institut n’a encore publié de moyenne pour 2026. En prolongeant le chiffre INPS de 2024 par la hausse de 3,1 % de 2025, puis par les 2,4 % du premier semestre 2026, un salarié du privé non agricole se situe autour de 25 500 euros bruts annuels. Une extrapolation, pas une mesure.

Les 2 100 euros perdus depuis 2019

Depuis 2019, les salariés italiens ont perdu 8,6 % de pouvoir d’achat, selon l’Istat, un chiffre repris par Sky TG24 et Repubblica. Rapporté aux 24 471 euros nets du salaire moyen, ce recul équivaut à 2 100 euros de moins sur une année, ou 175 euros par mois.

Ce solde tient compte des bonnes années. En 2024, les salaires réels italiens ont progressé de 2,7 %, contre 2,2 % en Allemagne et 0,7 % en France, et aucune des cinq grandes économies européennes n’a fait mieux. Les 8,6 % de perte sont ce qui reste après ce rattrapage, tant l’inflation de 2021 à 2023 avait creusé le trou.

À 2,7 % par an, refermer un écart de 8,6 % demande un peu plus de trois ans. Les 2,4 % du deuxième trimestre 2026, une fois l’inflation retranchée, arrêtent le compteur avant l’échéance.

12,31 euros de l’heure, sans loi pour le garantir

Aucune loi italienne ne fixe de salaire minimum national. Le pays est le seul du G7 dans ce cas. Au sein de l’Union européenne, le Danemark, l’Autriche, la Finlande et la Suède partagent cette configuration.

Ce sont les conventions collectives nationales, les CCNL, qui fixent le montant minimal versé à un salarié. Elles se négocient branche par branche entre organisations patronales et confédérations syndicales, CGIL, CISL et UIL, chacune avec ses grilles et son propre calendrier de renouvellement. Un caissier et un ouvrier de la métallurgie ne relèvent donc ni du même plancher, ni du même rythme de révision. Une branche dont la convention n’a pas été renégociée depuis cinq ans laisse ses salariés au tarif de 2021.

Le gouvernement de Giorgia Meloni a tranché au printemps 2026. Le décret-loi n° 62 du 30 avril, publié au Journal officiel le jour même et entré en vigueur le 1er mai, conditionne les aides publiques à l’embauche au respect du « trattamento economico complessivo », la rémunération globale, prévu par les conventions les plus représentatives. Le Parlement l’a converti en loi n° 112 le 25 juin 2026. Rome a donc adossé ses aides financières au système conventionnel existant, sans créer de plancher légal unique.

Dans le commerce, la convention fixait au 1er juin 2026 un minimum de 12,31 euros brut de l’heure, soit 1 867 euros brut par mois à temps plein. Sur douze mensualités, l’addition atteint 22 404 euros bruts, à 2 082 euros de la moyenne du privé calculée par l’INPS.

Dans les îles, 10 954 euros de moins qu’au Nord-Ouest

Les données INPS pour 2024 échelonnent la rémunération annuelle moyenne du privé sur cinq marches. Le Nord-Ouest, soit la Lombardie, le Piémont et la Ligurie, atteint 28 852 euros. Viennent ensuite le Nord-Est à 25 723 euros et le Centre à 23 850 euros. Le Sud tombe à 18 254 euros, la Sicile et la Sardaigne à 17 898 euros.

Un salarié sicilien gagne donc 10 954 euros de moins par an qu’un salarié du Nord-Ouest, soit 913 euros de moins chaque mois. Entre le Nord-Ouest et le Sud continental, la différence atteint 10 598 euros et 37 %. Celle que l’OCDE mesure entre l’Italie et la France s’arrête à 26 %.

Milan aligne les rémunérations les plus élevées de la péninsule : de 38 000 à 48 000 euros bruts annuels dans la finance, la mode et les métiers de la technologie. Rome plafonne entre 30 000 et 38 000 euros sur des fonctions comparables, jusqu’à 10 000 euros en retrait.

L’INPS relève l’ordre inverse dans la fonction publique. Son observatoire des travailleurs publics chiffre à 35 350 euros la rémunération moyenne annuelle de 2024, et à 39 087 euros celle des seuls contrats à durée indéterminée, respectivement 44 % et 60 % au-dessus de la moyenne du privé. Le Centre passe en tête, à 36 929 euros, effet direct de la concentration des administrations à Rome. Un agent public du Centre gagne ainsi 8 077 euros de plus par an qu’un salarié du privé au Nord-Ouest, région pourtant la mieux payée de la péninsule.

L’ouvrier à 2 070 euros, le dirigeant à 12 200

L’INPS chiffre à 118 euros la rémunération brute quotidienne moyenne d’un salarié italien, selon des données relayées par Sky TG24. Un ouvrier en perçoit 94, un employé 121, un « quadro », le cadre intermédiaire italien, 243, et un dirigeant 555.

Sur 22 jours travaillés, l’ouvrier encaisse donc environ 2 070 euros bruts par mois, l’employé 2 660, le quadro 5 350 et le dirigeant 12 210. Un peu plus de 10 000 euros mensuels séparent le haut du bas de l’échelle, dans un rapport de un à 5,9.

Un ouvrier employé dans le Sud cumule les deux désavantages : sa catégorie le situe 20 % sous la moyenne nationale, sa région ajoute 37 % d’écart avec le Nord-Ouest. Chaque CCNL négociant son propre minimum de branche, aucun plancher légal ne vient corriger cet empilement.

Une Italienne gagne 1 653 euros par mois

Eurostat a mesuré à 5,3 % l’écart de salaire horaire entre femmes et hommes en Italie en 2024, contre 11,1 % en moyenne dans l’Union et 7,3 % en Espagne. Cet indicateur compare les rémunérations pour une heure de travail, sans corriger les différences de métier, de secteur ou d’ancienneté. L’Italie y figure parmi les pays les plus égalitaires du continent.

Le revenu annuel donne un tout autre résultat : 26 % d’écart selon Eurostat, 29 % selon l’INPS. Dans le privé, les hommes ont perçu 27 967 euros bruts en moyenne en 2024, les femmes 19 833 euros. Une salariée italienne dispose donc de 1 653 euros bruts par mois, contre 2 331 pour un homme, soit 678 euros d’écart chaque mois et 8 134 sur l’année.

Le taux d’emploi explique cette différence de mesure. En Italie, 53,7 % des femmes en âge de travailler occupent un emploi, contre 71,2 % des hommes, soit 17,5 points d’écart, l’un des plus larges d’Europe. Payées presque à l’égal des hommes pour chaque heure travaillée, les Italiennes cumulent nettement moins d’heures rémunérées sur une année : moins de femmes en poste, davantage de temps partiels, des carrières plus souvent interrompues.

Le Global Gender Gap Report 2025 du Forum économique mondial classe l’Italie au 85e rang sur 148 pays, et à la 117e place sur la seule participation économique, en recul de six positions par rapport à 2024.

Relever le salaire horaire des Italiennes ne ramènerait donc qu’une fraction des 8 134 euros manquants. Ni les CCNL ni la loi n° 112 du 25 juin 2026 ne portent sur le nombre d’entre elles qui travaillent.



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