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Cent ans. C’est la durée de la concession que la Maison Blanche a confirmée lundi soir dans un communiqué actant la « privatisation » du secteur des hydrocarbures vénézuéliens. Le texte détaille l’accord par lequel l’administration américaine prend le contrôle d’un cinquième des réserves de brut du pays sud-américain. Trois jours plus tôt, Donald Trump avait qualifié l’opération de « plus grand accord pétrolier de l’histoire ».
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Le gouvernement intérimaire de Delcy Rodríguez, qui dirige le Venezuela depuis le départ de Nicolás Maduro, a cédé dix-sept champs pétroliers à la société North American Blue Energy Partners (NABEP), selon la présidence américaine. Ces gisements totalisent près de 65 milliards de barils de réserves, l’équivalent de sept mois de consommation mondiale. Caracas avait indiqué qu’ils se répartissent entre la ceinture de l’Orénoque et le lac de Maracaibo, les deux principales zones pétrolières du pays. Certains n’ont jamais été forés, et la concession les couvre pourtant sur toute sa durée.
Le Pentagone entre au capital
L’accord attribue au Pentagone, à travers son Bureau des actifs stratégiques, 35 % de la maison mère de NABEP. Le ministère américain de la défense devient donc actionnaire de la société qui exploitera ces gisements. Le département d’État, équivalent du ministère des affaires étrangères, obtient de son côté la garantie d’acheter à prix coûtant 20 % de la production de tous les puits exploités par la compagnie, présents et futurs, c’est-à-dire sans payer de marge. Il pourra en outre se porter acquéreur des 80 % restants avant tout autre client. Ces clauses doivent assurer aux États-Unis « une source d’énergie garantie dans notre hémisphère en cas d’urgence », indique le communiqué.
Le brut ainsi obtenu doit remplir la réserve stratégique américaine, ce stock d’urgence tombé à son plus bas niveau depuis quarante ans. Le texte prévoit également des usages « militaires et d’autres fins sensibles ».
Un verrou qui doit tenir un siècle
Washington disposera d’un droit de veto sur la nomination de chaque membre du conseil d’administration de la nouvelle compagnie, dont la majorité devra être de nationalité américaine. L’entité s’entourera d’« auditeurs, avocats et conseillers américains de renom », précise la présidence. En cas de litige, ce sont les tribunaux américains qui trancheront, et selon le droit américain. Les concessions pétrolières elles-mêmes restent soumises à la loi vénézuélienne sur les hydrocarbures, celle-là même qu’un Parlement futur pourrait modifier.
Le propriétaire de NABEP face aux juges suisses
Alejandro Betancourt, millionnaire vénézuélien propriétaire de NABEP, est visé par des enquêtes judiciaires en Suisse et en Espagne. Les magistrats des deux pays examinent sa participation supposée à un dispositif de blanchiment portant sur plusieurs milliards de dollars détournés de PDVSA, la compagnie pétrolière publique vénézuélienne. Autrement dit, l’homme à qui Washington confie les réserves du pays est soupçonné d’avoir profité du pillage de sa compagnie nationale. Son groupe s’est associé au gouvernement des États-Unis, confirme la présidence. Ces procédures restent ouvertes au moment où l’accord centenaire est rendu public.
Deux cents milliards promis, sur un quart de la durée
NABEP investira jusqu’à 100 milliards de dollars dans de nouvelles infrastructures pétrolières au Venezuela, selon la Maison Blanche, qui évoque « un plan ambitieux pour accroître rapidement la production ». Le communiqué promet « des milliers d’emplois bien rémunérés » et des centaines de milliards de dollars d’activité économique induite. Il reprend l’estimation de près de 200 milliards de dollars de redevances et d’impôts versés à l’État vénézuélien sur les vingt-cinq premières années du contrat, soit le quart de sa durée. Delcy Rodríguez, elle, avait avancé le chiffre de 209 milliards. Rien n’est chiffré pour les soixante-quinze années suivantes.
« Purger l’influence étrangère malfaisante »
La présidence rattache l’opération à la « doctrine Donroe », mot-valise formé sur le prénom de Donald Trump et la doctrine Monroe, principe américain du XIXᵉ siècle selon lequel les puissances européennes n’avaient rien à faire sur le continent américain. Les gisements concédés étaient jusqu’ici contrôlés par des intérêts russes et chinois ou par des oligarques liés au chavisme, sous les présidences de Hugo Chávez puis de Nicolás Maduro, indique le communiqué. « Ces agents étrangers malfaisants ont pillé les ressources du Venezuela au profit d’adversaires des États-Unis comme Cuba, la Russie et la Chine », écrit la Maison Blanche. Donald Trump « a rétabli la doctrine Monroe, pour purger l’influence étrangère malfaisante de notre arrière-cour », ajoute le texte. Ces mêmes gisements viennent de passer sous contrôle américain pour un siècle.
Washington indique aussi avoir favorisé les discussions de réconciliation entre une partie de l’opposition et les autorités intérimaires. Elles auraient abouti à des « réformes significatives » du pouvoir judiciaire et à la libération de centaines de prisonniers politiques.
Ce qu’un successeur pourrait défaire
Les experts du secteur estiment que les termes rendus publics laissent ouvertes de nombreuses questions sur l’exécution du contrat. Remettre à niveau une industrie pétrolière dégradée prendra des années, indiquent-ils. Plusieurs analystes rappellent qu’un futur gouvernement à Caracas pourrait dénoncer l’accord bien avant son terme.
Au Venezuela, chavistes et opposants le rejettent l’un comme l’autre. Ils y voient une captation des ressources nationales aux méthodes héritées du colonialisme du XIXᵉ siècle, acceptée par un gouvernement intérimaire qui doit sa survie politique à Washington. Ce gouvernement a engagé le sous-sol du pays jusqu’en 2126.


