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Le marché français de la cession de fonds de commerce est repassé sous la barre des 30 000 opérations en 2025, avec 29 766 transactions recensées par le groupe d’analyse économique Altares, et le recul s’est prolongé au premier trimestre 2026. Serge Papin, ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat, a présenté le 23 avril à Bercy un plan destiné à fluidifier ces transmissions. Neuf entreprises reprises sur dix sont pourtant encore en activité trois ans après l’opération. Ce qui s’est débloqué cette année dans les comptes des PME françaises n’a rien changé à leur capacité à trouver preneur.
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Près d’une entreprise sur deux règle aujourd’hui ses factures à la date convenue. Selon les données d’Altares arrêtées au 15 septembre, 49,7 % des organisations publiques et privées installées en France ont payé leurs fournisseurs à l’échéance au deuxième trimestre 2026, contre 45,2 % un an plus tôt. Le groupe, qui suit les comportements de règlement à partir des factures échangées entre plusieurs millions d’entreprises, mesure là son meilleur relevé depuis la fin de l’année 2023.
Ce relevé rompt avec deux années de dérive. Les entreprises françaises avaient allongé leurs délais tout au long de 2024, puis davantage encore en 2025. Elles ont ramené leur retard moyen à 12,3 jours au printemps, un niveau qui replace la France sous la moyenne européenne, établie à 13,1 jours par le même institut.
Douze jours de retard plutôt que quinze : l’écart paraît mince, il pèse directement sur le besoin en fonds de roulement, c’est-à-dire sur l’argent qu’un dirigeant doit avancer entre le moment où il règle ses fournisseurs et celui où ses propres clients le règlent. Une PME qui facture 100 000 euros par mois récupère, avec trois jours de retard en moins, plusieurs milliers d’euros de trésorerie immobilisée. Les effets de contagion s’en trouvent freinés : dans une chaîne de sous-traitance, un impayé se propage d’un maillon à l’autre jusqu’à provoquer des défaillances chez des entreprises par ailleurs rentables.
Une discipline de paiement inédite depuis 2023
Altares assortit toutefois son constat d’une réserve qu’il ne chiffre pas : de fortes disparités subsisteraient selon la taille des structures et selon les filières, certaines catégories d’entreprises continuant de subir des tensions. L’institut ne publie pas la ventilation par effectif ni par secteur qui permettrait de savoir lesquelles. Le chiffre de 49,7 % agrège par ailleurs les administrations et les grandes entreprises avec les PME, de sorte qu’il décrit le climat de paiement du pays davantage que la situation propre aux petites structures.
Les dirigeants de PME ont malgré tout abordé l’été 2026 avec un matelas de trésorerie qu’ils n’avaient plus depuis trois ans. Ce matelas n’a produit aucun effet sur les transmissions d’entreprises. Le trimestre où la France est repassée sous la moyenne européenne de paiement suit immédiatement celui où le marché des cessions a enregistré son énième recul, et les deux séries d’Altares, publiées le même semestre, s’éloignent l’une de l’autre.
Le plafond de verre des 30 000 cessions
Les commerçants et artisans français ont vendu 29 766 fonds de commerce en 2025, c’est-à-dire la clientèle, le bail et le matériel qui font la valeur d’une affaire, contre 31 703 l’année précédente. Le repli atteint 6,1 % selon le bilan publié par Altares et ramène le marché sous le seuil des 30 000 opérations pour la première fois depuis 2022. Le premier trimestre 2026 a confirmé la tendance, avec 7 723 ventes, en baisse de 2,9 % sur un an.
Quatre années que le compteur bute au même endroit. « Depuis 4 ans, nous oscillons ainsi autour de 30 000 transactions annuelles, butant sur un plafond de verre difficile à franchir. En 2025, le marché résiste mais marque globalement le pas », analyse Thierry Millon, directeur des études chez Altares. L’expression de plafond de verre appartient à l’institut, qui la présente comme une lecture de ses séries plutôt que comme un résultat de mesure.
Quatre cycles de conjoncture, des taux d’intérêt montés puis redescendus, une embellie de trésorerie au printemps : rien n’a fait bouger le compteur. Le détail des chiffres indique où se situe l’obstacle.
Le décrochage des moins de dix salariés
Le freinage est venu presque entièrement des plus petites structures. Les entreprises de moins de dix salariés ont cédé 27 276 fonds en 2025, soit 91,6 % de l’ensemble du marché, un volume en baisse de 6,2 %. Les PME de dix à quarante-neuf salariés ont reculé plus violemment encore, avec 1 318 cessions, en chute de 14,4 %.
Les entreprises de taille intermédiaire, ou ETI, celles qui emploient à partir de 250 salariés, ont suivi le chemin inverse : 583 opérations, en hausse de 20,7 %. Altares attribue cette accélération à des rachats de concurrents dans le commerce multi-rayon, l’habillement et les soins à domicile.
Ces 583 opérations pèsent peu face aux 1 800 cessions perdues chez les petites structures, et elles produisent un effet opposé sur le tissu économique. Un dirigeant de 60 ans qui vend sa boulangerie à un repreneur installe un patron à sa place ; un groupe qui absorbe une chaîne de magasins d’habillement en supprime un. Les entreprises qui ont le plus profité du raccourcissement des délais de paiement, celles dont la trésorerie tient à quelques factures, sont précisément celles qui ont déserté le marché de la transmission.
Un prix médian à 112 700 euros
Le prix payé pour un fonds a reculé en 2025. Les acquéreurs ont déboursé 241 781 euros en moyenne, soit 6,4 % de moins qu’en 2024, et l’ajustement s’est poursuivi au premier trimestre 2026, à 239 151 euros, en baisse de 6,9 %. Altares y voit la fin d’une surchauffe et un retour à la normale après les pics enregistrés dans les années qui ont suivi la crise sanitaire, interprétation que l’institut avance sans la documenter par une série longue.
La moyenne masque l’essentiel. Le prix médian, celui qui coupe le marché en deux moitiés et décrit donc la transaction ordinaire, a progressé de 2,5 % pour atteindre 112 700 euros, contre 110 000 euros en 2024. Un commerce sur deux s’est vendu au-dessous de ce montant.
Entre 112 700 euros pour la vente médiane, 913 429 euros pour un supermarché et 1,22 million d’euros pour une pharmacie, le même mot recouvre des objets sans commune mesure. La baisse de la moyenne vient du haut du marché, dont les valorisations se dégonflent ; la hausse de la médiane dit que le café, le salon de coiffure ou la boulangerie de centre-bourg valent aujourd’hui un peu plus cher qu’il y a un an. Les affaires courantes tiennent donc leur valeur pendant que leur nombre de ventes recule, ce qui déplace la recherche vers ceux qui achètent et vers les territoires où se trouvent les fonds à céder.
Double peine dans les bourgs ruraux
Les communes de plus de 100 000 habitants ont enregistré 6 265 cessions en 2025, en repli de 1,6 % seulement, à un prix moyen de 288 307 euros en hausse de 7,3 %. Aucune autre catégorie de territoire n’a combiné ces deux performances. Les villes moyennes, de 20 000 à 100 000 habitants, ont perdu 7,1 % de volume et 10,8 % de valeur. Les petites villes, de 5 000 à 20 000 habitants, ont cédé 8,5 % de transactions et 8,0 % de prix.
Les bourgs ruraux, entre 2 000 et 5 000 habitants, ont subi les deux chocs à la fois : 4 615 ventes, en recul de 10,6 %, à un prix moyen de 223 804 euros, en baisse de 12,6 %. Les villages de moins de 2 000 habitants ont mieux tenu en volume, avec 4 900 opérations et un repli limité à 1,8 %, pour un prix moyen tombé à 177 713 euros, soit 8,1 % de moins qu’en 2024.
L’Île-de-France concentre à elle seule 4 909 ventes, en baisse de 4,4 %, à un prix moyen de 351 158 euros en progression de 13,1 %. Deux fois le prix moyen d’un fonds de village. À l’autre bout, les Hauts-de-France ont vu leur prix moyen s’effondrer de 41,9 %, à 234 421 euros, et l’Auvergne-Rhône-Alpes de 30,8 %, à 205 841 euros. Altares impute ces deux décrochages à des corrections dans la grande distribution, sans publier les volumes régionaux qui permettraient de le vérifier.
Un commerçant de bourg rural qui cherche aujourd’hui un successeur affronte donc moins d’acheteurs et un prix de sortie amputé, au moment où un cédant parisien vend plus cher que l’an dernier. La transmission se grippe le plus là où la disparition d’un fonds prive une commune de son dernier commerce.
Du supermarché à la boulangerie
Les métiers de bouche et les services de proximité représentent à eux seuls un tiers des échanges nationaux. Les restaurateurs traditionnels ont cédé 4 362 fonds, à 212 001 euros en moyenne ; la restauration rapide en a changé 3 119, à 122 231 euros ; les cafetiers et exploitants de débits de boissons 2 509, à 241 863 euros. Les boulangers-pâtissiers, avec 1 336 cessions, ont enregistré la plus forte hausse de prix du palmarès des dix premiers secteurs, 13,7 %, à 258 604 euros.
Les pharmaciens conservent les fonds les mieux valorisés du pays, à 1,22 million d’euros en moyenne. Les exploitants de supermarchés, eux, ont vendu leurs magasins 913 429 euros, contre 1,89 million d’euros un an plus tôt, soit une division par deux en douze mois.
Cette chute de 51,6 % sur un seul secteur explique une part du repli du prix moyen national et éclaire les atterrissages des Hauts-de-France et d’Auvergne-Rhône-Alpes, deux régions où la grande distribution alimentaire pèse lourd. Le fournil de quartier, lui, a gagné 13,7 % sur la même période.
La reprise, voie la moins risquée
Reprendre une affaire existante protège mieux que créer une entreprise. Plus de 90 % des repreneurs sont encore en activité trois ans après l’opération, indique Altares sans préciser la cohorte observée ni la méthode retenue. Le même horizon de trois ans ne laisse debout, selon l’Insee, qu’entre 71,8 % et 82 % des créateurs classiques. Le repreneur hérite d’une clientèle, d’un emplacement, d’un chiffre d’affaires connu et souvent d’une équipe, quand le créateur construit tout.
L’acquéreur type avait 41,9 ans en 2025, contre 52,2 ans pour le vendeur. Dix ans d’écart, et deux projets de vie distincts : le premier arrive avec une expérience professionnelle déjà constituée, le second liquide son outil de travail pour financer une reconversion ou se constituer un capital de fin de carrière.
Or une entreprise sur deux ne trouve personne au moment du départ de son dirigeant, selon un constat que le rapport reprend sans l’attribuer à une source précise. Altares cite deux obstacles, la frilosité des banques et l’incertitude générale du marché, dont l’institut ne fournit ni mesure ni taux de refus de crédit. L’affaire que le banquier hésite à financer tient donc statistiquement mieux dans le temps que celle du créateur qu’il accompagne sans difficulté. Le verrou se situe à l’entrée, dans l’accès au capital et dans le calendrier des cédants. Aucun raccourcissement des délais de paiement n’agit sur ces deux points.
Objectif Reprises, trois leviers pour Bercy
Les pouvoirs publics ont pris acte de ce constat. Serge Papin, ministre des PME, du Commerce et de l’Artisanat, a présenté le 23 avril 2026 à Bercy un plan national d’action baptisé « Objectif Reprises », construit autour de la moitié d’entreprises qui partent sans successeur.
Le plan agit sur trois leviers, identifiés avec les experts d’Altares : pousser les dirigeants à préparer leur sortie plus tôt, desserrer le crédit bancaire pour les repreneurs, renforcer l’attractivité économique des territoires ruraux. Cinq mois après l’annonce, le ministère n’a communiqué ni enveloppe budgétaire, ni calendrier de mise en œuvre, ni premier bilan.
Ces trois leviers recouvrent exactement les trois fractures que les chiffres d’Altares font apparaître : l’écart de dix ans entre l’âge des cédants et celui des repreneurs, le refus de financement opposé à des dossiers dont neuf sur dix tiennent trois ans, et la double peine des bourgs ruraux. Aucun ne touche aux délais de paiement.


