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Selon le site d’information Mediapart, Jean-Emmanuel Casalta, PDG de Public Sénat, a déclaré 11 827 euros de frais liés à des voyages en Corse, où il réside, soit plus de 40 % de ses frais professionnels. Les journalistes de la chaîne parlementaire, dont les propres frais sont « scrutés à la loupe » selon le Syndicat national des journalistes, contestent depuis deux semaines les explications de leur dirigeant. Gérard Larcher, président du Sénat, a demandé que celui-ci soit entendu le 20 octobre par le conseil de questure, qui gère les finances de la Haute Assemblée.
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Les salariés de Public Sénat se réunissent lundi 12 octobre en assemblée générale. Ils doivent y examiner les explications que leur PDG, Jean-Emmanuel Casalta, a livrées jeudi 8 octobre devant le comité social et économique (CSE, l’instance représentative du personnel), convoqué en séance extraordinaire. Selon des participants interrogés par Le Monde, le dirigeant y a repris pour l’essentiel les arguments qu’il avait exposés aux équipes le 30 septembre. Après deux réunions, la rédaction attend toujours une réponse à la question qui domine désormais l’affaire : à quelle date l’argent a-t-il été remboursé ?
Tout est parti d’une enquête de Mediapart, publiée le dimanche 27 septembre. Le site y examine les frais professionnels de Jean-Emmanuel Casalta, à la tête de Public Sénat depuis le 24 janvier 2025. Il l’accuse d’avoir imputé à son employeur des dépenses dont le caractère professionnel est contesté. Plusieurs sources internes à la chaîne ont confirmé ces éléments au Monde.
Face à ses équipes, le PDG a répondu sur le terrain comptable. Certaines dépenses personnelles, a-t-il expliqué selon plusieurs participants, ont pu transiter par la plateforme de réservation de Public Sénat avant qu’il ne les régularise lui-même. Ces remboursements interviendraient tous les six mois, d’après les propos qui lui sont prêtés. Jean-Emmanuel Casalta concède ainsi que la chaîne a pu avancer une partie de ses frais privés. Il soutient que l’argent est ensuite revenu dans ses caisses, à échéances régulières.
Une source au Sénat, citée par Le Monde, conteste ce calendrier. D’après elle, le PDG n’a pas effectué plusieurs remboursements semestriels. Il aurait procédé à un seul versement, en septembre, alors que Mediapart enquêtait déjà sur ses frais. Si cette version se confirme, Jean-Emmanuel Casalta a régularisé ses dépenses une fois l’enquête engagée, sans trace des échéances semestrielles qu’il a décrites aux salariés.
Le débat change alors d’objet. Les salariés s’interrogeaient sur le caractère professionnel d’une nuitée ou d’un billet d’avion. Ils se demandent désormais si ces sommes auraient été remboursées sans l’enquête de Mediapart. Les factures d’hôtel n’y répondent pas. Il faudrait, pour trancher, trois dates par dépense : celle où elle a été engagée, celle où son caractère personnel a été identifié et celle où elle a été remboursée.
Ni la direction de Public Sénat ni son PDG n’ont communiqué le relevé détaillé qui départagerait les deux versions. La direction n’a pas davantage rendu publique une procédure écrite autorisant ce système d’avance par la chaîne et de régularisation tous les six mois. Faute de ces documents, les salariés réunis lundi n’ont que la parole de leur PDG, que contredit une source au Sénat.
Un cinq-étoiles en Corse, une voiture à 1 080 euros
Les chiffres de Mediapart concernent d’abord la Corse. Selon le site, Jean-Emmanuel Casalta a déclaré 11 827 euros de frais liés à des voyages vers l’île, où se trouve sa résidence principale. Mediapart évalue leur poids à plus de 40 % de l’ensemble des frais professionnels enregistrés par le PDG depuis son arrivée. Le site affirme que certains allers-retours entre Paris et Ajaccio relevaient de déplacements personnels, ce que conteste l’intéressé.
Les hébergements soulèvent d’autres questions. Mediapart relève des nuitées qui ne coïncident pas exactement avec les dates des événements professionnels censés les justifier. D’autres se distinguent par leur coût, d’autres encore auraient pu profiter à une tierce personne. Le site cite des séjours dans des établissements haut de gamme à Lausanne, à La Rochelle et en Corse. RMC, qui a relayé l’enquête, mentionne une nuit facturée 321 euros dans un hôtel cinq étoiles corse et une voiture louée 1 080 euros pour trois jours à Aix-en-Provence. Aucun audit rendu public ni aucune décision de justice n’a, à ce jour, établi le caractère personnel ou injustifié de ces montants.
Ces dépenses, les salariés les ont repérées eux-mêmes. Jusqu’à ces dernières semaines, ils avaient un large accès aux informations enregistrées dans l’outil numérique interne consacré aux déplacements professionnels. Cet accès a depuis été restreint, sans que la direction ait précisé quand ni pourquoi. Les journalistes de Public Sénat ont donc lu les frais de leur dirigeant dans le logiciel qui gère les déplacements de la chaîne. Ils figurent ainsi parmi les premiers témoins d’une affaire qui les oppose aujourd’hui à leur PDG.
Une vérification étendue à trois ans de déplacements
À ces témoins, Jean-Emmanuel Casalta a opposé sa version des trajets corses lors de la réunion générale du 30 septembre. D’après plusieurs participants, il a affirmé payer lui-même ses déplacements privés entre Paris et Ajaccio, où vit sa famille. Public Sénat ne prendrait en charge que les trajets supplémentaires exigés par ses obligations professionnelles.
Le PDG bénéficie aussi d’une enveloppe de frais de représentation, destinée aux dépenses engagées pour représenter la chaîne à l’extérieur. Il a justifié certains déplacements en province par la recherche de partenariats pour Public Sénat.
Ce même 30 septembre, il a annoncé une autre mesure : l’examen des déplacements professionnels de l’ensemble des collaborateurs sur les trois dernières années. Plusieurs salariés disent y avoir vu une mesure d’intimidation. En une seule réunion, le dirigeant a défendu ses propres frais et lancé la vérification de ceux de ses équipes. Les salariés interrogeaient les dépenses d’un seul homme. Ils voient désormais les leurs passées au crible.
Le PDG a maintenu cette ligne le 8 octobre devant le CSE. La vérification qu’il a annoncée vise des équipes déjà soumises à un régime de frais strict.
La matinale du vendredi, supprimée de la grille
« Scrutés à la loupe » : c’est ainsi que Jérôme Rabier, journaliste de la chaîne et délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ), décrit le traitement réservé aux frais professionnels des journalistes. Chaque reporter doit justifier ses déplacements. C’est à cette aune que les salariés lisent la nuit à 321 euros ou la location à 1 080 euros.
La rigueur touche aussi l’antenne. Quelques mois avant les révélations, plusieurs programmes ont disparu de Public Sénat, dont la matinale du vendredi, l’émission du matin, retirée de la grille des programmes.
Les salariés mettent en parallèle ces efforts et les dépenses contestées de leur dirigeant. Les reporters appliquent une règle stricte à leurs propres frais, et c’est à cette même règle qu’ils mesurent ceux du PDG.
Au Sénat, rendez-vous le 20 octobre devant les questeurs
Cette règle encadre un argent presque entièrement public. Public Sénat tire environ 95 % de ses ressources de la dotation de l’État, fixée à 17,798 millions d’euros pour 2026, en hausse de 150 000 euros (0,85 %). Le Sénat reverse cette dotation à la chaîne et arrête son budget. Il lui revient aussi d’examiner les frais de son dirigeant.
Sollicitée sur le détail des dépenses, la direction de Public Sénat n’a pas souhaité faire de commentaire. Elle indique avoir suggéré au Sénat un audit consacré aux frais de déplacement et de transport. Le Sénat en a demandé la mise en œuvre. Gérard Larcher, réélu à la présidence de la Haute Assemblée le 1er octobre, a en outre exigé que Jean-Emmanuel Casalta soit entendu par le conseil de questure.
L’audition est fixée au 20 octobre. Le conseil de questure réunit les trois questeurs, les sénateurs chargés de la gestion matérielle, administrative et financière du Sénat sous le contrôle de son Bureau, l’instance qui dirige l’institution autour de son président. Sur proposition des questeurs, ce Bureau adopte notamment le projet de budget annuel de Public Sénat. Le PDG s’expliquera donc devant ceux-là mêmes qui préparent le budget de sa chaîne.
Le Sénat n’a rendu publics ni le périmètre de l’audit, ni son calendrier, ni l’identité de son auteur, ni ses garanties d’indépendance. Reste à savoir si les auditeurs vérifieront la seule conformité des justificatifs, ou aussi la finalité professionnelle des dépenses, leur procédure de validation et le calendrier des remboursements, ce point précis où la version du PDG est contestée.
« La plus grande transparence sur cette affaire » : c’est ce que réclament deux sénateurs, Yan Chantrel, élu des Français établis hors de France, et Thomas Dossus, élu du Rhône, dans une lettre adressée le 5 octobre à Gérard Larcher. Ils demandent que les notes de frais de Jean-Emmanuel Casalta soient transmises aux membres du conseil d’administration de Public Sénat. Ils souhaitent aussi que la commission spéciale chargée du contrôle des comptes et de l’évaluation interne du Sénat vérifie la conformité de ces dépenses aux règles de la chaîne, ainsi que la réalité et le calendrier de leur remboursement.
Cette commission, distincte du conseil de questure, examine les comptes du Sénat et contrôle la gestion des questeurs. Les deux élus réclament ainsi l’intervention de l’instance qui contrôle les questeurs eux-mêmes, alors que l’audit en cours a été suggéré par la direction mise en cause.
Le remboursement de septembre au cœur de l’audit
Quel que soit son périmètre, l’audit devra d’abord éclairer le point qui a fait basculer l’affaire. À ce stade, aucune qualification pénale n’a été retenue et aucune infraction n’est démontrée. Il reviendra aux auditeurs d’établir si des remboursements ont précédé celui de septembre, quels montants ils couvraient, et si la comptabilité de Public Sénat identifiait les dépenses personnelles comme telles avant leur régularisation. Jean-Emmanuel Casalta devra en répondre le 20 octobre, devant les questeurs.


