Réchauffement climatique : quand la technologie protège les plus exposés des travailleurs

De nombreux travailleurs trouvent la mort chaque année, souvent lors d'interventions risquées sur des réseaux eux-mêmes affectés par des évènements climatiques extrêmes. Des solutions technologiques existent qui permettent de mieux cartographier ces réseaux et leurs vulnérabilités, tout en diminuant le risque pour les salariés des opérateurs.

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L’information est rarement commentée, et pour cause : la France serait, année après année, la « championne d’Europe » des morts au travail. En 2025, quelque 1 331 décès auraient ainsi été recensés dans l’Hexagone par la CGT, qui appuie ses chiffres sur les données d’Eurostat. En 2024, la branche accidents du travail – maladies professionnelles de la Sécurité sociale avait quant à elle comptabilisé 1 297 personnes mortes, en France, des suites de leur travail. En 2023, ce macabre décompte s’élevait, d’après Eurostat, à 811 décès.

Quand le travail rime avec danger

Ces chiffres invitent cependant à la prudence. Plusieurs biais statistiques interviennent : les méthodes de comptage des décès diffèrent ainsi selon les pays européens, certains d’entre eux, comme la France, incluant dans leurs calculs les AVC ou malaises intervenus sur le lieu de travail mais sans lien direct avec celui-ci ; le système français encourage par ailleurs à déclarer et indemniser les accidents du travail dès 1% de taux d’incapacité, contre 20% en Allemagne ou 50% en Bulgarie. La France sur-déclare donc massivement ces évènements.

Ce qui explique, en partie, son piteux classement – mais en partie seulement. L’actualité est ainsi jalonnée de faits divers impliquant, le plus souvent, le décès soudain d’un travailleur, souvent jeune, sur son lieu de travail. Au-delà du cas emblématique de Matis Dugast, un ouvrier de 19 ans enseveli en juillet 2025 sous du goudron brûlant, la presse se fait régulièrement l’écho de cas similaires ; ainsi de cet autre ouvrier, lui aussi âgé de 19 ans, mort en mai dernier des suites d’un malaise survenu alors qu’il travaillait sur un toit, par une température de 31°C.

Un profil type des morts au travail se dégage donc assez nettement. Il s’agit presque toujours d’ouvriers ou de travailleurs manuels, souvent de jeunes hommes peu expérimentés et travaillant à l’extérieur, dans des conditions difficiles voire dangereuses. Des conditions de travail rendues encore plus accidentogènes par le dérèglement climatique et son cortège de risques : vagues de chaleur à répétition, incendies, tempêtes, inondations, glissements de terrain, etc.

Le réchauffement climatique, un nouveau risque au travail

D’après la direction générale du travail (DGT), au moins 48 travailleurs auraient été, en France, victimes d’un accident mortel lié à la chaleur entre le 1er juin 2018 et le 15 septembre 2023. « Un chiffre probablement sous-estimé, de l’aveu même de Santé publique France », précise un article du Monde qui relayait l’information en 2024. « Le nombre de décès est clairement sous-estimé », confirmait dans un autre article du quotidien Guillaume Boulanger, de Santé publique France, selon qui « les cas identifiés ne sont que la partie émergée de l’iceberg ».  

Si le réchauffement climatique menace directement les travailleurs, il menace aussi les réseaux (de transport, d’électricité ou de télécommunications) et, par conséquent, les salariés qui interviennent pour réparer ces mêmes réseaux après ou pendant un événement climatique extrême. A Mayotte, frappée par le cyclone Chido en décembre 2024, les techniciens d’Enedis ont dû intervenir « sous une chaleur accablante et dans un paysage dévasté ». A La Réunion voisine, à son tour ravagée par un cyclone l’année suivante, Orange a dû solliciter une équipe de techniciens spécialisés alors que « l’élagage post-cyclone compliqu(ait) (…) la situation ».

L’innovation pour réduire les accidents chez les opérateurs de réseaux

Il n’est pas nécessaire d’aller dans les territoires ultra-marins pour se rendre compte des effets du réchauffement climatique sur les réseaux et ceux qui les maintiennent en état. « Énergies, transports, télécommunications : tous les réseaux qui font fonctionner nos sociétés sont impactés », met en garde dans La Tribune Antoine Dumurgier, CEO de Sogelink, un éditeur de solutions numériques dédiées aux infrastructures. Le dirigeant affirme par ailleurs que « de nouvelles technologies permettent aux opérateurs de réseaux d’établir une cartographie précise de leur patrimoine afin d’assurer la résilience des équipements à long terme ».

« L’innovation », poursuit Antoine Dumurgier, « protège aussi (…) les personnels des gestionnaires de réseaux ou de leurs prestataires, qui interviennent sur le terrain et qui doivent de plus en plus remplir leurs missions dans des conditions extrêmes ». Encore faut-il que ces travailleurs puissent s’appuyer sur « une donnée fiable, précise et à jour », qui induit « moins d’incertitude pour les équipes sur le terrain, moins d’accidents et donc moins de risque humain ». La technologie pourrait donc permettre de réduire significativement les risques d’accident du travail, notamment pour les salariés des opérateurs de réseaux. Enedis l’a bien compris, l’opérateur ayant déployé après la tempête Ciaran l’outil DORA, qui analyse par IA les images prises par les drones afin de détecter les anomalies, de prédire les défaillances et de cibler les interventions humaines. La SNCF aussi, elle dont les agents ont, en période de canicule, « les yeux rivés sur les prévisions météo et sur des outils de prédictions spécifiques capables d’estimer la température du rail ».



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