La Norvège veut interdire les Ray-Ban Meta dans les lieux publics

Oslo va soumettre au Parlement un projet de loi proscrivant temporairement les lunettes équipées d'une caméra dans les parcs, les écoles ou les salles de concert. Une première en Europe.

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Parcs, plages, musées, centres commerciaux, concerts. Mais aussi écoles, crèches, cabinets médicaux et salles de sport. C’est dans tous ces lieux que le gouvernement norvégien entend bannir les lunettes dotées d’intelligence artificielle. L’exécutif a annoncé cette semaine qu’il présenterait au Parlement un projet de loi en ce sens, faisant de la Norvège le premier grand pays à s’attaquer à ces appareils dans l’espace public.

Le texte ne prévoit pas de retirer ces lunettes du marché. Leur vente restera autorisée, tout comme leur usage dans la sphère privée ou dans les lieux où personne ne risque d’être filmé à son insu. La mesure se veut transitoire : un groupe d’experts est chargé d’élaborer en parallèle une réglementation durable pour les appareils électroniques portables, catégorie dans laquelle entrent ces lunettes.

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Écoles, entreprises, régulateur : une méfiance déjà installée

Le projet de loi vient formaliser une défiance qui gagne le pays depuis plusieurs mois. Fin août, la ministre de l’Éducation, Kari Nessa Nordtun, avait invité les municipalités et les établissements scolaires à interdire ces lunettes. Oslo a fait partie des premières à suivre la consigne : depuis septembre, elles y sont proscrites pendant toute la journée de classe.

Le monde de l’entreprise a suivi. Equinor, premier groupe du pays, les a bannies de ses bureaux et de ses sites, invoquant le risque de fuites d’informations et d’enregistrements de salariés sans leur accord. L’autorité norvégienne de protection des données a adopté la ligne la plus ferme. Cet été, elle a demandé au Parlement d’envisager une suspension des ventes tant qu’aucun cadre réglementaire clair ne serait en place.

Le voyant LED, point faible des Ray-Ban Meta

Au centre des inquiétudes figure un petit voyant lumineux. Sur les modèles comme les Ray-Ban de Meta, une LED s’allume pendant l’enregistrement pour avertir l’entourage. Mais elle peut être masquée ou endommagée, et reste difficile à repérer en plein jour. Meta a réagi en juillet par une mise à jour logicielle qui désactive la caméra lorsqu’une manipulation du voyant est détectée. Le groupe a d’ailleurs bloqué la caméra de plusieurs milliers d’exemplaires déjà vendus pour ce motif.

La contestation dépasse désormais les frontières norvégiennes. Aux Pays-Bas, la chaîne d’opticiens Hans Anders a retiré la semaine dernière les lunettes de Meta de ses rayons. L’association néerlandaise de consommateurs a, de son côté, fixé un ultimatum à l’entreprise : elle a jusqu’au 13 octobre pour rendre ses produits conformes à la législation sur la vie privée, faute de quoi l’affaire sera portée devant la justice.

Un marché en plein essor, un risque sérieux pour Meta

Ces réactions tombent mal pour Meta, qui vient de dévoiler de nouveaux modèles, parmi lesquels des lunettes connectées dépourvues de caméra. Leur généralisation pourrait freiner un marché en pleine accélération. EssilorLuxottica, partenaire de Meta et propriétaire des marques Ray-Ban et Oakley, a écoulé plus de sept millions de lunettes connectées en 2025, contre deux millions sur l’ensemble de la période 2023-2024. L’enjeu dépasse un seul produit : Meta, Google et OpenAI voient dans ce format un possible successeur du smartphone comme principal point d’accès à l’intelligence artificielle.

L’épisode fait écho à celui des Google Glass. En 2013, plusieurs bars de San Francisco et de Seattle avaient refusé l’entrée aux porteurs de ces lunettes, rapidement affublés du sobriquet de « glassholes », contraction de « glass » (lunettes) et d’« assholes » (crétins).

La comparaison a ses limites. Vendues 1 500 dollars, les Google Glass avaient l’allure d’un prototype de laboratoire et se repéraient au premier coup d’œil. Les modèles de Meta, proposés à partir de 300 dollars environ, s’achètent chez l’opticien et se confondent presque avec une paire de lunettes ordinaire.

Quels appareils seront concernés ?

Le gouvernement norvégien admet que le périmètre de l’interdiction n’est pas encore arrêté. Trois options sont sur la table : viser uniquement les lunettes dotées d’une caméra et d’un micro, cibler celles qui combinent caméra et intelligence artificielle, ou étendre la mesure à tout appareil porté sur le corps équipé d’une caméra, d’un micro ou d’une IA. Selon le choix retenu, la loi pourrait concerner un éventail d’objets bien plus large que les seules lunettes de Meta.



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