Pascal Praud et Patrick Cohen, la guerre ouverte

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Mardi 22 septembre, Pascal Praud, animateur de L’heure des pros sur CNews, a promis de dresser chaque matin la liste des personnalités mobilisées contre le Rassemblement national (RN). Patrick Cohen, éditorialiste de France Inter, y a lu une liste d’opposants, et la rivalité entre les deux antennes a pris un tour personnel. CNews, condamnée à une amende de 200 000 euros par l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel, à l’été 2025, réclame à présent que celui-ci se penche sur la radio publique. Pascal Praud envisage même de porter l’affrontement sur France Inter, à 7 h 50, au micro de Benjamin Duhamel.

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« Bras armé » contre « France insoumise »

Mercredi 23 septembre, dans la matinale de France Inter, la tranche d’information du matin, Patrick Cohen a consacré son billet quotidien à Pascal Praud. L’éditorialiste accuse les médias contrôlés par l’industriel Vincent Bolloré, dont CNews, chaîne d’information du groupe Canal+, d’être devenus le « bras armé » de l’extrême droite après en avoir longtemps assuré la promotion. Il vise ensuite son confrère nommément. En recensant ses opposants, Pascal Praud « endosse la marotte historique de l’extrême droite » et « dresse des listes », accuse-t-il, pour séparer un « vrai peuple » de ses contempteurs. Le parallèle historique est lourd, et Patrick Cohen le prolonge par une question adressée au gendarme de l’audiovisuel : « Y a-t-il encore une autorité de régulation dans la salle ? »

La chronique parvient à Pascal Praud en pleine préparation de son émission. L’animateur en fait l’ouverture de L’heure des pros, l’après-midi même. Il dénonce un « édito d’une violence absolument inouïe » et des confrères qui « perdent leurs nerfs » et « ont basculé dans l’irrationnel ». Puis il retourne l’accusation de militantisme contre la station publique :

« France Inter, c’est La France insoumise. […] Cette dérive alarmante nous rappelle pour quelle raison la loi interdit, normalement, l’existence de médias d’opinion », affirme le présentateur vedette de CNews.

Aucun texte n’interdit les médias d’opinion en tant que tels. La loi du 30 septembre 1986 et les conventions que chaque chaîne signe avec le régulateur en échange de sa fréquence imposent aux télévisions et aux radios des obligations d’honnêteté de l’information et de pluralisme, c’est-à-dire d’expression équilibrée des différents courants de pensée. Le service public y ajoute les siennes. Pascal Praud insiste sur ce point : France Inter est financée « par nos impôts ». Il attribue l’attaque à la fébrilité d’une station « très ennuyée » par de récentes polémiques, sans préciser lesquelles, et réclame à son tour l’arbitrage de l’Arcom. Sur le plateau, le chroniqueur Éric Naulleau juge les propos de Patrick Cohen « infamants et diffamatoires ».

Les deux réquisitoires suivent le même dessin. Chacun des deux hommes désigne l’autre comme l’auxiliaire d’un parti : l’extrême droite pour Patrick Cohen, La France insoumise pour Pascal Praud. Chacun se tourne ensuite vers le régulateur. En une journée, les deux journalistes ont transporté leur désaccord éditorial devant l’autorité chargée de vérifier que l’adversaire respecte ses obligations légales.

Le « point quotidien », étincelle du conflit

Ces accusations croisées sont nées d’une promesse faite en direct la veille. Mardi 22 septembre, Pascal Praud réagissait aux prises de position de plusieurs personnalités contre le RN : l’humoriste Paul Mirabel dans Quotidien, l’émission de TMC, l’actrice Adèle Exarchopoulos et le journaliste Jean-Michel Aphatie. L’animateur s’est alors engagé devant ses téléspectateurs à faire chaque matin le point sur les figures publiques mobilisées contre le parti de Marine Le Pen. Le lendemain, il maintenait l’intégralité de ses propos sur le judoka Teddy Riner, Adèle Exarchopoulos et Paul Mirabel, sur lesquels il n’y a, selon lui, « rien à redire ».

Ce rendez-vous annoncé, Patrick Cohen le décrit comme une entreprise de dissuasion. S’exprimer contre l’extrême droite reste possible, argue-t-il, mais « n’est plus sans risque ». Les personnalités qui s’y risquent, comme Teddy Riner ou le footballeur Kylian Mbappé, sont selon lui « invariablement moquées, dénigrées, dévaluées » et exposées à « des torrents d’insultes » sur les réseaux sociaux.

Le même geste reçoit ainsi deux descriptions. Pascal Praud défend une revue critique de déclarations publiques. Patrick Cohen y voit un recensement qui intimide. La périodicité promise explique le choix de son mot : un point quotidien consacré à des noms tient de la rubrique, et l’éditorialiste l’a baptisé « listes ».

Face à l’Arcom, le passif de CNews

Cet appel au régulateur prend un relief particulier venant de CNews. La chaîne est d’ordinaire la cible des critiques sur le respect du pluralisme, et son dossier devant l’Arcom est chargé. Durant l’été 2025, l’autorité lui a infligé une amende de 200 000 euros pour des séquences d’incitation à la haine. Elle l’a aussi mise en demeure à deux reprises, un avertissement formel qui précède la sanction, pour manque d’honnêteté et non-respect de la diversité des opinions.

Pascal Praud exige donc la neutralité d’une station payée par le contribuable, alors que sa propre chaîne a été rappelée à l’ordre par le même arbitre, sur ce même terrain du pluralisme.

Éric Naulleau voudrait aller plus loin. Les propos de Patrick Cohen tombent selon lui « sous la juridiction tout court et pas seulement de l’Arcom ». Un avocat présent sur le plateau a aussitôt nuancé les chances d’une suite judiciaire, au nom de la liberté d’expression. Ni CNews ni Pascal Praud n’ont annoncé de plainte. L’animateur a préféré évoquer un autre terrain d’affrontement.

Rendez-vous à 7 h 50 sur France Inter

Ce terrain se trouve chez l’adversaire. Pascal Praud a révélé qu’il envisageait de répondre aux invitations, répétées selon lui, de Benjamin Duhamel, qui reçoit l’invité de 7 h 50 dans la matinale de France Inter. S’il se confirme, ce face-à-face se tiendrait sur l’antenne même que l’animateur assimile à La France insoumise. Il aurait lieu dans la tranche où Patrick Cohen a ouvert les hostilités mercredi matin.



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