Apple dévoile son premier MacBook Pro tactile

Longtemps rejeté par Apple, l’écran tactile arrive sur le Mac. Le nouveau MacBook Pro OLED marque un virage historique, lancé dans un marché des PC en pleine crise.

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« Oui, pour la toute première fois, nous apportons le tactile au Mac. » D’une phrase, John Ternus a soldé mercredi l’un des refus les plus constants de l’histoire d’Apple. Devant un parterre de créateurs de contenu et de professionnels de l’image réunis à Los Angeles, le PDG a dévoilé le premier MacBook à écran tactile de la marque. L’annonce referme trois jours de lancements menés au pas de charge avant les fêtes de fin d’année.

Un écran OLED « PROLED XDR » qui répond au doigt

Apple a baptisé sa machine « MacBook Pro avec écran PROLED XDR ». Elle existe en deux tailles, 14 et 16 pouces. La dalle OLED tandem monte à 2 000 nits en pointe, revendique un contraste de 10 000 000:1 et ajuste son rafraîchissement de 10 à 120 Hz. Sur scène, John Ternus a surtout insisté sur le contraste, la netteté et la luminosité de l’écran. Johny Srouji, le responsable du matériel d’Apple, n’a pas hésité à le présenter comme le meilleur du marché des portables.

Le capteur tactile est intégré à la dalle elle-même, et non posé par-dessus. Une charnière redessinée doit stabiliser l’écran lorsqu’on le touche. Apple a aussi évité l’écueil d’une logithèque inutilisable au doigt : macOS 27 convertit les pressions en clics, ce qui rend la plupart des applications existantes utilisables d’emblée. L’encoche disparaît au profit d’une Dynamic Island héritée de l’iPhone, qui accueille la recherche Spotlight, les Activités en direct et l’assistant Siri.

Plus léger, autonomie inchangée

Le 16 pouces pèse environ 1,8 kg, soit 318 grammes de moins que la génération précédente, dépourvue de tactile. Le 14 pouces descend autour de 1,36 kg, en perdant environ 230 grammes. L’autonomie reste annoncée à 24 heures au maximum, comme sur les modèles à écran mini-LED. Selon le site spécialisé MacRumors, la sobriété de l’OLED compense la consommation de la couche tactile. Apple ressuscite enfin la pomme lumineuse au dos de ses portables, un détail que les nostalgiques réclamaient.

« Écoutez, nous adorons le Mac, et c’est la raison pour laquelle tant d’entre nous ont découvert Apple. Et le Mac n’a jamais été aussi bon, ni aussi performant », a lancé John Ternus.

Sous le capot, rien de neuf en revanche. Les puces M5 Pro et M5 Max sont celles qui équipent les MacBook Pro depuis mars, et Apple ne revendique aucun gain de performance. Lors d’une première prise en main, Mark Spoonauer, rédacteur en chef du site Tom’s Guide, a jugé le tactile fluide. Il regrette toutefois l’absence de prise en charge de l’Apple Pencil.

Prix et date de sortie du MacBook Pro tactile

Les précommandes sont ouvertes depuis mercredi, pour une mise en vente le vendredi 6 novembre. En France, les tarifs s’établissent ainsi :

  • 14 pouces, puce M5 Pro : à partir de 3 299 € (2 899 dollars aux États-Unis)
  • 16 pouces, puce M5 Pro : à partir de 3 899 € (3 399 dollars)
  • 14 pouces, puce M5 Max : à partir de 5 199 € (4 499 dollars)
  • 16 pouces, puce M5 Max : à partir de 5 599 € (4 799 dollars)

L’option verre nano-texturé, qui limite les reflets, coûte 165 € supplémentaires. Toutes options cochées, la facture grimpe à 16 264 €.

Le tactile reste ainsi réservé au haut de gamme. La veille, Apple a lancé un MacBook Pro 14 pouces doté de la nouvelle puce M6, mais sans écran tactile, à partir de 2 299 €. L’écart atteint 1 000 euros.

Écran tactile sur Mac : la fin d’un tabou né sous Steve Jobs

Le revirement est spectaculaire. En 2010, Steve Jobs jugeait les écrans tactiles sur ordinateur portable « ergonomiquement catastrophiques » : un bras tendu vers un écran vertical se fatigue vite, plaidait-il. Deux ans plus tard, Tim Cook, devenu PDG, comparait l’idée d’un appareil hybride à un grille-pain fusionné avec un réfrigérateur. John Ternus lui-même, avant de prendre les rênes du groupe, répondait qu’Apple vendait déjà un ordinateur tactile : l’iPad.

Le discours public masquait pourtant un chantier interne. Selon Bloomberg, Tim Cook et John Ternus défendaient en coulisses un MacBook Pro tactile depuis environ quatre ans.

Pourquoi Apple cède maintenant

Les PC sous Windows proposent le tactile depuis plus de dix ans. Et à l’approche du vingtième anniversaire de l’iPhone, en janvier, toute une génération d’acheteurs tient pour acquis qu’un écran réagit au doigt.

Le calcul est aussi commercial. En réservant le tactile et l’OLED à ses configurations les plus chères, Apple pousse sa clientèle vers le haut de gamme et relève mécaniquement son prix de vente moyen.

John Ternus accélère la cadence

Nommé en avril et en fonctions depuis le 1er septembre, John Ternus a succédé à Tim Cook, devenu président exécutif du conseil d’administration. Ce vétéran de la division matériel mène depuis une intense offensive de lancements. En septembre, il avait présenté au siège de la Silicon Valley le Duo, premier iPhone pliable de la marque. Début octobre, il avait dévoilé à New York un hub domotique.

La semaine en cours a encore accéléré le rythme. Avant le MacBook Pro tactile, Apple a présenté un iPad mini à écran OLED, un iMac M6, un MacBook Pro 14 pouces M6 et un nouveau HomePod mini. L’iPhone pliable et le hub domotique doivent permettre au groupe de sonder des marchés neufs. Le MacBook Pro tactile, lui, touche à la plus ancienne de ses gammes.

Ventes de Mac : un pari lancé dans un marché en crise

Reste à savoir comment le public accueillera ce changement, dans un marché en plein effondrement. Selon le cabinet Gartner, les livraisons mondiales de PC ont chuté de 22,4 % au troisième trimestre. En cause, la flambée du prix des composants : celui de la mémoire vive a été multiplié par cinq en un an. Apple résiste mieux que ses concurrents. Ses livraisons ne reculent que de 7,1 %, à 5,8 millions d’unités, et sa part de marché grimpe à 10,5 %. Le cabinet IDC dresse un constat proche, avec un repli des livraisons de Mac de 11,3 %.

En valeur, le Mac affichait encore une forme insolente au printemps. Entre avril et juin, ses ventes ont atteint 10,35 milliards de dollars, en hausse de 29 % sur un an. Cette croissance repose surtout sur les passionnés de technologie et sur les entreprises qui achètent ces machines pour faire tourner des tâches d’intelligence artificielle en local. Convaincre le grand public de débourser plus de 3 000 euros pour toucher son écran sera une autre affaire. Les résultats trimestriels d’Apple, attendus le lundi 2 novembre, donneront une première mesure de la dynamique.



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