Afficher le sommaire Masquer le sommaire
- Lens a payé 27 millions pour ses murs
- À Décines, le propriétaire n’est pas tout à fait l’OL
- Le PSG loge chez la Ville de Paris depuis 1974
- Quinze ans au Vélodrome, zéro mètre carré
- Le stade de Lille appartient d’abord à un contrat
- Au Havre, c’est la métropole qui vote le nom
- Ce que coûte un stade qu’on ne possède pas
En Ligue 1, l’immense majorité des clubs sont locataires : d’une ville, d’une métropole, d’une principauté, parfois d’une entreprise privée chargée du bâtiment. Deux d’entre eux ont pris le contrôle de leur enceinte et découvrent ce que coûte un stade quand plus personne ne paie l’entretien à leur place. À Paris, la discussion sur le Parc des Princes dure encore.
A LIRE AUSSI
Football : Franck McCourt prêt à brader l’Olympique de Marseille
Lens a payé 27 millions pour ses murs
Le 14 décembre 2025, le RC Lens a signé chez le notaire l’acte qui lui transfère la propriété du stade Bollaert-Delelis, détenu jusque-là par la Ville de Lens. Le club a versé 27 millions d’euros à la municipalité. Joseph Oughourlian, président et actionnaire majoritaire du RC Lens, a annoncé la signature avant la réception de l’OGC Nice.
Le conseil municipal avait autorisé la vente le 21 mai 2025, sept mois avant l’acte. Les services des Domaines, l’administration qui évalue les biens que les collectivités mettent sur le marché, avaient retenu une valeur de 54 millions d’euros. Le club a donc acquis l’enceinte pour la moitié de ce montant.
La convention de vente interdit au RC Lens de céder le nom commercial de Bollaert-Delelis pendant vingt ans. Elle lui impose aussi le maintien de la tribune Marek. La Ville a vendu les murs en gardant la main sur ce qui s’y inscrit.
Le club louait jusqu’alors son stade à la municipalité. Depuis l’acte de décembre, il ne verse plus de loyer et encaisse directement les recettes que produit le bâtiment. L’entretien courant et les investissements à venir sont passés du budget de la Ville au sien.
Neuf mois plus tard, aucun autre club de Ligue 1 n’a annoncé d’achat comparable.
À Décines, le propriétaire n’est pas tout à fait l’OL
Le Groupama Stadium a ouvert le 9 janvier 2016 à Décines-Charpieu, près de Lyon. L’enceinte compte 59 186 places. Eagle Football Group, la société qui détient l’Olympique lyonnais, détient également le stade et le complexe OL Vallée qui l’entoure. Le titre de propriété porte le nom du groupe actionnaire, pas celui du club qui joue dedans.
En décembre 2025, Eagle Football Group et ThrillStage ont prolongé jusqu’en 2037 leur accord sur les concerts et les spectacles organisés dans l’enceinte. Le groupe lyonnais remplit ainsi le calendrier des soirs sans football, auxquels s’ajoutent les événements d’entreprise.
Eagle Football Group a indiqué en mai 2026 que l’OL restait dans une « situation financière critique », malgré une amélioration de ses performances opérationnelles. Le groupe finance seul la maintenance de l’équipement et les investissements qu’il réclame.
En avril 2026, la Métropole de Lyon, la Ville de Lyon et OL SASU ont déposé une candidature commune pour accueillir les demi-finales du Top 14 en 2028. Le dossier métropolitain désigne OL SASU, société du groupe lyonnais, comme le gestionnaire du Groupama Stadium, l’entité qui en organise l’utilisation quotidienne. Deux collectivités cosignent donc un dossier portant sur un stade privé.
Le PSG loge chez la Ville de Paris depuis 1974
La Ville de Paris possède le Parc des Princes. Le Paris Saint-Germain y joue ses matchs à domicile depuis 1974 et n’en a jamais détenu les murs.
Le 25 juin 2026, la mairie de Paris, le club et la mairie du 16e arrondissement ont tenu un comité de pilotage consacré à l’avenir du stade et de ses abords. Deux sujets y ont été examinés : ce que le bâtiment pourrait devenir, et le cadre juridique qui autorise le PSG à l’utiliser.
Aucune vente n’avait été annoncée au 7 septembre 2026.
Le second club professionnel de la capitale joue à quelques dizaines de mètres. Le Paris FC évolue au stade Jean-Bouin, voisin immédiat du Parc des Princes. La Ville de Paris présente les deux enceintes comme les stades de ses deux clubs professionnels, sans qu’aucun document public ne désigne l’entité juridique propriétaire de Jean-Bouin.
Quinze ans au Vélodrome, zéro mètre carré
Le 18 décembre 2025, l’Olympique de Marseille a conclu avec la Ville de Marseille une convention d’occupation de quinze ans portant sur le stade alors nommé Orange Vélodrome. Le club peut y jouer jusqu’en 2040. Le texte ne lui transfère aucun droit de propriété.
La convention autorise l’OM à organiser dans l’enceinte les activités commerciales qu’elle prévoit. La municipalité conserve le bâtiment et l’arbitrage sur ce qui s’y installe.
Le 2 juillet 2026, l’Orange Vélodrome est devenu le CEPAC Vélodrome. L’entreprise CEPAC a succédé à Orange comme partenaire de naming, ce contrat par lequel une société associe son nom à celui d’un équipement pour une durée déterminée. La Ville de Marseille demeure propriétaire du stade dont l’enseigne a changé.
Entre la collectivité et le club se glissent parfois des sociétés créées pour le chantier. La rénovation du Vélodrome, achevée en 2014, a associé la Ville de Marseille, Arema et Bouygues Bâtiment Sud-Est. Bouygues Construction présente Arema comme le client des travaux menés entre 2011 et 2014.
Le stade de Lille appartient d’abord à un contrat
Le Stade Pierre-Mauroy a ouvert en 2012 à Villeneuve-d’Ascq. La Métropole européenne de Lille en a confié la construction, l’entretien et l’exploitation à Eiffage dans le cadre d’un partenariat public-privé, un montage par lequel une entreprise privée finance et gère un équipement public sur une longue durée, contre un paiement annuel de la collectivité.
La MEL verse environ 15 millions d’euros par an à Eiffage. Le contrat court jusqu’en 2043.
Le LOSC arrive au bout de cette chaîne. Il joue dans l’enceinte sans détenir ni les murs ni le contrat qui en organise l’usage.
Au Havre, c’est la métropole qui vote le nom
Le 18 juin 2026, Le Havre Seine Métropole a approuvé le changement de nom du Stade Océane, rebaptisé Stade CMA CGM Océane. La communauté urbaine possède l’équipement où joue Le Havre AC, et le vote lui revenait à ce titre.
À Strasbourg, la Ville et l’Eurométropole ont inauguré le 12 septembre 2025 la tribune sud rénovée de la Meinau, avec les représentants du Racing Club de Strasbourg Alsace. Les deux collectivités ont financé et conduit les travaux. La propriété exacte du stade figure dans des documents patrimoniaux qu’elles n’ont pas rendus publics ; le Racing y dispute ses matchs.
La Ville de Nice possède l’Allianz Riviera, où évolue l’OGC Nice. La Ville de Toulouse détient le Stadium, celle de Brest le stade Francis-Le Blé, celle d’Angers le stade Raymond-Kopa, et le stade Louis-II relève du patrimoine de la Principauté de Monaco.
Ce que coûte un stade qu’on ne possède pas
Les redevances versées par les clubs professionnels à leurs propriétaires publics ne correspondent pas toujours au coût réel des équipements qu’ils occupent. Collectivités et clubs rouvrent ce dossier à chaque renégociation de convention.
À Lille, la MEL paie 15 millions d’euros par an jusqu’en 2043 pour un stade que le LOSC utilise sans en détenir une part. La Ville de Lens a cédé un bien évalué 54 millions d’euros contre 27 millions d’euros. Marseille a concédé quinze ans d’occupation en gardant le bâtiment à son bilan.
La signature lensoise du 14 décembre 2025 ouvre un précédent que d’autres municipalités peuvent examiner. Vendre un stade transfère au club les frais d’entretien et les travaux de mise aux normes que les compétitions imposent aux enceintes.
Reste Paris. Les conditions juridiques d’utilisation du Parc des Princes par le PSG étaient encore à l’étude le 25 juin 2026, et rien n’a été arbitré à ce jour.


