Spatial : Amazon commande six lancements Ariane 6

Amazon a signé mercredi 9 septembre, au sommet spatial de Paris, un contrat portant sur six lancements Ariane 6 avec Arianespace, sa première commande depuis 2022.

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Six lancements supplémentaires en Ariane 64, la version la plus puissante du lanceur européen, équipée de quatre propulseurs d’appoint. Amazon a signé ce contrat avec Arianespace mercredi 9 septembre, jour d’ouverture du sommet spatial coprésidé par la France et l’Allemagne au Grand Palais, à Paris, où sont attendus jusqu’à jeudi près de 2 000 experts venus de 120 pays.

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Les six fusées décolleront du centre spatial guyanais de Kourou pour le compte d’Amazon Leo. Sous ce nom, adopté en novembre 2025 en remplacement de Project Kuiper, le groupe de Seattle déploie des milliers de petits satellites destinés à fournir un accès à internet depuis l’espace, y compris dans les zones que la fibre et les antennes-relais ne couvrent pas. Le service vise le même marché que Starlink, la constellation d’Elon Musk. Arianespace, la société d’Évry qui opérera ces vols, est la filiale commerciale de la coentreprise formée par Airbus et Safran.

Amazon porte ainsi à vingt-quatre le nombre de lancements qu’il a réservés depuis la Guyane, selon un calendrier étalé jusqu’à l’horizon 2031. Le groupe de Jeff Bezos était déjà le premier client d’Arianespace en volume. Sa commande précédente datait de 2022. Quatre années sans nouvelle signature, refermées mercredi.

Un fauteuil vide au nom d’Elon Musk

Plusieurs entreprises spatiales américaines ont renoncé à venir au Grand Palais après les appels au boycott relayés par un responsable de l’Office of Science and Technology Policy, le bureau scientifique de la Maison-Blanche. SpaceX et Blue Origin figurent parmi les absents. Le premier opérateur mondial de lancements commerciaux n’a envoyé personne dans la salle où se signaient les contrats.

Blue Origin appartient à Jeff Bezos, comme Amazon. Le même actionnaire a laissé sa société de fusées bouder le sommet pendant que sa filiale de télécommunications y confiait six missions à un opérateur européen. Blue Origin développe pourtant un lanceur lourd, New Glenn, qui vise les mêmes clients qu’Ariane 6.

Des grands opérateurs américains de constellations, Amazon Leo est le seul à avoir fait le déplacement. Il en repart avec la commande la plus étoffée annoncée cette semaine par Arianespace, six vols sur les dix rendus publics.

Le 30 juillet 2029 n’a pas bougé

Amazon Leo revendiquait début septembre environ 392 satellites lancés, tous lanceurs confondus, dont 315 déjà opérationnels sur leur orbite de travail. Le 10 février 2026, la Federal Communications Commission, qui délivre aux États-Unis les autorisations d’exploitation des fréquences, a validé une extension baptisée « Gen2 », qui autorise Amazon à porter sa constellation à environ 7 700 satellites.

Ces autorisations s’accompagnent d’un calendrier contraignant. Amazon a déjà manqué une échéance intermédiaire. Début juin 2026, le groupe a obtenu de la FCC un report de l’obligation qui lui imposait 1 616 satellites en orbite à la fin du mois de juillet 2026, faute de fusées disponibles en nombre suffisant. Le régulateur n’a pas touché à la date butoir finale, fixée au 30 juillet 2029.

Amazon a par ailleurs élargi début septembre l’accord passé en février 2026 avec l’opérateur télécoms américain AT&T, en y ajoutant des services de secours par satellite pour les entreprises dont les liaisons terrestres tombent en panne. Trois cent quinze satellites en service, 7 700 autorisés, et moins de trois ans pour combler l’écart. Les six Ariane 64 réservées mercredi à Paris sont autant de créneaux gagnés sur cette échéance.

Cinq fusées, dont celle du concurrent

Amazon Leo fait voler ses satellites sur des Ariane 6, sur les Atlas V de l’américain United Launch Alliance et sur les Falcon 9 de SpaceX. Le groupe de Jeff Bezos paie donc son concurrent direct sur le marché de l’internet par satellite pour mettre ses propres engins en orbite.

« Nous avons quatre fournisseurs de lancement et cinq fusées différentes, mais nos partenaires en France ont été extraordinaires pour nous aider à accélérer le rythme », a déclaré Panos Panay, patron des produits et services d’Amazon, aux Échos, en marge du salon VivaTech, plusieurs mois avant la signature parisienne. Le dirigeant avait indiqué à la même occasion qu’Arianespace revêtait « une importance capitale » pour son groupe, et que les deux dernières années s’étaient déroulées « de manière presque parfaite ».

Les six missions signées mercredi renforcent la part européenne de ce portefeuille sans en modifier le principe. Quand un prestataire prend du retard, Amazon bascule ses satellites sur un autre et poursuit le déploiement. Arianespace y gagne un client de premier rang, et y demeure remplaçable.

Cent satellites en moins de cinq mois

Arianespace a réalisé trois missions Ariane 6 pour Amazon Leo depuis le début de l’année, qui ont placé une centaine de satellites en orbite en moins de cinq mois. C’est cette régularité, davantage qu’une négociation tarifaire, qui a ramené le client américain à la table du Grand Palais.

La société d’Évry a par ailleurs annoncé cette semaine quatre autres lancements, pour des opérateurs européens et internationaux dont elle n’a pas dévoilé l’identité. Amazon reste, de très loin, son premier client.

Une centaine de satellites Leo mis en orbite par Ariane 6 en cinq mois. Sur la même période, les Falcon 9 de SpaceX en ont emporté davantage pour le compte du même Amazon, en plus de leurs propres satellites Starlink. Le client américain attend d’Arianespace qu’il resserre l’écart, ce qui suppose que le lanceur européen vole plus souvent.

Le nombre de vols d’Ariane 6 dépend de ce que les usines européennes savent produire, et elles ne livrent aujourd’hui que onze fusées par an. L’Agence spatiale européenne étudie les moyens de porter cette cadence à vingt lancements annuels avant 2030.

La France, l’Allemagne et l’Italie ont négocié à Séville, en novembre 2023, les conditions financières de cette montée en puissance. Les trois États se sont engagés à verser jusqu’à 340 millions d’euros d’argent public par an jusqu’en 2030. Les industriels du lanceur doivent en contrepartie réduire de 11 % son coût de fabrication.

Amazon attend désormais vingt-quatre lancements d’ici à 2031, dont les six commandés mercredi, et quatre autres clients ont signé cette semaine.



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