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Il a fallu trois jours. Trois jours entre la diffusion, mercredi soir, de la chronique de Pierre Metzger dans La Riposte et le communiqué de Radio Nova (propriété du banqiuer Matthieu Pigasse) samedi, assurant que ces propos ne reflétaient « ni les valeurs ni la ligne éditoriale » de la station. Entre-temps, la vidéo a circulé, les adresses supposées de Bernard Arnault et de Vincent Bolloré ont été prononcées devant un public, et un humoriste a pu suggérer, sous les rires, de passer une corde au cou d’un homme et de « tirer dans la tête » des dirigeants du Medef.
Radio Nova a retiré la séquence et convoque lundi les producteurs de l’émission. C’est le minimum. Ce n’est pas une réponse.
L’humour n’efface pas l’adresse
Les défenseurs de Pierre Metzger plaideront le second degré, la satire sociale, la tradition française de l’irrévérence envers les puissants. L’argument mérite d’être entendu, parce que la caricature des grandes fortunes est un genre légitime et que l’humour politique n’a jamais eu vocation à être aimable.
Mais une adresse n’est pas une blague. Associer le domicile d’une personne, même bipé, à une invitation lancée à des manifestants de s’y rendre, puis à l’image d’un « petit nœud de cravate coulissant », ce n’est plus de la caricature. C’est désigner une cible. Le bip technique n’y change rien : il signale seulement que quelqu’un, en régie, avait compris que la séquence posait problème. La question devient alors simple. Si l’on jugeait nécessaire de masquer les adresses, pourquoi a-t-on laissé passer le reste ?
L’émission était enregistrée. Elle n’a pas surpris sa chaîne en direct. Quelqu’un a écouté, coupé, puis validé.
Une liberté qui suppose un responsable
Radio Nova rappelle dans son communiqué que « la liberté d’expression est un principe fondamental » et que « le refus de la violence l’est tout autant ». La phrase est juste. Elle a pourtant un défaut : elle place la station en observatrice d’une dérive dont elle est l’éditrice.
Un média ne se contente pas d’héberger des voix. Il choisit ce qu’il diffuse, et il en répond. Retirer une vidéo après coup revient à constater que la décision de la publier était mauvaise, sans dire qui l’a prise ni pourquoi. Les auditeurs, comme les personnes visées, sont en droit d’attendre davantage qu’un regret formulé à l’AFP.
La récidive comme symptôme
Le plus troublant tient au calendrier. Début 2026, La Riposte s’était déjà retrouvée au centre d’une polémique avec un sketch reprenant une rumeur transphobe visant Brigitte Macron et ironisant sur le supposé « contrôle » exercé par les juifs sur le cinéma. Akim Omiri s’était défendu de tout antisémitisme. La station avait alors laissé l’émission poursuivre sa route.
Dix mois plus tard, la même émission franchit une autre ligne. Une erreur isolée relève de l’accident. Deux controverses de cette ampleur dans la même année révèlent une méthode, ou au moins une absence de méthode. Soit la direction de Radio Nova ignore ce que produit l’une de ses émissions, soit elle le sait et choisit de réagir seulement quand la polémique éclate. Aucune des deux hypothèses n’est rassurante.
Ce que la réunion de lundi devra trancher
Radio Nova promet de réunir les producteurs « pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise ». Cette formule a déjà servi ailleurs, souvent sans suite. Pour qu’elle ait un sens, la station devra dire clairement où passe la frontière entre l’humour qui dérange et le propos qui expose, et qui, dans la chaîne de fabrication, a le pouvoir et le devoir de l’arrêter.
Radio Nova s’est construite sur une liberté de ton qui a fait sa réputation. Cette liberté vaut d’être défendue. Elle ne survivra pas longtemps si la station continue de découvrir ce qu’elle diffuse en lisant les dépêches.


