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- Poings levés sur le court Philippe-Chatrier
- Ce que vaut une neutralité de 65 872 dirigeants
- Une maison de 1829 et 242 sites en France
- De l’Ain à la présidence : quinze ans d’ascension
- Zucman réplique sur X le 27 août
- Des parlementaires en « actionnaires activistes »
- MaPrimeRénov’ et la trente-huitième loi
- Une usine iséroise et des carburants pour missiles
- « Les apprentis ne sont pas payés au SMIC »
- Ce que Binet et Léon lui reprochent
Il dirige depuis Bourg-en-Bresse un distributeur de tuyaux et d’acier fondé sous Charles X. Trois ans après son élection à la tête du Medef, il a fait de son organisation un passage obligé pour ceux qui veulent gouverner la France. Il se garde de dire lequel d’entre eux a sa préférence. C’est ce qui le rend précieux à chacun.
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Poings levés sur le court Philippe-Chatrier
Patrick Martin est entré sur le court Philippe-Chatrier les poings levés, au son de « Du courage », de la Grande Sophie. Mercredi 26 août 2026, le président du Medef, la principale organisation patronale française, ouvrait ainsi la REF, son université d’été, installée pour deux jours au stade Roland-Garros. L’édition a réuni 20 000 participants, contre 15 000 l’an dernier, selon plusieurs titres de presse dont Le Figaro et Le Dauphiné Libéré.
Dans son discours, il a dénoncé « l’explosion de la dette » et le chômage des jeunes, avant d’avancer un chiffre : 70 000 entreprises placées en procédure collective, redressement ou liquidation judiciaire, sur la dernière année. Il a conclu par un avertissement adressé à la classe politique. « Ne nous sous-estimez pas », a-t-il déclaré.
Le jeudi 27 août, sept candidats ou prétendants à l’Élysée se sont succédé face à des chefs d’entreprise, dans un débat diffusé sur LCI : Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et Marine Tondelier. Ils ont eu à traiter de la dette, de la réindustrialisation et de la fiscalité. Le Medef avait fixé l’ordre du jour. À neuf mois du premier tour, le premier face-à-face public entre les principaux prétendants s’est tenu sur un court de tennis loué par une organisation patronale.
Ce que vaut une neutralité de 65 872 dirigeants
Interrogé sur un éventuel soutien à l’un des sept, Patrick Martin s’y est refusé, faute de connaître le détail des programmes. Il a annoncé dans le même mouvement que le Medef serait « très présent » dans la campagne à venir. D’ici au printemps, les prétendants devront donc continuer à venir plaider leur dossier sans savoir ce qu’ils en retireront.
Le Medef n’a pas convoqué la classe politique les mains vides. L’organisation a dévoilé à Roland-Garros une consultation OpinionWay menée auprès de 65 872 dirigeants, dont 82 % se disent pessimistes quant aux effets de la politique économique du futur président, et 29 % « très pessimistes ». Les sondages publiés pendant une campagne présidentielle reposent d’ordinaire sur un échantillon d’un millier de personnes ; le Medef en a interrogé soixante-cinq fois plus.
Les dirigeants interrogés réclament pour 75 % d’entre eux une simplification effective des normes et des procédures administratives, et pour 83 % une réduction des charges patronales et de l’impôt sur les sociétés. Les deux chiffres constituent le cahier des charges que Patrick Martin présentera aux candidats jusqu’en mai. Il parle au nom d’une organisation qu’il revendique forte de 240 000 entreprises adhérentes et 12 millions de salariés.
Une maison de 1829 et 242 sites en France
Patrick Martin est né le 3 mars 1960 et a grandi à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain, au sein d’une famille d’industriels. Il obtient une licence de droit à l’université Panthéon-Assas, passe par Sciences Po Paris puis par l’ESSEC, où il croise Geoffroy Roux de Bézieux, son futur prédécesseur à la tête du Medef. Il effectue son service national comme officier de réserve dans l’infanterie héliportée, avant de rejoindre le Crédit national, devenu depuis Natixis.
En 1987, il intègre l’entreprise familiale, Martin Belaysoud Expansion, fondée en 1829. Il en est aujourd’hui l’actionnaire majoritaire et le président. Il a consolidé cette position en 2014, à l’issue d’un conflit d’actionnaires porté devant le tribunal de commerce de Lyon, qui l’opposait à son frère Jean-Christophe sur le rachat de 4,75 % des parts.
Le groupe distribue du matériel pour le bâtiment et l’industrie sous huit enseignes, parmi lesquelles Tereva, Néd, Mabéo Industries et Crossroad Aciers. Son rapport RSE 2025 fait état de 2 930 collaborateurs répartis sur 242 sites en France, pour un chiffre d’affaires de 1,04 milliard d’euros. L’entreprise entre dans la catégorie des ETI, ces sociétés de 250 à 4 999 salariés qui se situent entre les PME et les grands groupes. Son dirigeant emploie 2 930 personnes et parle au nom de 12 millions de salariés.
Challenges classe la famille, référencée sous le nom « Bradley-Martin », au 387e rang des 500 plus grandes fortunes de France en 2026, avec un patrimoine évalué à environ 375 millions d’euros. Patrick Martin a été fait chevalier de la Légion d’honneur en 2021, au titre de président de son groupe familial, de président délégué du Medef et de trente-huit années de services. Marié à une ressortissante néerlandaise, il est père de trois filles.
De l’Ain à la présidence : quinze ans d’ascension
Sa biographie officielle publiée par le Medef fait état d’un parcours entamé loin de Paris. Il préside le Medef de l’Ain de 2003 à 2007, le Medef Rhône-Alpes de 2006 à 2011, puis le Medef Auvergne-Rhône-Alpes de 2016 à 2018.
En 2018, il se porte candidat à la présidence nationale, puis se désiste au profit de Geoffroy Roux de Bézieux. Celui-ci le nomme dans la foulée président délégué. Il occupe ce poste de numéro deux pendant cinq ans.
Le 6 juillet 2023, il est élu à la présidence du Medef avec 73,18 % des voix, face à sa concurrente Dominique Carlac’h, pour un mandat de cinq ans. Ses prédécesseurs à ce poste dirigeaient des multinationales cotées en Bourse. Lui a passé quinze ans, entre 2003 et 2018, dans les fédérations départementales et régionales avant d’accéder au siège national. Ses contradicteurs peuvent difficilement réduire ses positions à celles du CAC 40, argument qu’il fera valoir pendant les neuf mois qui viennent.
Zucman réplique sur X le 27 août
Patrick Martin a qualifié le projet de budget 2026 de « suicidaire », dénonçant jusqu’à 53 milliards d’euros d’impôts supplémentaires envisagés pour les entreprises. Il a appelé le Sénat à « enrayer la machine infernale » votée à l’Assemblée nationale. Le président du Medef s’adressait alors à une chambre précise, pour obtenir la réécriture d’un texte en cours d’examen.
Sa cible privilégiée reste la taxe portée par l’économiste Gabriel Zucman, qui propose d’imposer les plus grandes fortunes à un taux plancher sur l’ensemble de leur patrimoine. Dans un entretien au Sunday Times, Patrick Martin l’a désignée comme une « spoliation ». À la tribune de la REF 2026, il a parlé d’un « hold-up intellectuel et politique ».
L’économiste lui a répondu directement sur X le 27 août, retournant l’accusation contre le patronat. Il s’est appuyé sur des données de l’Insee selon lesquelles le taux effectif d’imposition des grandes entreprises, ce qu’elles paient réellement une fois déduites niches et exonérations, à distinguer du taux affiché dans la loi, serait passé de 19,3 % en 2016 à 14,3 % en 2022, pour un manque à gagner qu’il estime à 20 milliards d’euros par an. L’échange s’est tenu le jour même du débat entre les sept prétendants, sur le dossier que Patrick Martin avait inscrit à leur ordre du jour.
Des parlementaires en « actionnaires activistes »
Sur les retraites, Patrick Martin défend un report de l’âge légal à 65 ans et le développement de la capitalisation pour les salariés du privé, c’est-à-dire une part d’épargne placée sur les marchés en complément du système par répartition, où les cotisations des actifs paient les pensions des retraités. Il a qualifié de « cadeau empoisonné » la suspension de la réforme voulue par le gouvernement du Premier ministre Sébastien Lecornu. La suspension repousse le dossier au-delà du scrutin : les deux demandes du Medef s’adressent désormais au successeur d’Emmanuel Macron.
Il a comparé les parlementaires responsables du blocage à des « actionnaires activistes ». Dans une entreprise, ces investisseurs minoritaires acquièrent quelques parts pour contester publiquement la stratégie du dirigeant. Patrick Martin place les députés dans ce rôle.
MaPrimeRénov’ et la trente-huitième loi
À Roland-Garros, Patrick Martin a cité « la 38e loi de simplification » et les versions successives de MaPrimeRénov’, l’aide publique à la rénovation énergétique des logements, comme preuves de l’incapacité de l’État à alléger la vie des entreprises. Le texte visé porte le numéro 2026-403. Promulguée le 26 mai 2026, publiée au Journal officiel du 27 mai pour une entrée en vigueur générale au 28 mai, la loi de simplification de la vie économique compte 84 articles répartis en douze titres.
Elle crée un Conseil de la simplification pour les entreprises et un « test entreprises » destiné à mesurer l’impact de chaque nouvelle norme avant son adoption. Deux dispositifs que le patronat réclamait, désormais inscrits dans le droit. Trois mois plus tard, Patrick Martin en fait un objet de raillerie devant 20 000 personnes, mesure de ce qu’il considère comme un acquis insuffisant.
Le Conseil constitutionnel avait censuré, le 21 mai 2026, une trentaine d’articles pour « cavaliers législatifs », c’est-à-dire des dispositions sans rapport avec l’objet du texte, glissées en cours de navette parlementaire. Des députés de gauche contestent par ailleurs la loi, où ils voient des reculs déguisés sur l’information des salariés en cas de cession d’entreprise. Les 75 % de dirigeants qui réclament une simplification effective, dans la consultation d’août, se prononçaient sur un texte vieux de trois mois.
Une usine iséroise et des carburants pour missiles
Auditionné en mai 2025 par la commission des affaires économiques du Sénat, Patrick Martin a dénoncé « l’inconscience coupable » de la France et de l’Europe sur la chimie et la sidérurgie, deux secteurs qu’il juge indispensables à l’effort de réarmement. Il a cité la fermeture d’une usine iséroise produisant des sels entrant dans la composition de carburants pour missiles français.
En juin 2026, le Medef a consacré au sujet une session intitulée « La REF Souveraineté ». Patrick Martin plaide désormais pour des capacités militaires autant que pour des allègements de charges. Deux mois plus tard, la réindustrialisation figurait parmi les trois thèmes imposés aux sept prétendants à l’Élysée.
« Les apprentis ne sont pas payés au SMIC »
Début 2026, Patrick Martin a porté une proposition de « CDI jeunes » réservé aux jeunes éloignés de l’emploi, assortie d’une possibilité de rémunération sous le SMIC et d’une période d’essai pouvant s’étendre sur plusieurs années. Le code du travail plafonne aujourd’hui cette période à huit mois pour un cadre, renouvellement compris.
Depuis Toulouse, il a défendu sa proposition par analogie avec l’apprentissage. « Jusqu’à preuve du contraire, les apprentis ne sont pas payés au SMIC et personne ne s’en émeut », a-t-il déclaré. Il a ensuite qualifié de « surréaction » la réponse du gouvernement, et regretté qu’aucun autre acteur n’ait proposé d’alternative pour l’emploi des jeunes les plus éloignés du marché du travail.
La CGT y a vu une « déclaration de guerre contre la jeunesse ». Aucun dispositif de ce type n’a été inscrit dans la loi et le gouvernement s’en est publiquement démarqué. Patrick Martin a évoqué le chômage des jeunes à la tribune de Roland-Garros, sans reprendre le mot « CDI jeunes ».
Ce que Binet et Léon lui reprochent
Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, et Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, reprochent publiquement à Patrick Martin de ne pas rendre de comptes sur la politique salariale. Il rejette l’accusation. « Les patrons ont joué le jeu », a-t-il indiqué.
Des journalistes et des syndicalistes s’en prennent aussi au contenu de la REF. Un blog publié sur Mediapart et consacré à l’édition 2026 juge le programme patronal pauvre sur les enjeux environnementaux et sociaux. Le mensuel syndical La Vie Ouvrière écrit que ce « courage » consisterait surtout « à demander des efforts aux autres », reprise du titre de la chanson diffusée à l’entrée du président du Medef sur le court.
Patrick Martin s’est dit prêt à travailler avec un pouvoir RN ou LFI si les Français en décidaient ainsi. « Nous sommes républicains et nous travaillerons avec ceux que les Français auront portés aux responsabilités, que cela nous plaise ou non », a-t-il déclaré. Il avait déjà procédé ainsi en septembre 2024 : face au Premier ministre Michel Barnier, il s’était dit ouvert à une hausse temporaire de la fiscalité des entreprises, en échange d’économies budgétaires. Quel que soit le vainqueur de mai, le patron de Martin Belaysoud Expansion aura un rendez-vous à demander.


