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Le SP95-E10 vient de battre son record de la guerre au Moyen-Orient, et rien n’indique qu’il s’agisse d’un plafond. Le prix du pétrole a encore progressé la semaine dernière, sans que ces cours soient déjà répercutés sur les panneaux des stations. Un seul distributeur bloque encore l’essence à 1,99 euro le litre, et son PDG prévient qu’il cessera de le faire si le Parlement taxe ses bénéfices cet automne. Le gouvernement écarte toute baisse de fiscalité et maintient un chèque qui ne couvre qu’une partie de la hausse.
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Six mois de guerre, 37 centimes de plus
2,090 euros. C’est le prix moyen du litre de SP95-E10 relevé vendredi 4 septembre dans 7 452 stations françaises, selon un calcul de l’Agence France-Presse réalisé à partir des données publiées par le gouvernement. Le carburant le plus vendu aux particuliers a gagné 2,78 % en une semaine et 21,52 % depuis le 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines contre l’Iran.
Rapportée au litre, cette progression semestrielle représente 37 centimes. Un automobiliste qui fait le plein de 50 litres paie 18,50 euros de plus qu’à la fin février pour le même volume.
La barre des deux euros avait cédé dès la mi-août, dans le sillage du rebond des cours du brut. Le record de vendredi vient au terme d’une pente ininterrompue depuis l’été.
Le précédent point haut remonte à juin 2022, quand le SP95 avait dépassé 2,10 euros le litre pendant les premiers mois de la guerre en Ukraine. Le SP95 de 2022 et le SP95-E10 d’aujourd’hui n’incorporent pas la même part d’éthanol, jusqu’à 10 % pour le second, mais moins de deux centimes séparent désormais le prix de vendredi de ce repère historique.
Le gazole, qui reste le carburant le plus consommé en France, s’est vendu vendredi 2,259 euros le litre en moyenne dans 9 644 stations, en hausse de 1,34 % sur une semaine et de 31,3 % depuis fin février. Son propre record, établi en avril, dépassait 2,30 euros : il reste donc à plus de quatre centimes au-dessus du prix de vendredi. Des deux carburants, seul le SP95-E10 a battu sa marque.
Les relevés officiels du week-end ont confirmé ces niveaux. Samedi 5 septembre, le site prix-carburants.gouv.fr, géré par le ministère de l’Économie, affichait une moyenne nationale de 2,255 euros pour le gazole et 2,084 euros pour le SP95-E10, calculée sur plus de 36 900 prix déclarés. Le ministère agrège l’ensemble des prix remontés par les stations, quand l’AFP travaille sur un échantillon plus restreint, ce qui explique les six millièmes d’euro qui séparent les deux séries.
Le pétrole à 96 dollars, la pompe à la traîne
Le 31 août, le baril de Brent, la variété de pétrole qui sert de référence en Europe, a bondi de plus de 2,5 % pour s’établir à 90,49 dollars, après une reprise des frappes entre Washington et Téhéran, selon les relevés quotidiens de Reuters. Le lendemain, une nouvelle frappe américaine sur des cibles iraniennes a poussé les cours de plus de 4 % supplémentaires, jusqu’à 94,65 dollars en clôture, au plus haut depuis cinq semaines. Les traders redoutaient de nouvelles interruptions d’approvisionnement.
Le 2 septembre, le Brent est monté à 95,63 dollars. Le lendemain, il a touché 97,29 dollars en séance, un plus haut de six semaines, avant de clôturer le 4 septembre à 96,28 dollars, en progression de 0,80 % sur la journée.
Sur les cinq séances du 31 août au 4 septembre, le Brent a gagné 7,6 %, sa plus forte progression hebdomadaire depuis la mi-juillet. Les données du fournisseur Trading Economics font état d’une hausse de 21,18 % sur le seul mois précédent et de près de 47 % sur un an.
Les stations vendent aux automobilistes des volumes qu’elles ont achetés plusieurs jours plus tôt. Le record de 2,090 euros relevé vendredi reflète donc l’état du marché à la toute fin du mois d’août, quand le Brent tournait autour de 90 dollars. Il en valait six de plus le jour même.
Ces niveaux restent très en deçà des projections formulées au printemps. Certains analystes envisageaient alors un baril à 150, voire 200 dollars en cas de fermeture totale du détroit d’Ormuz, selon une analyse publiée par Les Échos. Le détroit n’a jamais été fermé.
17 millions de barils, ou 6 ? Personne ne tranche
Le vice-président américain JD Vance a déclaré que le passage du pétrole par le détroit d’Ormuz avait « presque » retrouvé son niveau d’avant-conflit. Ce bras de mer de quelques dizaines de kilomètres de large, entre l’Iran et le sultanat d’Oman, constitue l’unique sortie maritime du Golfe et voyait transiter, avant la guerre, une part majeure du brut exporté par l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Iran.
Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, a avancé le chiffre de 17 millions de barils ayant franchi ce passage lundi. Aucune source indépendante n’a validé ce volume. Le cabinet d’analyse Global Risk Management estime pour sa part le trafic à 6 ou 7 millions de barils par jour, soit moins de la moitié du chiffre annoncé par le ministre.
Faute de données vérifiables sur les volumes réellement acheminés, les opérateurs de marché achètent le pétrole plus cher qu’ils ne le feraient en temps normal, par crainte de manquer. Ce supplément se retrouve dans le cours du Brent, puis sur les panneaux des stations françaises. Les 37 centimes gagnés par le litre de SP95-E10 depuis fin février en contiennent une part. Les stocks mondiaux se situent par ailleurs à leurs plus bas niveaux, si bien qu’une nouvelle interruption du trafic ne pourrait être compensée par les réserves.
Le même record, à 4,15 dollars le gallon
L’essence ordinaire s’échangeait 4,15 dollars le gallon le 4 septembre outre-Atlantique, un niveau jamais enregistré pour un mois de septembre, selon les données de marché relayées par Trading Economics. Le gallon américain valant 3,785 litres, cela représente environ 1,10 dollar le litre. Les automobilistes américains ont battu leur record d’essence le jour même où les Français battaient le leur.
Sur le marché à terme, où s’échangent des livraisons futures et qui donne une indication de ce que les professionnels anticipent, les contrats d’essence ont progressé de plus de 13 % en un mois et de plus de 63 % sur un an. Le diesel américain a lui aussi atteint un niveau record.
Raffineurs français et américains s’approvisionnent sur le même marché du brut, coté en dollars. Converti en euros, le litre américain revient à environ 0,94 euro, contre 2,090 euros à la pompe française. L’écart tient à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), à la TVA et aux marges de distribution.
Chez TotalEnergies, 1,99 euro et une menace
TotalEnergies bloque depuis le 22 juillet le prix de l’essence à 1,99 euro le litre et celui du diesel à 2,25 euros dans l’ensemble de ses stations-service de France hexagonale. Le groupe a justifié cette remise en place « compte tenu de la reprise du conflit au Moyen-Orient », selon son communiqué. Aucun autre grand distributeur n’a engagé de plafonnement de ce type.
La moyenne nationale de vendredi, 2,090 euros, dépasse de dix centimes le plafond du groupe. L’écart réel avec les concurrents est supérieur, la moyenne nationale intégrant elle-même les stations TotalEnergies. Une semaine plus tôt, quand le SP95-E10 s’affichait à 2,033 euros en moyenne, il n’était que de quatre centimes.
Interrogé le 29 août sur France Inter, le PDG Patrick Pouyanné a indiqué que son entreprise continuerait de plafonner ses prix « tant que le conflit durera ». Le dispositif coûte au groupe entre 250 et 300 millions d’euros, contre 200 millions estimés en juin, soit une révision à la hausse comprise entre 25 % et 50 % en trois mois.
Le même dirigeant a fixé une limite à cet engagement. En cas de taxation des superprofits de l’entreprise, débat resurgi avec la préparation du budget, « il n’y aura plus jamais de plafonnement chez TotalEnergies », a-t-il déclaré. Les députés ouvriront la discussion sur le projet de loi de finances à l’automne.
« On est dans les eaux maximales »
Francis Pousse, président de la branche stations-service de l’organisation professionnelle Mobilians, a constaté que les « prix faisaient le yoyo » ces dernières semaines et qu’il « était très difficile de prévoir » leur évolution. Il dit y déceler « une tendance à la baisse ».
Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E. Leclerc, premier distributeur de carburant en France, a livré vendredi sur LCI un diagnostic voisin. « Je pense qu’on est dans les eaux maximales », a-t-il déclaré. Le distributeur y a ajouté un pronostic à l’adresse du gouvernement : « Je pense qu’il y a un seuil où les pouvoirs publics seront obligés, si ça durait, si c’était trop fort, de diminuer un peu la taxation des carburants. »
Les deux professionnels s’exprimaient le jour où le SP95-E10 atteignait 2,090 euros. Ils font de ce record un plafond. Le Brent a gagné 7,6 % pendant cette même semaine, et les prix relevés en station n’intégraient pas encore les 96,28 dollars de clôture du 4 septembre.
100 euros d’aide, 37 centimes de hausse
Le gouvernement écarte toute baisse de la fiscalité sur les carburants. La ristourne appliquée en 2023 avait coûté près de 8 milliards d’euros aux finances publiques.
Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, a précisé jeudi 3 septembre les contours des dispositifs reconduits. Le guichet de l’aide « grands rouleurs » reste ouvert jusqu’au 30 septembre, au lieu du 31 août initialement prévu.
Créée fin avril, cette indemnité forfaitaire a été portée à 100 euros par un décret du 30 avril, après une annonce du Premier ministre Sébastien Lecornu. Rapportée à une consommation de 500 litres sur six mois, elle équivaut à une remise de 20 centimes par litre, et peut bénéficier à environ 3 millions de travailleurs.
Ces 20 centimes compensent un peu plus de la moitié des 37 centimes gagnés par le litre de SP95-E10 depuis fin février. Pour un conducteur au gazole, dont le litre a pris 54 centimes sur la même période, la couverture tombe à un peu plus du tiers.
L’aide s’adresse aux salariés et aux indépendants domiciliés fiscalement en France, âgés d’au moins 16 ans. Leur revenu fiscal de référence 2024, le montant qui figure sur l’avis d’imposition reçu cet été, ne doit pas dépasser 16 880 euros par part, et ils ne doivent pas être redevables de l’impôt sur la fortune immobilière. Leur trajet domicile-travail doit excéder 15 kilomètres, ou leur usage professionnel 8 000 kilomètres annuels, au volant d’un véhicule thermique ou hybride non rechargeable.
Au 3 septembre, 1,4 million de demandes avaient été déposées, soit moins d’un travailleur éligible sur deux. Plus de 1,5 million de bénéficiaires potentiels n’ont pas réclamé leur chèque. Maud Bregeon a appelé les personnes concernées à se connecter sur le site des impôts.
Les aides destinées aux agriculteurs, aux pêcheurs et au secteur du bâtiment et des travaux publics sont reconduites pour deux mois, jusqu’au 31 octobre, pour 70 millions d’euros par mois selon les chiffres communiqués par la ministre, soit 140 millions d’euros au total. Les transporteurs en sont exclus, contrairement aux dispositifs mis en place plus tôt dans l’année.
La ministre a indiqué que la pérennisation de l’aide « grands rouleurs » figurerait dans le prochain projet de loi de finances. Les débats s’ouvriront à l’automne, au moment où les députés examineront la taxation des superprofits dont Patrick Pouyanné a fait la condition de son plafonnement à 1,99 euro.


